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La disparition des grands carnivores menace les écosystèmes de la planète

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C'est ce qu'explique une équipe internationale de scientifiques dans la revue Science.

Etude relayée dans la presse

Les grands carnivores ont déjà été largement exterminés dans un grand nombre de pays développés, en Europe occidentale et dans l'est des États-Unis notamment...

Pourtant,... tout indique qu'ils jouent un rôle crucial pour maintenir le délicat équilibre des écosystèmes.

«À l'échelle planétaire, nous perdons nos grands carnivores», souligne William Ripple, professeur au département des écosystèmes forestiers de l'Université de l'État d'Oregon et principal auteur de cette recherche.

«Nombre de ces animaux sont menacés alors que leurs territoires se réduisent rapidement. Et une majorité d'entre eux risquent l'extinction, localement ou à l'échelle du globe», a-t-il insisté, jugeant «paradoxal que ces espèces disparaissent au moment où nous prenons conscience de leur importance dans le maintien de l'équilibre écologique.»

Ces scientifiques américains, européens et australiens estiment qu'il est temps de lancer une initiative mondiale pour réintroduire ces animaux dans la nature et reconstituer leurs populations...

Pour leurs travaux, M. Ripple et ses collègues se sont concentrés sur sept espèces dont l'impact sur l'écosystème a fait l'objet de nombreuses études. Il s'agit du lion africain, du lynx européen, du léopard, du loup gris, du puma, de la loutre de mer et du dingo en Australie.

«La nature est interdépendante»

Ces différentes recherches montrent qu'une diminution des populations de pumas et des loups dans le parc de Yellowstone a entraîné un accroissement du nombre d'animaux se nourrissant des feuilles d'arbres et d'arbustes, comme les cervidés. Ce phénomène perturbe la croissance de la végétation et affecte les oiseaux et les petits mammifères, expliquent les auteurs.

En Europe, la disparition des lynx a été liée à la surpopulation de chevreuils et de lièvres, tandis que la disparition d'un grand nombre de lions et de léopards en Afrique a provoqué une explosion du nombre de babouins olive qui s'attaquent aux récoltes et aux troupeaux.

Enfin, la diminution des populations de loutres en Alaska a entraîné un fort accroissement des oursins et une réduction des algues brunes dont ils se nourrissent.

«La nature est interdépendante comme l'indiquent ces études à Yellowstone et ailleurs dans le monde. Elles révèlent comment une espèce affecte d'autres espèces de différentes manières» et l'ensemble de l'écosystème, relève M. Ripple.

Ainsi, éviter une surpopulation des herbivores permet à la flore forestière de se développer davantage et de stocker plus de dioxyde de carbone, le principal gaz à effet de serre, ce qui permet de lutter davantage contre le réchauffement climatique.

Mais, reconnaissent les auteurs de cette étude, il sera très difficile de faire accepter aux populations une réintroduction à large échelle de ces prédateurs.

Ces animaux inspirent la peur aux humains qui leur ont déclaré la guerre depuis longtemps pour protéger leurs bétails et leur communauté, notent-ils.

Les groupes américains de défense de la faune et la flore ne sont ainsi pas parvenus à s'opposer à la levée de la protection fédérale des loups dans le Montana et l'Idaho en 2011, suivis en 2012 par le Wyoming sous la pression des éleveurs.

SERVICES ÉCONOMIQUES ET ÉCOLOGIQUES

Or, écrivent William Ripple et ses collègues, « la conception classique selon laquelle ces prédateurs sont responsables de la diminution de ressources comme les poissons, la faune sauvage et le bétail domestique – ce qui sert à justifier leur limitation ou leur éradication - est dépassée ». Ces espèces, poursuivent-ils, sont« nécessaires au maintien de la biodiversité et au fonctionnement des écosystèmes » et, de ce fait, « rendent des services économiques et écologiques ».
Les auteurs ont passé en revue une centaine d'articles scientifiques décrivant les effets en cascade, sur différents biotopes, de la présence ou de l'absence de grands carnivores. En raison des interactions au sein des réseaux trophiques, ceux-ci influent, directement ou indirectement, sur « l'abondance et la diversité des mammifères, oiseaux, amphibiens, reptiles et invertébrés ». Mais aussi sur « la propagation de maladies, la séquestration du carbone, les cours d'eau et les récoltes ».
Dans l'ouest américain cette fois, dans l'Utah, la raréfaction des mêmes pumas a profité aux cerfs à queue noire, qui ont ruiné les peuplements de peupliers bordant les rivières et, par ricochet, provoqué l'érosion de leurs berges et dégradé la qualité de leurs eaux. Au sud de l'Alaska, l'effondrement des colonies de loutres de mer, grandes consommatrices d'oursins, a généré un pullulement de ces derniers, qui ont alors mis à sac les algues marines dont ils se nourrissent, au détriment des poissons et des crustacés vivant dans ce tapis végétal, mais aussi de la capacité de l'océan à stocker du CO2.
Ces processus ne sont toutefois pas irréversibles. Ainsi, la réintroduction du loup gris, au milieu des années 1990, dans le parc national de Yellowstone, a permis deréguler les populations de grands herbivores et, du même coup, de restaurer la couverture de trembles. Il en est allé de même avec la réinstallation du lynx boréal en Finlande.

COHABITATION ET COMPROMIS

Aussi les chercheurs, qui plaident pour « une coexistence avec les grands carnivores », appellent-ils à une « initiative globale » pour coordonner les recherches et les politiques nationales de conservation. Le modèle, suggèrent-ils, pourrait en être la Large Carnivore Initiative for Europe, un groupement scientifique affilié à l'UICN, qui œuvre pour « la réintégration », dans les paysages européens, du loup, de l'ours brun et du lynx, mais aussi du glouton (en Scandinavie) et du chacal doré (en Grèce et dans les Balkans)
Responsable de ce groupement, Luigi Boitani, professeur de biologie de la conservation à l'Université de Rome, doute qu'il soit possible de mener une action concertée, à l'échelle planétaire, pour l'ensemble de ces espèces dont chacune « s'inscrit dans un contexte écologique et économique particulier ». Pour autant, il croit possible « une cohabitation entre les hommes et les grands carnivores ». Mais, souligne-t-il, « il y faut des compromis, qui ont un coût pour chacune des parties ». Il faudra se résoudre à tuer certains animaux, tandis que des espaces préservés devront être cédés à leurs congénères.

Extraits de:
http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/01/10/le-declin-des-grands-carnivores-bouleverse-les-ecosystemes_4345639_3244.html

Commentaires

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2014-01-10 21:51:04 +0100

Et les prédateurs marins ne sont pas à oublier
http://www.humanite-biodive...

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2014-01-10 21:53:58 +0100

Autre publication à lire et relire
http://www.humanite-biodive...

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2014-01-11 09:25:06 +0100

Pourquoi, en France, malgré ces connaissances (et le bon sens), les medias s'accordent pour ne véhiculer que des témoignages et avis ANTI-LOUPS? Pourquoi le monde de la chasse, déjà responsable de la quasi-extinction du lynx par le braconnage, ne tolère t'il pas le retour du loup alors même que la surpopulation des sanglocochons (hybrides sangliers sauvages/cochons domestiques créés par les chasseurs il y a quelques dizaines d'années, et très prolifiques) ne peut pas être régulée par les seuls chasseurs? Sans compter que ces prédateurs sont un patrimoine vivant, qui a de la valeur en tant que tel aussi.

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2014-01-12 10:38:22 +0100

A GermainGrignan
Bien que datant de 2004, la thèse de Nathalie Espuno pourrait vous intéresser
http://www.loup.developpeme...

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2014-01-22 21:50:17 +0100

Efficacité des mesures de protection et nouvelles observations du loup Alors que le lynx maintient sa présence dans les Alpes et le Jura et que le loup a fait l'objet de nouvelles observations dans les Alpes, sur le Plateau et dans le Jura, les mesures de protection des troupeaux mises en oeuvre montrent à nouveau leur efficacité. Seuls quatre animaux de rente ont en effet été tués par des grands carnivores sur l'ensemble de l'année 2013.

http://www.kora.ch/index.ph...

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À propos de l'auteur

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