POPULARITÉ
1765

Loup : un nouvel arrêté ministériel fixe le seuil de destruction à 36 individus

Éditer
Loup

Un nouvel arrêté ministériel fixe le nombre maximum de spécimens de loups dont la destruction est autorisée pour la période 2016-2017. Il établit à 36 le nombre de loups pouvant être détruits entre le 1er juillet 2016 et le 30 juin 2017. Un premier plafond de 27 loups, à ne pas dépasser avant le 30 septembre 2016, est prévu. Ce projet d'arrêté est soumis à la consultation publique par le ministère de l’écologie jusqu’au 22 juin 2016, avant son adoption définitive.

Humanité et Biodiversité considère ce plafond maximal comme non acceptable. En effet, aucune estimation chiffrée de la population de loups pour la période 2015-2016 n’est encore disponible et il n’y a pas eu d’évaluation des effets des destructions de la saison passée sur la population animale (35 loups tués sur les 36 autorisés). Mais surtout, aucune évaluation des effets des destructions de loups sur la prévention des dommages aux troupeaux n’a été réalisée, alors que certains préfets font régulièrement du zèle via des arrêtés préfectoraux qui n’attestent pas de la mise en place de protections effectives sur les troupeaux pour la prévention desquels ils autorisent des prélèvements.

En conclusion, le choix d’un plafond révisable a été fait par le gouvernement avant même d’avoir les données garantissant l'état de conservation de la population avec ce niveau de prélèvement. Rappelons que le loup est une espèce protégée au niveau européen par la convention de Berne.

Aussi, si vous souhaitez faire part de votre opposition à ce nouvel arrêté, vous pouvez participer à la consultation publique en publiant un commentaire sur la page dédiée. Attention, il est important de personnaliser votre réponse pour que votre commentaire soit pris en compte.

Cet article est aussi l’occasion de rappeler que notre association souhaite, à l’instar de France Nature Environnement, la mise en place au niveau national d’un groupe prospectif pour travailler durablement en faveur de la coexistence du loup avec les élevages. Une politique au coup par coup, sans dialogue avec l’ensemble des parties prenantes et sans vision de long terme, ne peut fonctionner.

Ainsi, notre association souscrit à la position récemment adoptée par le Comité français de l’UICN qui « estime nécessaire de mettre rapidement en place une stratégie permettant de garantir une présence pérenne du loup en France et les conditions de la coexistence durable entre cette espèce et les activités humaines ». Humanité et Biodiversité partage la vision défendue par la commission « Aires protégées » - à laquelle elle a participé - et dont les travaux sont consultables sur le site internet.

Crédit photo : Amar Saleem

Commentaires

4
2016-06-07 17:48:33 +0200

A mon ressenti, la chasse des loups n'est qu'une manière pour l'Etat d'éviter une révolution des éleveurs ainsi que les tirs illicites pratiqués par des non spécialistes susceptibles de désorganiser les meutes en tuant les dominants.
Les traditions de sauvegarde des troupeaux ont été perdues par les bergers français en raison de plusieurs décennies d'absence totale de cette espèce.
Il faut renforcer la surveillance en montagne et aussi près des villages, car les loups se déplacent très rapidement sur de longues distances. Ils sont observés aussi bien en haute montagne qu'à moyenne altitude, voire en plaine.
Les attaques de loups sur les troupeaux sont rendues catastrophiques quand les ovins tombent dans des barres rocheuses très difficilement accessibles, ce qui s'est produit pour mes voisins il y a deux ans, plusieurs dizaines de brebis ayant été tuées. Les vautours sont ensuite venus, et ont nettoyé les carcasses, perdant définitivement les médailles d'identification, médailles qui auraient permis l'indemnisation des éleveurs. D'un point de vue humain, je ne peux qu'écouter leur histoire et les plaindre.
Des bergers supplémentaires faciliteraient la mise en sécurité des troupeaux dans un enclos pour la nuit.
Serait-il envisageable que les déplacement des loups soient suivis par des balises, comme le sont les ours, beaucoup moins nombreux ?
Par ailleurs, les moutons sont des proies beaucoup plus faciles que les chamois, bouquetins et autres animaux sauvages.
Enfin, la presse locale n'aide pas souvent, et encore moins les commentaires aux articles !

4

4
2016-06-07 18:25:25 +0200

En Italie
Un article sur www.nicematin
Quand on demande à l’éleveur quel est son état d’esprit vis-à-vis du prédateur, il marque un temps de réflexion. "C’est une bête très belle et très intelligente, le problème c’est qu’elle veut manger mes brebis. Alors pour éviter les attaques, ça me demande des sacrifices. Rester en alpage tout l’été. Je ne prends pas de vacances. Mais j’ai choisi cette vie."

4

3
2016-06-08 01:26:14 +0200

Cet article de Nice-Matin est très intéressant, car il propose des solutions. J'aimerais que le Dauphiné Libéré suive la même inspiration, alors qu'il entretient l'émotion et le rejet du prédateur.
Il est toutefois difficile de comparer les conditions de vie d'un petit troupeau qui vit l'été dans le plat pays qu'est la plaine du Pô et passe l'hiver dans une étable de montagne, avec un ensemble de trois troupeaux qui estivent à plus de 2000 m d'altitude, dans une haute vallée au sud de la Chapelle-en-Valgaudemar, dans le Parc des Écrins, et reviennent passer l'hiver à l'étable, à 1100 m d'altitude. Ces bêtes ne sortent au printemps et en automne pendant la journée que lorsque l'herbe alentour a suffisamment poussé. Ce rythme de vie les met à l'abri des prédateurs, sauf en estive. L'été, trois troupeaux du village sont réunis en altitude, Les éleveurs ne peuvent pas être tous présents avec leurs bêtes à cette saison, car ils doivent aussi récolter le foin pour les nourrir tout l'hiver, et cultiver leur propre nourriture pour l'année, ce qui est un gros travail. Les bêtes sont en montagne du 14 juin au 4 octobre au plus tard. Une partie de la transhumance se fait toujours à pied. Ces éleveurs ont des chiens, évidemment. Je n'ai pas remarqué de hauts filets comme en Italie, ceux qui sont couramment utilisés font environ 90 cm de haut, ce qui serait évidemment trop bas pour protéger les troupeaux des loups.
Sur le plan de la transformation des habitudes pastorales pour tenir compte de la présence de prédateurs et favoriser la communication, la Maison du berger organise régulièrement des projections de documentaires, journées de discussions et formation entre éleveurs, www.maisonduberger.com

3

2
2016-06-08 10:00:16 +0200

Canis lupus n'est pas une espèce menacée de disparition sur la planète.
L’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) classe le loup gris "vulnérable".

2

3
2016-06-08 10:57:16 +0200

Le retour du loup en France est officiellement confirmé après l’observation de 2 animaux en 1992.
D'après mes souvenirs, tous les loups présents en France ont pour origine la souche italienne, Même si la controverses persiste quant à un retour naturel ou une réintroduction volontaire que ema.cr évoque, ce qui importe, selon moi, c'est la réalité de leur présence et leur devenir.
Et il me semble abusif de croire que l'Italie, ou l'Espagne seraient des paradis pour le loup. Il y a dans ces pays aussi un "front du refus".

NOTE DE H&B: Le texte de ema.cr évoqué par Nelly a disparu car ema.cr s'est retirée de la communauté et donc tout ce qu'elle pu écrire a été automatiquement supprimé.

3

3
2016-06-08 11:13:19 +0200

A ma connaissance, le loup s'est réintroduit tout seul en France, à partir de l'Italie, depuis une vingtaine d'années environ. Il a d'abord été observé dans le Mercantour, puis s'est diffusé vers le nord et l'ouest. On peut en rencontrer maintenant partout dans des Alpes, dans le Massif central, le Jura et les Vosges, et évidemment dans les plaines entre ces massifs montagneux. Les histoires sont tenaces, et dans le Queyras, on raconte encore les procédés mis en œuvre au cours des siècles pour se débarrasser des loups qui terrorisaient les paysans. Les contes et légendes entretiennent la peur, voire la terreur.
L'acceptation du retour du loup est une question de conscience du danger réel ou supposé qu'il représente pour les humains, et d'éducation pour faire face à cette peur. Quant aux troupeaux, ils 'y sont confrontés de façon très irrégulière : au plus quatre à six fois par an, dans les zones où les loups sont les plus nombreux. La gestion du prédateur reste donc une situation d'exception, ce qui accroît la difficulté et l'intensité des réactions émotionnelles. La presse prend parti en publiant des photos des bêtes égorgées, tous les commentaires anti-loup, et rajoute à l'horreur de la situation. Elle reste très discrète sur les actions promouvant le partage de la nature avec cette espèce sauvage.

3

1
2016-06-10 15:12:12 +0200

Je comprends le point de vue des bergers pour leur troupeau, mais tuer un animal parce qu'il se nourri pour vivre ...
Pourquoi voir dans le loup un problème, pourquoi ne pas chercher à développer des technologies pour les éloigner des troupeaux ? Ou créer des enclos qui empêcheraient les loups de venir ? Ce serait certes des coups supplémentaires pour les éleveurs qui ont déjà peu de moyens mais une piste à réfléchir à mon sens.

1

1
2016-06-10 15:44:24 +0200

Personnellement, je ne suis pas d'accord pour tuer le moindre loup ! Je considère les décisions de l'état d'établir des quotas d'autorisation de tir comme une manœuvre purement politique. Je ne défends pas ce point de vue, mais j'en entrevois les raisons. J'ai voulu pointer le problème humain que pose le loup aux bergers, pauvres et débordés par le surcroît de travail que représente la présence aléatoire du prédateur. Ils étaient habitués à laisser divaguer leurs troupeaux sur les montagnes depuis des décennies, avec une surveillance minime liée aux conditions météo. Cette pratique était aussi discutable, j'en conviens. Il faudrait totalement arrêter la chasse au gros gibier pour que le loup y trouve son compte. Fait-il la différence entre un mouflon et une brebis? Je n'en suis pas sûre ! Il serait effectivement souhaitable que les éleveurs puissent savoir où sont les loups. Mettre des barrières en montagne sur des kilomètres me semble inenvisageable, sauf s'il ne s'agit que d'enclos pour la nuit. Les troupeaux en estive sont très dispersés sur des kilomètres carrés au relief particulièrement accidenté.

1

0
2016-06-10 16:00:05 +0200

Oui Sophila je pense que mettre des barrières est difficilement envisageable si les bêtes sont dispersées effectivement ...
Je pensais plus à réduire justement la superficie pour les bêtes (au moins la nuit). Qu'elles soient peut être dans des espaces comme peuvent l'être les vaches en journée ou alors les rentrer à l'étable.
Ceci étant dit il faudrait envisager des solutions pour protéger les troupeaux sans avoir à tuer des loups.

0

1
2016-06-10 17:47:13 +0200

Il est toujours bon de prendre connaissance de l'opinion des professionnels de l'élevage ovin.
Voyez le dossier récent présenté dans la revue Pâtre : http://www.leseleveursfacea...

1

1
2016-06-13 17:04:49 +0200

Je suis tout à fait d'accord avec Nelly. Ce sont les éleveurs qui sont à consulter les premiers pour cela.

1

0
2016-06-19 18:01:46 +0200

Il faut tenir compte de leur opinion mais en même temps il faut bien se rendre compte qu'ils influencent fortement la politique de l'état via le lobby de la FNSEA... ils sont donc juge et partie dans cette histoire ! De plus, je sais de source sûre, pour avoir un ami qui travaille à l'ONF, que les chiffres d'attaques de loup sont très exagérés. Tout cela à cause des subventions européennes auxquelles a droit l'éleveur en cas d'attaque du loup avérée sur son bétail. Chaque bête est indemnisée et ce décompte doit être attesté par les agents de l'ONF qui sont quelquefois un peu trop arrangeants...

0

À propos de l'auteur

Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son actif président d'honneur. Humanité et Biodiversité mène une action de plaidoyer et d'influence pour faire émerger dans la société les défis posés par l’érosion d...

Réputation
Découvrir la biodiversité #1f6929 decouvrir-la-biodiversite 779921
Patrimoine naturel #81A23E patrimoine-naturel 314538
Ménagement du Territoire #D05D10 menagement-du-territoire 129727
Cadres institutionnels #B36281 cadres-institutionnels 223585
Économie et Biodiversité #723DC4 economie-et-biodiversite 43888
Transition écologique #168DBE transition-ecologique 275274

Ses derniers articles

Powered_by_tinkuy