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2031

Des fourmis, des papillons et des hommes

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Publié dans
le 05.03.15
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Dans le cadre d’activités reliées à l’observation de la nature tout près de notre demeure, de jeunes naturalistes, comme ceux du camp ERE de l’Estuaire, avec l’apport d’entomologistes amateurs mais sérieux, peuvent découvrir des faits extraordinaires sur la vie des insectes.

Ainsi, à deux pas de votre maison, comme nous dans notre Oasis Nature, vous pouvez faire de l'Éducation à l'Environnement.

Selon Laurent Keller (1), il existe environ 10 000 espèces de fourmis. De nombreuses espèces se nourrissent du miellat des pucerons, qui est une source de nourriture très importante; les autres vont se nourrir différemment. Ce qui est fantastique, c’est qu’elles consomment moins que les humains par unité de masse.

En fait, les fourmis auraient besoin de 10 fois moins d’énergie que les humains. (2)

Il est fascinant de voir qu’un groupe de jeunes intéressés aux insectes peuvent observer quelques étapes de la vie des chenilles du papillon «le Bleu argenté» (Glaucopsyche lygdamus couperi) et de leurs liens ‘’intimes’’ avec des fourmis de la sous-famille des Formicinae. Ces liens étroits, qu’on appelle mutualisme en biologie, assurent vie et protection pour les chenilles de papillons et une source d’alimentation, le miellat, pour les fourmis besogneuses.

Cette observation doit revenir à un jeune du nom de Émile Dontigny, de l'ERE de l'Estuaire, situé au bord du fleuve Saint-Laurent. Ce jeune homme nous proposait une observation intéressante à faire en examinant une rangée de Vesce jargeau (Vicia Cracca L.), une légumineuse, qui bordait le devant de la résidence principale.

Arrivée sur les lieux, il s’agissait de repérer des fourmis et de suivre leurs déplacements, autour des tiges et des feuilles, ce que nous fîmes avec assiduité. Nos observations permirent de découvrir le stratagème des fourmis et la raison de leur comportement inédit pour nous. Elles cherchaient activement des chenilles du Bleu argenté (voir photo), lépidoptères communs du Québec (Handfield 2011). Nous pûmes répéter ces observations pendant trois ou quatre jours. Il s‘agissait, de fait, de fourmis qui espéraient trouver une source d’alimentation, soit le miellat, qu’exsudent les chenilles de cette espèce de lépidoptères de la famille des Lycaenidae.

Ces hyménoptères raffolent de cette substance sucrée qu’elles peuvent obtenir des chenilles. Nous avons pu apercevoir une fourmi montée sur le dos d’une de ces chenilles pour extraire le miellat d’un orifice creusé sur la partie dorsale de la chenille de Glaucopsyche. Il nous semblait dans certains cas que d’autres fourmis formaient une rangée visant à protéger leur butin de tout intrus qui aurait voulu partager le miellat obtenu des chenilles.

En ce qui nous concerne, ces observations, bien connues, présentent une grande valeur pour les entomologistes en herbes que nous sommes. Elles permettent, en effet, d’initier les participants à l’observation directe des insectes dans un cadre naturel.

Il est même possible d’en découvrir sur le pois maritime (Lathyrus japonicus L.) Bigel, plante présente dans des baies de Charlevoix, au bord du fleuve. De fait, toutes les espèces de plantes mentionnées ci-dessus sont présentes, à proximité du camp ERE de l’estuaire, dans la baie de Port-au-Saumon ou encore d’autres baies adjacentes.

Quelques traits de comportement de ce mutualisme spectaculaire, tirés de la littérature citée ci-dessous, méritent qu’on en prenne connaissance pour les repérer au cours de nos observations à Port-au-Saumon. Selon l’éminent myrmécologue Luc Passera, l’observateur peut repérer sur le septième segment abdominal un organe, la glande de Newcomer, qui fournit le miellat, et des acides aminés dont se nourrissent les fourmis. En outre, sur le huitième segment abdominal, voyez ces deux structures, en forme de tentacules, que les chenilles peuvent dresser pour émettre des phéromones d’alarme afin que des fourmis viennent à leur secours. Il est connu que ces chenilles ont des ennemis, par exemple, des parasitoïdes, soit des micro-hyménoptères de la famille des Braconidae et des mouches de la famille des Tachinidae. Les fourmis protectrices peuvent attaquer ces parasites et les ‘’asperger’’ d’acide formique.

Enfin, retenons que les chenilles de Glaucopsyche peuvent arborer différentes teintes de couleurs, du blanc au mauve, selon les végétaux sur lesquels le naturaliste les trouve, avec la bande médiodorsale foncée et les bandes diagonales pâles sur les côtés de las chenille.

Depuis de nombreuses années, il est facile d’observer le vol des adultes de ce petit papillon, partout autour du camp et de ses bâtiments. L’occasion est donc bonne d’essayer de recenser les chenilles sur différentes plantes-hôtes et d’observer l’activité des fourmis qui cherchent le miellat et s’en régalent grâce aux chenilles productrices de cette denrée de choix, un festin pour les fourmis, dirions nous !

Don Lafontaine, lépidoptérologue éminent, nous a assurés que seules les chenilles du Bleu argenté pouvaient présenter les caractéristiques de forme et de couleurs sur nos photos, prises sur de la Vesce jargeau.

Raymond Hutchinson, entomologiste
Claude Simard, entomologiste
Denis Turcotte, écologiste
Émile Dontigny, jeune naturaliste

Liens
(1) vidéo ci-dessous (en anglais)
(2) http://www.odilejacob.fr/catalogue/jeunesse/adolescents/vie-des-fourmis_9782738118257.php
et http://www.podcastscience.fm/dossiers/2012/05/17/des-fourmis-et-des-hommes/

Ouvrages cités
- Handfield, L. 2011. Les Papillons du Québec (édition révisée et corrigée). Broquet. 672 pages et 166 planches.
- Hölldobler, B. et E.O Wilson. 1994. Journey to the Ants. The Belknap Press of Harvard University Press. Cambridge. Massachussetts, London, England. 228 pages.
- Layberry, R.A., P.W. Hall et J.D. Lafontaine. 1998. The Butterflies of Canada. University of Toronto Press. Toronto, Buffalo, London. 280 pages. (Glaucopsyche, page 156).
- Passera, Pr L. 2006. La véritable histoire des fourmis. Fayard. Le temps des sciences. 304 pages. Voir pages 266-68.
- Passera, L. et S. Aron. 2005. Les fourmis, comportement, organisation sociale et évolution. CNRC-NRC. Les Presses scientifiques du CNRC. Ottawa, ON Canada.
- Pierce, N.E. et W.N. Young. 1986. Lycaenid butterflies and ants…(à completer). The American Naturalist, volume 128, no 2 (à completer).

Commentaires

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2015-03-05 05:02:32 +0100

Merci M. Sailer,
Faudrait-il faire comme elles et manger du miel ?

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2015-03-05 10:07:33 +0100

Avez-vous lu http://www.humanite-biodive... ?

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1
2015-03-05 10:09:54 +0100

Sur ce site, il est souvent question des fourmis !
Exemple: http://www.humanite-biodive...

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2015-03-05 15:18:46 +0100

Merci Nelly de me diriger vers les articles très intéressants.

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1
2015-03-05 15:26:57 +0100

L'utilisation du mot clef "fourmi" dans le moteur de recherche du haut de page vous donnerait accès à toutes les publications dans lesquelles il est utilisé.

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2015-04-01 14:49:50 +0200

Bel article tres interessant

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À propos de l'auteur

L'Oasis nature l'Ere de l'Estuaire se situe sur un territoire où se côtoient des écosystèmes très différents qui se succèdent rapidement de la mer (Estuaire) à la forêt boréale. Sous l’œil attentif du merle bleu et du pygargue à tête blanche nous pouvons observer les mammifères marins et de nombreuses espèces très différentes les unes des autres. Ce site privé se situe dans la baie de Port-au...

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