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La nuit, la lumière artificielle… nuit

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Publié dans
le 24.04.13
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Les économies d'électricité utilisée de nuit seraient propices à la santé de la biodiversité dont l'humanité fait partie.

Rappel du texte d'introduction de l'intervention de notre association au 4ème Symposium Européen pour la Protection du Ciel Nocturne. PARIS - 25 septembre 2004

 

Longtemps, la nuit a été vouée au repos, l'absence de lumière empêchant toute activité. La découverte du feu, l'utilisation de torches, de bougies puis de l'électricité, permirent de combattre l'obscurité. Et de développer des activités nocturnes.

 

La nuit fut associée au danger car son obscurité était propice, d’abord aux animaux dangereux, puis aux voleurs et aux bandits. Les portes des villes étaient fermées et le couvre-feu instauré pour protéger les habitants. La nuit est toujours apparue pleine de mystères, et toute une littérature la peupla de vampires ou de loups garous.

 

La « peur du noir » est un héritage commun à beaucoup d’humains. Les gens détestent l’obscurité comme souvent ils supportent mal le silence. Or la nuit, les bruits de la vie quotidienne diminuent : silence et obscurité co-existent.

 

Il ne s’agit pas ici d’analyser les raisons profondes de cette peur mais de prendre conscience des conséquences. Car ce sont elles qui engendrent les flots de lumières, et parfois de bruits… à des heures où le silence et le noir régnaient dans les siècles passés. Et si de nombreuses zones échappent aux bruits nocturnes, peu sont épargnées par les lumières artificielles.

 

A - La nuit, la lumière artificielle… nuit

 

Ne parlons pas des éclairages de nos intérieurs, leur trop grande abondance n’est pas sans effet, que ce soit sur le climat ou notre porte-monnaie, mais n’a pas d’incidence sur le ciel nocturne si les volets sont clos ou les rideaux tirés.

 

Evoquons plutôt les lumières de la ville et de ses abords routiers. L’essentiel est d’éclairer le sol, pas de diffuser la lumière en direction des étoiles. Toute l’énergie perdue vers le ciel est inutile et correspond à un gaspillage.

 

Cependant les lampadaires et autres néons n’ont pas comme unique fonction d’assurer une sécurité des piétons. Valoriser les façades historiques, attirer les clients en des lieux de distraction, les éclairages remplissent aussi une fonction publicitaire ou d’information.

 

Selon le degré d’ingéniosité de leurs concepteurs, ces dispositifs lumineux peuvent être économes en énergie. La chasse au gaspi doit prendre plus d’ampleur et si elle doit faire des victimes, mieux vaut que ce soient des ampoules et non les étoiles et les espèces vivantes.

 

Il faut rendre hommage aux associations d’astronomes car ce sont elles qui sont pionnières pour rendre la santé à la nuit devenue pâlotte. Pourtant si la grande Ourse a disparu du ciel de Paris, elle est toujours là-haut. Par contre certaines espèces de la flore et de la faune terrestres pâtissent. Peut-être l’homme.

 

 

La pollution lumineuse est potentiellement dangereuse, elle aussi. Les revues d’astronomie ont déjà inventorié tous les aspects de cette pollution, et en particulier l’ANPCEN agit efficacement en France

 

Comment aborder le problème autrement que par l’énumération des espèces et des problèmes que leur pose la lumière artificielle ? Car ces listes ont déjà été dressées. Les publications associatives se  multiplient énumérant les nuisances.

 

Aussi est-il peut-être bon de revenir à la présentation de ce qui s’est mis en place au fil des millénaires et dont notre civilisation voudrait s’affranchir. Savoir ce que la nature a instauré. Faire que notre culture ne la contrarie pas. Et sache la respecter.

 

B - La matière vivante possède une activité rythmique

 

C’est une propriété fondamentale. Tout processus biologique ou physiologique passe par des temps d'activité élevée alternant avec des temps de faible activité, très ralentie ou nulle. La plupart de ces variations alternées se manifestent régulièrement, si bien qu'il est légitime d'employer à leur sujet les expressions de rythmes biologiques ou de phénomènes biopériodiques. Un grand nombre d'entre eux nous sont familiers : pulsations cardiaques, mouvements respiratoires…

 

Tous les êtres vivants - végétaux, animaux, êtres humains - sont soumis à des rythmes biologiques :

  • le rythme est dit circadien (du latin circa, environ, et dies, jour) quand sa période est d’à peu près 24 heures,
  • le rythme est circannuel quand sa période est l’année.

La plupart des vivants, y compris des êtres unicellulaires (Acetabularia Euglena) ont une horloge moléculaire circadienne interne qui régule la physiologie et le comportement. Chez les mammifères, l'horloge circadienne est localisée au niveau du système nerveux dans l'hypothalamus. Chaque individu  en hérite à sa naissance.

 

Les rythmes ont donc deux composantes, l’une endogène et l’autre exogène. L’alternance du jour et de la nuit est le synchroniseur externe prépondérant. La lumière perturbe à des heures où elle n’est pas naturelle.

 

Ayons en mémoire que l’alternance est une règle universelle : l’évolution l’a prise en compte puisque dictée par la rotation de la Terre sur elle-même et autour du Soleil…

Commentaires

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2013-04-27 12:38:37 +0200

J'aime bien cette idée que la nature imprime en nous ces caractéristiques.
Si nous dormons, c'est parce que la terre tourne,
Si nous avons peur du silence, c'est qu'il indique la présence d'un prédateur dans notre forêt vierge originelle,
Si nous avons peur du noir, ...

Un jour, ou plutôt une nuit, c'était ma première nuit à dormir dans un forêt vierge. J'étais affolé et inquiet par l'étrangeté des bruits, la proximité des bruissements, les grenouilles, les insectes, le chant lugubre de certains singes.
Et puis, comme un ciel étoilé, des lucioles se sont mises à clignoter dans la canopée.
J'ai alors compris que toute cette agitation nocturne n'était pas menaçante. Bien au contraire, ce que j'entendais, c'étaient des chants d'Amour. La véritable symphonie de la Vie.

Cet instant s'est imprimé dans ma mémoire. Depuis, je n'ai plus peur du noir, il me suffit de fermer les yeux, et déjà mon esprit rejoint cette forêt ...

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2014-04-25 11:54:50 +0200

Plutôt qu'interdire, je proposerai plutôt une taxe sur l'éclairage des enseignes publicitaires, taxe proportionnelle au chiffre d'affaire. Et on se sert de cet argent pour financer des recherches scientifiques comme celles de monsieur Hubert Reeves par exemple. Recherches scientifiques qui, elles, apportent un véritable éclairage , pas une lumière artificielle.

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À propos de l'auteur

Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son actif président d'honneur. Humanité et Biodiversité mène une action de plaidoyer et d'influence pour faire émerger dans la société les défis posés par l’érosion d...

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