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... et la Pyrale du buis

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La Pyrale du buis (Cydalima perspectalis) est une espèce d'insecte lépidoptère originaire d'Asie (Chine, Japon, Corée, Inde et Extrême-Orient russe.)
Cet insecte exotique a réussi son implantation en France, à l'instar d'autres insectes introduits récemment par l'accroissement des échanges mondiaux comme la chrysomèle du maïs.

Il s'agit d'une espèce qui figure depuis 2008 sur la liste d'alerte de l'Organisation européenne et méditerranéenne pour la protection des plantes (OEPP, 2007).
- Son introduction accidentelle en France a été repérée depuis les années 2005-2008 via le commerce de buis orientaux. Depuis 2014 elle est présente dans pratiquement toute la France.
- Sa prolifération est rapide grâce notamment à plusieurs cycles annuels (au printemps d'abord, puis avec une seconde émergence en juin ou en juillet, et enfin une troisième en septembre), à nombre relativement faible mais croissant de prédateurs naturels (parmi lesquel on compte les mésanges qui s’en régalent) et au peu de moyens curatifs qui font qu’il est très difficile de s'en débarrasser une fois l'insecte implanté. Il pourrait en outre profiter du dérèglement climatique et de ses hivers doux. La France et l’Europe occidentale (Pays Bas, Grande Bretagne...) sont touchés.
- La chenille de cet insecte décime les populations de buis jusque parfois deux fois par an en dévorant les feuilles, ne laissant que les rameaux qui se dessèchent entraînant souvent la mort de l'arbuste. Cela a un impact notable pour de nombreux jardins historiques si particuliers de nos châteaux et autres monastères principalement constitués de cet arbuste, et constitue une menace pour les forêts de buis, les buxaies.

Description

C'est un papillon nocturne, attiré par les lumières (la pollution lumineuse est un facteur de dissémination), qu'on peut voir tournoyer autour des lampes extérieures mais qu'on ne voit pas voler de jour sauf dérangement.

  • Les chenilles au dernier stade mesurent 35 à 40 mm de long. Elles se transforment alors en nymphes. La chenille non urticante est reconnaissable à sa tête noire luisante et son corps vert clair, strié longitudinalement de vert foncé avec présence de verrues noires et de longs poils blancs isolés. Elle est dotée d’une dizaine de fausses pattes abdominales
  • La nymphose dure environ un mois (pendue par la queue, tête vers le bas, généralement dans un cocon tissé entre les feuilles). Sa nymphe quant à elle mesure 21 mm de long et est de couleur brune. Elle est protégée par un cocon de feuilles et de soie.
  • L’adulte (papillon) possède une envergure de 35 mm à 45 mm. Ses ailes sont blanches et brunes avec des irisations dorées et violacées sans différence extérieure marquée entre les deux sexes. Il existe sous 2 formes : la plus fréquente est blanche et brune avec des reflets violacés.

On peut confondre la pyrale avec la marginée adulte (Lomaspilis marginata) bien que cette dernière soit plus petite et les dessins de ses ailes sont différents. Les chenilles de la piéride du chou (Pieris brassicae) peuvent ressembler à celles de ce papillon, mais elles ne se nourrissent pas de buis.

Ecologie

La chenille de ce papillon ne semble consommer que des feuilles de buis (Buxus sempervirens) ainsi que celles de variétés horticoles Buxus sempervirens L. rotundifolia (buis à feuilles rondes) ou d’autres buis introduits dans les jardins Buxus colchica (buis du Caucase).
En l'absence de prédateurs, elles peuvent provoquer des dégâts très importants sur leurs plantes hôtes. Elles tissent des toiles autour des plants infestés et laissent sur le sol de nombreuses déjections vert foncé.
Des tests ont été réalisés pour vérifier si ces chenilles seraient susceptibles de s'attaquer à des espèces proches du buis (fusain, figuier et houx). En Chine, il semblerait qu’on trouve la pyrale du buis parfois sur d’autres arbustes (le houx à feuilles pourpres -Ilex purpurea-, le fusain du Japon -Euonymus japonicus- et le fusain ailé -Euonymus alatus-).

Les adultes sont exclusivement nocturnes.
En Europe occidentale, l’espèce semble produire deux à trois générations par an. La ponte des œufs en groupe se fait sur la face inférieure des feuilles.
L'hivernage se fait sous forme de jeunes chenilles, dans des cocons de feuilles et de soie, situés à l'intérieur du feuillage des plants infestés. Les papillons en sortent deux à trois semaines après.
La première génération des papillons prend son vol en juin. La dernière génération passe l’hiver en l’état de jeunes chenilles logées dans des cocons. Dès mars, elles quittent leurs cocons et recommencent à s’alimenter sur les feuilles.

En Asie, l'espèce n'est pas aussi invasive qu’en Europe car très prédatée.
En Europe, l'espèce se montre beaucoup plus invasive et dévastatrice du fait de la rareté des prédateurs ou régulateurs naturels. Néanmoins une prédation par Vespa velutina (frelon asiatique) est observée dans les zones où cette dernière espèce, elle-même aussi venant d'Asie, et implantée antérieurement à Cydalima perspectalis. Le frelon asiatique prélève plutôt des larves au stade précoce, mais en cas de raréfaction de larves directement disponibles est capable de cisailler leurs cachettes de feuille et soie mêlées, pour en extraire leur occupant.
À ce jour, cet insecte invasif n'est pas naturellement régulé par les prédateurs et parasitoïdes qui se trouvent dans les milieux naturels mais il semble que des moineaux domestiques en période de nourrissage commenceraient à consommer cette chenille ainsi que la mésange bleue.

Comment lutter contre la pyrale du buis ?

  • Une lutte mécanique par prélèvement des chenilles non-urticantes peut être faite lorsque les chenilles sont en faible nombre. Ces dernières doivent être détruites par exemple en les écrasant. En cas de défoliation totale et de mortalité du buis, les plants infestés peuvent être arrachés et brûlés voire soigneusement et profondément enterrés, mais ne doivent surtout pas être compostés.

  • La lutte biologique est un moyen de lutte efficace en utilisant Bacillus thuringiensis (dit "BT"), bactérie qui s'attaque aux chenilles, pour contrer les "trois à quatre" générations de pyrale qui peuvent voir le jour chaque année. Les successions de générations (de 2 à 3, voire 4) au cours d'une année, font que les traitements doivent impérativement être répétés sinon, le résultat final sera à nouveau la défoliation totale de l'arbuste. Il nécessite cependant un usage maîtrisé dans le temps et l’espace ; le BT pouvant s’avérer néfastes sur d’autres espèces

Pour sauver les buis, les propriétaires de jardins peuvent faire jouer des dérogations à l'interdiction d'utilisation des pesticides.
Il existe également des pièges à phéromones qui créent de la "confusion sexuelle" et limitent la reproduction du papillon. Un seul piège peut traiter un jardin d'environ 200 mètres carrés.
Il faut surtout développer un cadre accueillant pour les prédateurs de ces chenilles, avec une plus grande naturalité dans les jardins, la présence des trois strates herbacée, arbustive, arborée. Eventuellement poser des nichoirs à mésanges sachant que les nichoirs seuls ne suffisent pas.

Pour protéger le buis en milieu naturel, il n'existe pour l'heure pas de solution. Des forêts ont ainsi été dévastées ces dernières années, induisant des problèmes d'érosion des sols et accroissant les risques d'incendie au point que les autorités y interdisent l’accès au public, les buis secs formant de véritables torches prêtent à s’embraser.

Deux pistes sont explorées par des chercheurs.

  • L'Institut national de la recherche agronomique travaille sur des méthodes de diffusion mécanique des phéromones pour des étendues forestières conséquentes dans cadre du projet "Optim'Phero".
  • Le projet "Save Buxus" explore des souches de micro-guêpes indigènes et par lâchers de parasites oophages sont en phase de test (Projet SaveBuxus). au territoire français qui iraient pondre leurs oeufs dans ceux de la pyrale, comme cela existe déjà pour lutter contre la pyrale du maïs. Pour en savoir plus sur le programme save buxus = http://www.ecophytopic.fr/hp/programmes-de-recherche/programme-savebuxus-synth%C3%A8se-des-r%C3%A9sultats-sur-la-lutte-contre-la-pyrale

Une fois les chenilles éliminées (mécaniquement ou par traitement), de nouvelles feuilles apparaissent progressivement même sur des plants très affectés. Il faut néanmoins en période de sécheresse veiller à bien arroser les plants défoliés.

Commentaires

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2017-05-12 09:48:02 +0200

Un nouvel exemple d'espèce invasive, qui prolifère faute de prédateurs dans un nouvel environnement... C'est ça la mondialisation !!

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2017-05-28 14:11:31 +0200

Merci pour ces informations, la pyrale inquiète un grand nombre de pépiniéristes qui ne savent plus si il doivent arrêter cette culture ou non.
Un vrai sujet aussi politique que l'arrivée de ces nouvelles espèces invasives. Pour ou contre la mondialisation.

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2017-05-28 20:00:41 +0200

Oui on espère que nos mésanges et le rouge-gorge apprendront vite à manger les chenilles de ce papillon.
La mortalité des buis pose un problème dans les jardins de certains châteaux et demeures historiques ; le buis étant très lié au patrimoine arborée et créant l'ambiance des jardins de ces bâtiments, par quoi le remplacer ?
Comme quoi la conservation de la Nature rejoint la Culture.

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2017-06-25 07:32:14 +0200

Un test de lutte biologique contre la pyrale du buis plein d'espoir !
Un lâcher de 2,5 millions de micro-guêpes a été effectué sur la montagne Saint-Maurice à Dieulefit (Drôme), par une équipe de volontaires. Ces insectes mesurant seulement 0,8 mm et qui ont été élevés par la société Biotop de Livron-sur-Drôme, vont aller pondre dans les œufs de pyrale du buis, tuant ces-derniers directement dans l’œuf. Il s’agit de la deuxième étape du test grandeur nature chapeauté par les service de l’Etat (ONF et Draaf notamment) pour tester l’efficacité de ce dispositif, en espace naturel. De quoi, si cela est efficace, redonner espoir à tous ceux que la destruction du buis dans la région, désespère. Explications en vidéo avec Laurent Audras, le chargé de mission pour la mairie de Dieulefit, de l’espace naturel sensible de la Montagne Saint-Maurice.
Pour en savoir plus = http://www.ledauphine.com/d...

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2017-06-25 09:08:32 +0200

Il s'agit sûrement de Trichogrammes, que l'on peut déjà se procurer pour nos jardins individuels par le e-commerce à faible coût, de même que les bactéries polyvalentes Bacillus thuringiensis ; je ne sais pas ce qui est le plus efficace...

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2017-10-06 07:26:33 +0200

Un point sur l'état de la recherche en matière de connaissance et de lutte biologique face à la Pyrale du Buis en France, par Plante & Cité :
http://www.plante-et-cite.f...

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