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Requins. Des espèces au bord de l'extinction. Agir tant qu'il est encore temps.

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Publié dans
le 19.06.12
Shark-alliance

Dans l'article précédent Des requins et des humains, nous avons vu que les requins et les humains entretiennent des relations complexes. Si les humains peuvent faire l’objet d’attaques de requins, ils exercent de leur côté une pression extrêmement forte sur leurs écosystèmes et leurs populations.


Beaucoup d’espèces sont aujourd’hui menacées


Comme conséquence des impacts humains évoqués, directs et indirects, plusieurs espèces de requins sont aujourd’hui menacées sur la liste rouge mondiale réalisée par l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) :


- un grand nombre sont listées dans la catégorie « Vulnérable » comme le Grand requin blanc (Carcharodon carcharias), le Requin pèlerin (Cetorhinus maximus), le Requin baleine (Rhincodon typus), l’Aiguillat commun (Squalus acanthias), le Requin renard commun (Alopias vulpinus) ou le Requin-taupe commun (Lamna nasus) ;


- quelques unes sont listées dans la catégorie « En danger », comme le Grand requin marteau (Sphyrna mokarran), voire « En danger critique », comme l’Ange de mer commun (Squatina squatina).


Par ailleurs, beaucoup d’espèces de requin sont aujourd’hui proches d’être menacées, classées dans la catégorie « Espèces quasi menacées ». A titre d’exemple on peut citer, le Requin peau bleue (Prionace glauca), le Requin-taupe bleu (Isurus oxyrinchus), le Requin citron (Negaprion brevirostris) ou encore le Requin bouledogue (Carcharhinus leucas).


Finalement, les requins sont considérés comme faisant partie des espèces marines les plus menacées. Au total, 17 % des requins, chimères et raies font partie des catégories menacées de la liste rouge mondiale (« En danger critique », « En danger » ou « Vulnérable ») et 13 % sont proches d’être menacés. La liste rouge mondiale permet également de mettre en évidence qu’une large majorité de ces espèces sont en outre dans une dynamique négative.


Les caractéristiques écologiques des requins que nous avons abordées dans le tout premier article (Cf. « Les requins, des poissons très divers ») expliquent que les conséquences de la pression anthropique soient aussi rapidement visibles : leur croissance généralement lente, leur maturité sexuelle tardive ou encore leur faible nombre de descendants impliquent en effet un renouvellement lent des populations, qui est en net décalage avec le rythme de mortalité qu’ils subissent du fait des humains.


Le rôle prépondérant que possèdent les requins dans les écosystèmes marins (chaîne alimentaire, équilibre de l’écosystème, mutualisme avec d’autres espèces, etc.) que nous avons vu dans l’article II (Cf. « Les requins, clef de voûte des écosystèmes marins ») laisse imaginer les conséquences en chaîne qu’entraîne la disparition actuelle des populations de requins.


Des actions internationales et communautaires difficiles à mettre en place


L’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO, Food and Agriculture Organization) a adopté en 1999 un Plan d’action international pour la conservation et la gestion des stocks de requins. Ce plan incite les pays pratiquants la pêche aux requins à coopérer et à élaborer eux-mêmes leur propre plan d’action. Cette démarche volontaire n’a malheureusement suscité que peu d’engouement. En ce qui concerne l’Union européenne, dix ans ont été nécessaires pour qu’un plan communautaire voie le jour.


Le 5 février 2009, la Commission européenne a adopté le tout premier plan d'action de l'Union européenne pour la conservation et la gestion des requins. Plusieurs consultations avaient été organisées en 2007 et en 2008 avec les États membres, les parties intéressées et le grand public. La structure du plan s'inspire de celle proposée dans le Plan d'action international de la FAO et, comme le prévoit ce dernier, le plan communautaire est accompagné d'un rapport d'évaluation des requins.


Ce plan communautaire vise à garantir l'adoption, si nécessaire sur la base du principe de précaution, de mesures efficaces en vue de favoriser la reconstitution des stocks de requins menacés, ainsi que la formulation de lignes directrices pour la gestion durable des pêcheries concernées, y compris celles dans lesquelles les requins sont capturés en tant que prises accessoires. Le plan prévoit également des mesures destinées à approfondir les connaissances scientifiques concernant les stocks et pêcheries de requins.


En 2011, la Commission Européenne a proposé un renforcement de la réglementation interdisant le finning (pratique qui consiste à couper les ailerons de requins très prisés, puis à rejeter l’animal vivant). Cette proposition doit maintenant être acceptée par le Parlement et le Conseil des Ministres pour prendre effet.


Sharkalliance : l’alliance pour les requins


Shark Alliance est une coalition mondiale d’organisations non-gouvernementales (ONG), à but non lucratif, créée en 2006. Elle a pour mission le renouvellement et la conservation des populations de requins en améliorant les politiques de conservation. Shark Alliance agit en particulier pour :


- la mise en place de quotas de pêche en accord avec les recommandations scientifiques et les mesures préventives, incluant des politiques plus fermes pour empêcher la pratique du finning ;


- des recommandations en termes de protection et de conservation pour les requins grâce à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) ;


- qu’une résolution soit adoptée par les Nations-Unies, qui inclut un calendrier ambitieux pour la mise en place du Plan d’action international et qui énonce les risques encourus en cas de non-respect.


D’une manière générale, Shark Alliance plaide pour une plus grande transparence et pour plus de responsabilité dans les prises de décision concernant les requins. Elle assure aussi un rôle essentiel de sensibilisation du public.


L’investissement d’Humanité & Biodiversité


Humanité & Biodiversité a rejoint Shark Alliance en 2007. Cet engagement fut annoncé officiellement par Hubert Reeves, Président de l’association, lors d’un colloque consacré à ces espèces, tenu le 3 octobre à Paris.


En 2007, Hubert Reeves publia un communiqué, « Nos requins préférés ? », pour alerter sur les menaces qui pèsent sur les requins.


Depuis, Humanité & Biodiversité contribue à une sensibilisation du public sur les menaces anthropiques dont souffrent les requins. A ce titre, elle relaie et participe aux actions menées par Shark Alliance, et notamment contre le finning. Plus largement, son action concernant les requins s’inscrit dans son travail de réflexion et de plaidoyer au sujet des relations entre humanité et biodiversité, incluant les relations potentiellement conflictuelles telle que la cohabitation avec les espèces prédatrices.


Pour aller plus loin :


> UNION INTERNATIONALE POUR LA CONSERVATION DE LA NATURE (UICN). Liste rouge mondiale des espèces menacées. Consultable en ligne sur : http://www.iucnredlist.org


> FAO (1999). Plan international pour la conservation et la gestion des stockes de requins.


Consultable en ligne sur : http://www.fao.org/docrep/006/x3170E/x3170e03.htm


Téléchargeable en pdf sur : ftp://ftp.fao.org/docrep/fao/006/x3170e/X3170E00.pdf


> COMMISSION EUROPÉENNE (2009). Question réponse de la Commission européenne sur le plan d’action en faveur des requins. Consultable en ligne sur :


http://europa.eu/rapid/pressReleasesAction.do?reference=MEMO/09/52&format=HTML&aged=0&language=FR&guiLanguage=en


> Le site internet de Shark Alliance : http://www.sharkalliance.org


> HUBERT REEVES (2007). Nos requins préférés ?. Disponible en ligne sur :


http://www.hubertreeves.info/chroniques/pdf_jdm/20070227.pdf


Nous avons vu au cours de quatre articles que derrière le nom de requin, se cache une diversité importante d’espèces : poissons cartilagineux, ils peuvent être grands ou petits, nager en surface ou au fond des mers, se nourrir de plancton comme de vertébrés. Si leur prédation sur les humains n’est pas nulle, elle reste un facteur faible de mortalité humaine et semble en décalage avec les émotions si négatives que l’Occident projette sur ces espèces. Les humains exercent une pression forte sur les populations de requins et sur leur milieu, à tel point que bon nombre de requins sont aujourd’hui menacés de disparition. Leurs caractéristiques écologiques limitent la capacité de leurs populations à se renouveler rapidement alors que dans le même temps, le rôle des requins dans les écosystèmes marins est fondamental. Des actions de conservation et de protection sont nécessaires mais peinent à se concrétiser, au plan international comme européen. La route semble encore longue avant que les requins retrouvent des niveaux de populations sereins et que, plus largement, ils suscitent considération et respect aux yeux des humains. Sera-t-il encore temps pour les espèces les plus menacées ?


Voir les articles liés :


Les requins : des poissons très divers
Les requins : clefs de voûte des écosystèmes marins
Des requins et des humains

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À propos de l'auteur

Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son président d'honneur. Humanité et Biodiversité mène une action de plaidoyer et d'influence pour faire émerger dans la société les défis posés par l’érosion de la b...

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