POPULARITÉ
833

L’agroécologie, science humaine

Éditer
Publié dans
le 28.02.16
Pavillon-france-milan-2015-logo_medium-1

Un texte sur l'agoécologie que Bernard Chevassus-au-Louis, actuellement notre président, a écrit pour l'ouvrage consacré au Pavillon de la France à l'exposition de Milan en 2015.
Rappelons que le thème “Nourrir la Planète, Énergie pour la Vie” de l’exposition cherchait à apporter des réponses à la question : “Comment assurer à toute l’humanité une alimentation suffisante, de qualité, saine et durable ?”.

Le texte que nous publions aujourd'hui, extrait de « Le pavillon de la France. Milan 2015 Produire, nourrir autrement » p. 68-69, présente, avec une opportune clarté, le projet agroécologique que soutient Humanité & Biodiversité.


On présente souvent l’agroécologie comme une volonté de convergence, de réconciliation de deux approches du champ cultivé : l’une qui le voit comme un outil de production dont il convient de maximiser la performance économique à court terme en s’appuyant sur des apports externes – eau, engrais, carburant –, l’autre qui le considère comme un élément d’un écosystème plus vaste dont la production durable repose principalement sur la captation de l’énergie solaire et sur ses ressources physiques, chimiques ou biologiques internes.

Une telle vision, qui place l’agroécologie comme une discipline carrefour entre l’agronomie et l’écologie, ne constitue cependant que l’une des facettes du projet agroécologique : si l’on veut que ce projet se traduise par la création effective de nouvelles formes d’agriculture à la fois performantes et durables, il faut également revisiter en profondeur le rôle et les relations de tous les acteurs impliqués dans l’évolution de l’agriculture.

Pour s’en convaincre, brossons à grands traits, à travers trois mots-clés, ce qui a fait l’efficacité des formes actuellement dominantes d’agriculture, et qui en constitue également le talon d’Achille : spécialisation, optimisation, uniformisation.

Spécialisation tout d’abord, non seulement des agriculteurs mais aussi de tous les acteurs et, en particulier, des producteurs d’innovation, avec une professionnalisation de la recherche agronomique qui a conduit peu à peu à une division du travail faisant des agriculteurs de simples « consommateurs » d’innovation. Optimisation car, à travers ses dispositifs expérimentaux et en supposant stable le contexte socioéconomique d’une production, cette recherche a été capable d’examiner minutieusement l’effet de tous les facteurs de production disponibles et d’en définir la combinaison techniquement optimale. Uniformisation enfin car, une fois définis à petite échelle ces conditions optimales, il était économiquement rentable de les mettre en place sur de vastes surfaces, en gommant les hétérogénéités locales par des apports d’intrants adaptés.

Or, la pertinence de ces trois principes est aujourd’hui questionnée par le projet agroécologique : si l’on veut imaginer des formes d’agriculture s’appuyant sur les ressources locales de l’écosystème, elles seront forcément spécifiques de ces situations locales. Il faut donc impérativement mettre en place des « systèmes locaux d’innovation », dans lesquels les agriculteurs pourront apporter leurs connaissances de ces contextes locaux, leurs capacités d’observations permanentes et interagir avec les chercheurs pour co-construire ces nouvelles formes d’agriculture.

De même, le principe d’optimisation, qui suppose pour être pleinement efficace une stabilité et une prévisibilité des conditions de la production, apparaît difficilement applicable dans des environnements de plus en plus instables et imprévisibles, que ce soit sur le plan climatique, économique ou social. Il peut même alors se révéler dangereux dès lors que ces optimums exigeraient des choix techniques « pointus », c'est-à-dire qui ne seraient plus justifiés dès lors que l’on s’écarterait tant soit peu de ces conditions optimales. Il convient donc de définir des formes d’agriculture « seulement » viables mais aussi « robustes », c'est-à-dire viables dans une gamme assez large de situations, et de le faire suffisamment rapidement pour s’adapter à ces évolutions du contexte. D’où la nécessité, déjà évoquée, de mobiliser les compétences de tous les acteurs.

Enfin, plutôt que de vouloir uniformiser pour réaliser partout les conditions optimales de la production, il convient de faire de l’hétérogénéité une ressource, en valorisant au mieux, par des productions adaptées, cette diversité de situation. Cela passera notamment par l’utilisation de « communautés biologiques » constituées d’individus, de variétés ou d’espèces différents, venant se substituer à des monocultures génétiquement homogènes.

Il s’agit donc de promouvoir, pour aller vers de nouveaux comportements individuels et collectifs, une évolution profonde des représentations de tous les acteurs concernés : représentation de la performance, de la nature, de ce qu’est un « beau » champ. Pour définir les voies de cette transition, en identifier les facteurs possibles de blocage, une mobilisation des sciences humaines, de l’anthropologie, à la psychologie et à la sociologie, sera aussi importante que de réconcilier agronomie et écologie.

Commentaires

1
2016-02-28 17:25:54 +0100

Un membre de notre associaton a récemment montré que François Houllier, Pdg de l'INRA (Institut National de la Recherche Agronomique) est partisan de l'agroécologie
http://www.humanite-biodive...

1

À propos de l'auteur

Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son actif président d'honneur. Humanité et Biodiversité mène une action de plaidoyer et d'influence pour faire émerger dans la société les défis posés par l’érosion d...

Réputation
Découvrir la biodiversité #1f6929 decouvrir-la-biodiversite 783015
Patrimoine naturel #81A23E patrimoine-naturel 338993
Ménagement du Territoire #D05D10 menagement-du-territoire 131276
Cadres institutionnels #B36281 cadres-institutionnels 231730
Économie et Biodiversité #723DC4 economie-et-biodiversite 43903
Transition écologique #168DBE transition-ecologique 282655

Ses derniers articles

Powered_by_tinkuy