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Santé et biodiversité : lettre envoyée aux ministres

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le 15.04.20
Parc_ubain

Le 7 avril dernier, Humanité et Biodiversité, l'ASEF et FNE ont envoyé une lettre commune à la ministre de la Transition Écologique et Solidaire, Elisabeth Borne, et au ministre des solidarités et de la santé, Olivier Veran, au sujet du projet de 4ème Plan National Santé Environnement - PNSE4 - et des actions de santé et biodiversité.

Lettre envoyée aux ministres :

Madame la ministre, Monsieur le ministre,

Nous avons noté avec une grande satisfaction que, au ministère de la Santé, dès le discours lors de votre prise de fonction, monsieur le ministre, vous avez cité l’enjeu de la santé environnementale. Vous y êtes revenu récemment, lors d’un entretien publié dans la presse, en indiquant : « Il faut que nous soyons mieux armés pour faire face aux risques liés à la santé environnementale. Celle-ci doit être territorialisée, structurée, et tournée vers les Français ». Nous partageons totalement cette vision, sachant que l’OMS considère qu’en Europe, 14 % de la mortalité est liée à une cause environnementale.

Il est d’ailleurs regrettable que la France ne dispose pas de chiffres sur ce sujet (hormis deux estimations allant de 48 000 à 67 000 décès dus à la pollution de l’air). Ce n’est là qu’une des lacunes constatées par les récents rapports d’inspections générales d’évaluation du troisième plan national santé environnement (PNSE3).

Nous connaissons, madame la ministre, votre propre engagement et vos récentes déclarations et décisions, montrant votre souci de préservation d’un environnement sain pour nos concitoyens, par exemple en matière de limitation de l’épandage de pesticides aux abords des lieux de vie.
Nous espérons donc, madame la ministre, monsieur le ministre, votre engagement fort pour mettre au point un ambitieux quatrième plan national santé environnement (PNSE4), mais la démarche reste floue et loin des enjeux. C’est pourquoi nous renouvelons auprès de vous nos propositions en faveur d’une véritable territorialisation de la santé environnementale, impliquant les élus territoriaux, formulées par une lettre ci-jointe en date du 3 novembre 2019, restée, jusque là, sans réponse.

Nous attirons également votre attention, comme nous l’avions fait l’été dernier en saisissant madame Buzyn, sur un manque important : les liens entre santé et biodiversité.

La crise du Covid-19 est pourtant symptomatique : comme pour Ebola, ou le SRAS, à l’origine on trouve un contact anormal entre espèces sauvages et humains, soit par destruction des écosystèmes, chassant ces espèces de leurs habitats, soit par trafic d’espèces sauvages (comme ceci a bien été confirmé à Wuhan). Le Président de la République a annoncé, dans son intervention télévisée du 12 mars 2020, qu’il fallait désormais prendre des mesures sur le long terme en rupture, rejoignant ainsi les recommandations du rapport de 2019 de l’IPBES, appelant à des « changements en profondeur sur les plans économique, social, politique et technologique ».

Nous partageons totalement ce constat et tenons d’emblée à rappeler une donnée fondamentale dont la non prise en compte nous exposerait à de nouveaux effets boomerangs dévastateurs : quand on parle de politique de « santé », il faut comprendre « gestion des maladies », faute de prévention dont l’objectif est d’éviter les maladies en agissant sur les facteurs de risques. Or, seulement 1% des fonds consacrés à la « santé » est consacré à la prévention dont 0,5% pour le dépistage. S’il faut dans l’urgence traiter les conséquences de cette carence chronique de prévention, une fois la crise passée, il s’agit surtout d’en tirer des enseignements, définir de nouveaux paradigmes parmi lesquels une politique de prévention sanitaire environnementale devant infuser en permanence les politiques menées, depuis les territoires jusqu’aux niveaux national et international.

Nous n’avons reçu aucune réponse, sauf le constat de l’arrêt des travaux du groupe dédié (GT1 « santé et biodiversité ») au sein du groupe santé environnement (GSE), présidée par madame la députée Toutut-Picard. Or, ce GT1 avait été mis en place après des engagements internationaux de la France autour du concept « un monde, une santé » (qui promeut une approche intégrée et unifiée de la santé publique, animale et environnementale aux échelles locales, nationales et planétaire), notamment lors de la 12ème conférence des parties (octobre 2014) de la Convention pour la diversité biologique (tendant à « promouvoir au niveau national une coopération entre services et établissements en charge de la biodiversité et de la santé humaine »). Les éléments de base de la réflexion du GT1 ont été recueillis lors d’une conférence nationale soutenue par l’agence régionale de santé Rhône-Alpes, à l’école vétérinaire VetagroSup de Lyon (toujours en octobre 2014). Et, le PNSE3 avait inclus des actions spécifiques, essentiellement sous forme de recherches, études et revues systématiques.

Au vu de ces travaux depuis cinq ans, et des enjeux majeurs de santé publique, comme l’impérative lutte contre l’antibiorésistance, il est urgent et impératif de passer à l’action, quel que soit le véhicule cadre envisagé : PNSE, Plan antibiorésistance, Plan national biodiversité, etc.

Nous proposons de cibler cinq axes majeurs :

• la maîtrise de l’usage des biocides, notamment, afin de réduire drastiquement la prévalence de l’antibiorésistance, dans la directe application d’ailleurs du rapport « Carlet » de 2015, « tous ensemble, sauvons les antibiotiques » ;
• des volets santé / biodiversité, dans les programmes territoriaux de santé environnement à généraliser ;
• un soutien des plus démunis à accéder à une alimentation de qualité, issue de productions agricoles sans pesticides et locale ;
• une gestion sereine des crises causées par les zoonoses ;
• la valorisation du concept de santé des écosystèmes.

Ces propositions sont détaillées dans le courrier joint et ses annexes, se fondant sur les revues systématiques récentes portées par la Fondation pour la Recherche sur la Biodiversité (FRB), ou l’Agence Nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES), et sur les réflexions et contributions du GT1 précité, qui a d’ailleurs transmis à vos services un ensemble de propositions pour le futur PNSE4. Il est d’ailleurs prioritaire de prévoir la relance des travaux de ce GT1, qui a pu regrouper des représentants de l’ensemble des acteurs (État, collectivités, associations et communauté scientifique) : ses membres seraient sûrement honorés de bénéficier d’une séance sous votre présidence.

Peut-être serait-il pertinent, enfin, de mobiliser une mission d’inspection générale (mobilisant le CGEDD et l’IGAS) pour vous proposer d’autres actions en matière de politiques publiques de santé – biodiversité, après analyse de la crise du Covid-19.

Nous avons l’honneur de solliciter la possibilité de vous rencontrer pour vous présenter et détailler ces propositions.
En vous remerciant de votre attention, veuillez agréer, Madame la Ministre, Monsieur le Ministre, nos plus sincères et respectueuses salutations.

Ci-dessous, consultez l'une des annexes "Santé et biodiversité: les leçons du Covid-19" jointes au courrier envoyé aux ministres.

Commentaires

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2020-04-17 11:00:56 +0200

La fin d'une chronique (la Croix l'hebdo) de Frédéric Boyer, en lien avec la très intéressante annexe jointe à votre lettre concerne le Pangolin qu'on accuse de tous les maux. Elle mérite attention et redite "... Si nous avions été plus soucieux du vivant, des espèces, de notre fragile diversité, moins avides, moins injustes, si nous n'avions pas laissé des continents entiers dans la pauvreté, la violence, le chaos, peut-être que le destin du pangolin eût été changé, améliorant au passage le nôtre, et nos terribles maux aujourd'hui eussent été moins sévères"... C'est vrai pour les chauve-souris, les loups.. Merci de nous permettre de regarder la complexité de la biodiversité d'un peu plus haut

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2020-04-17 16:18:56 +0200

Bravo pour cette initiative

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2020-04-17 16:19:01 +0200

Bravo pour cette initiative

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2020-04-18 12:04:07 +0200

Espérons que l'effet coronavirus aura bousculer tous les grands manitous( ici terme élogieux ) dans leurs conceptions politiques du monde . bon courage à vous.

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2020-04-20 01:29:57 +0200

Je suis très curieuse de voir l’effet « Coronavirus » sur notre futur proche. ...
Je pense que cela pourrait se résumer par :
- repas sans viandes et légumes de saison BIO ..... agriculture et agriculteurs à convaincre......
- pour respirer un air propre plus de pollutions de l’air avec tout ce que cela entraîne .... transport.....industrie.....tourisme.....
- planter des arbres partout et surtout laisser grandir ceux déjà en place
- ne plus tailler le vert et tout laisser pousser .....
Peut-être ces quelques objectifs et les actions qui vont avec....
Bravo pour cette lettre

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2020-04-21 07:11:45 +0200

tant que vous n'aurez pas fait le lien entre climat, eau et biodiversité on court à la destruction de l'humanité , la planète se relèvera sans nous ...
Ce sont bien les activités humaines qui dérèglent le climat mais ça n'a strictement rien à voir avec le taux de CO2 dans l'atmosphère mais uniquement le taux de vapeur d'eau ! il devrait être à 100% l'été et sur les continents il descend en dessous de 20% et c'est ça qui provoque des canicules !
Les zones tempérées de la planète sont caractérisées par la présence d'eau ou de végétation, et c'est justement quand les continents se "dévégétalisent" l'été que la désertification s'installe ! Avant de perdre ses arbres le Sahara était une forêt !
Dans un écosystème forestier (notre référence en matière de climat) 70% des précipitations sont consacrées à l'entretien du cycle de l'eau (évapotranspiration) par rétention dans les sols, ce qui laisse 30% de retour en mer. Quand les retour en mer d'un bassin versant dépasse les 30% c'est que la végétation n'aura pas assez d'eau, ce qui va entrainer un manque d'évaporation (donc un stockage de chaleur dans les sols = canicule) un manque de pluie, un assèchement des sols et une destruction de la biodiversité, un sol sec c'est un sol mort !
Toute la régulation thermique des basses couches de l'atmosphère se fait par l'évaporation (chaleur latente) ! Il faut végétaliser massivement (villes et campagnes) au rythme des forets de feuillus . Contrairement aux idées reçues, la pluie ne vient pas uniquement de la mer : 70% des précipitations continentales proviennent de l’évapotranspiration (végétation) et seulement 30% de l’évaporation en mer ... Autrement dit , il ne pleut pas sur des sols secs !

En climatologie on part du principe que c'est la végétation qui apporte les pluies, donc l' irrigation n'est pas un problème mais LA solution , à condition d'avoir fait des réserves l'hiver ! Le bilan hydrique de la végétation est toujours positif dans un rapport 2/3 1/3 : 2 litres d'eau évaporée = 3 litres de pluies ! Si tout le monde avait le bon sens de faire comme les agriculteurs, des réserves d'eau l'hiver (particuliers, villes, industriels, etc ...) pour végétaliser en épargnant les nappes phréatiques l'été on ne parlerait jamais de sécheresse ! Oui la végétation utilise 70% des pluies mais c'est quand elle ne le fait pas que le climat se dérègle !

En France les forets brulent parce que depuis 30 ans on plante des conifères qui consomment deux fois moins d'eau ... donc apportent deux fois moins de pluies ! D'ailleurs on ne plante de conifère en Afrique !

Les vrais spécialistes du climat nous disent bien que quand la température monte il y a plus d'évaporation et donc plus de pluie, donc il n'y aura pas moins d'eau mais une dégradation de la répartition annuelle des précipitations avec des accidents climatiques : inondations l'hiver et sécheresses l'été !

Les villes commencent à comprendre qu'il faut végétaliser pour "climatiser" mais tous les étés on laisse, dans nos campagnes, des millions d'hectares sans végétation; un champ bien vert l'été aura le même impact sur le climat qu'une foret ! Il y a 20°c d'écart entre un champ vert et un champ sec l'été , sur 4 millions d'hectares de Surface Agricole Utile l'impact sur le climat est énorme ! Si on reboisait dès aujourd'hui l'ensemble de la région il faudrait attendre 30 ans avant de commencer à voir les effets sur le climat ... C'est bien de replanter des haies dans les champs mais c'est une goutte d'eau dans l'océan !

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2020-04-23 14:32:51 +0200

Un article plein d'informations intéressantes

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2020-05-03 15:28:03 +0200

En ces temps, l'environnement et la biodiversité sont remis encore plus au devant de la scène. C'est maintenant que nous devons enfoncer le clous. Merci beaucoup pour cette initiative.

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À propos de l'auteur

Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. . Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son actif président d'honneur. . Humanité et Biodiversité mène une action de plaidoyer et d'influence pour faire émerger dans la société les défis posés par l’éro...

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