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Une traversée de la France à pied pour renouer un contact sensible avec le vivant

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Publié dans
le 15.07.20
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Humanité et Biodiversité se joint à Maxime et Justine qui ont décidé de rejoindre à pied les deux extrêmes Sud de notre beau pays. Leur objectif ? S'immerger dans les environnements ruraux et sauvages pour renouer un contact sensible avec le vivant. Partis le 12 juillet de Hendaye, nous vous faisons découvrir leur projet à travers une interview qu'ils nous ont accordée avant leur départ.

H&B : Qui êtes-vous ?

Maxime : Justine, 31 ans, psychiatre hospitalière intérimaire, Maxime, 33 ans, guide en Namibie environ 6 mois dans l’année.
En couple depuis quelques années, à peine trentenaires (surtout pour Justine !), encore relativement libres de vagabonder ici et là grâce à nos emplois du temps malléables et un désir de parentalité qui tarde à prendre forme humaine, nous parcourons le plus possible à pied les univers que nous choisissons d’explorer. Nos treks sur plusieurs jours en France, en Ethiopie ou encore en Indonésie… sans oublier, ce serait difficile, notre traversée du Népal à pied en autonomie pendant 110 jours… ont été et sont pour nous des parenthèses enchantées au cours desquelles nous aimons faire l’expérience de l’altérité, aussi bien humaine qu’animale et végétale !

H&B : Présentez brièvement votre projet de traversée de la France à pied (durée, calendrier, étapes...)

Maxime : Nous partirons de Hendaye le 12 juillet 2020, pour rallier Menton environ trois mois plus tard. Pour relier les frontières Atlantique-Espagne et Méditerranée-Italie, nous allons privilégier les zones rurales et les parcs naturels propices à la marche. Au programme donc, trois parcs nationaux (Pyrénées, Cévennes et Mercantour) et quatre parcs naturels régionaux (Pyrénées Ariégeoises, Haut-Languedoc, Grands Causses et Baronnies provençales) pour traverser les massifs du Sud du pays...

« Forts » (on l’espère) de notre expérience au Népal, capables d’être autonomes pendant une semaine, l’appli Géoportail nous mettant à disposition toutes les cartes de randonnée françaises, nous n’avons pas calibré notre itinéraire « à un sentier près ». Nous nous adapterons aux conditions météorologiques, aux conseils glanés en chemin... ainsi qu’aux éventuels coups de mou. La date d’arrivée n’est donc pas encore définie !

H&B : Pourquoi vous lancer dans cette aventure, que recherchez-vous ?

Justine : Si nous souhaitons traverser la France, c’est avant tout pour vivre au quotidien des relations enrichissantes avec les beautés naturelles qui partageront notre route, partout, tout le temps. Comme nous avons le privilège cette année d’avoir le temps de nous immerger pleinement dans les différents écosystèmes français, en continu et sans retour à la case maison, nous comptons bien en profiter !

Même dans notre propre approche (et ce malgré le métier de guide de Maxime et nos nombreux treks), et fortiori dans la société française, nous ressentons un réel déficit dans l’approche sensoriel de la nature… quelle qu’elle soit, en ville, en forêt, dans son jardin, etc. Les oiseaux, les fleurs, les arbres, les nuages, le vent, les odeurs… paraissent bien souvent n’être plus que des décors pour selfies ou des « choses » extérieures aux préoccupations humaines. C’est assez difficile de se défaire de notre vision du monde alors que nos corps et nos esprits sont formatés par la société moderne dans laquelle nous vivons.

Depuis quelques temps, nous nous « ouvrons » petit à petit à la nature, nous observons plus longuement les oiseaux, les insectes, touchons les arbres et humons les fleurs… mais l’on se sent encore peu « armé » face aux prédéterminations culturelles. Alors au-delà du réel plaisir qu’il y a à traverser notre beau pays, ses villages et petites villes pittoresques, nous espérons que cette longue marche nous permettra de renouer un contact réellement sensible (dans les deux sens du terme) avec le vivant qui peuple nos terres.

Et puis, si on peut réduire notre consommation d’avion, on ne s’en porte pas plus mal !

H&B : Êtes-vous sensibles aux questions de préservation de la nature ? Si oui, pourquoi ?

Maxime : Oui ! D’ailleurs, et pour faire le lien avec notre traversée, nous nous demandons souvent comment être réellement sensibles aux questions environnementales, et donc prêts à faire évoluer nos modes de vie, si nos oreilles ne comprennent plus le sens qu’il y a derrière le chant d’un oiseau, si l’on ne voit plus l’extraordinaire toile du vivant se tisser devant nos yeux… Nous sommes tous deux convaincus que c’est l’insensibilité aux formes de vie autres que humaines qui vide de sa substance la prise de conscience écologique.

Tout le monde (ou presque) est conscient du danger que représente le réchauffement climatique, l’effondrement de la biodiversité, ainsi que les pollutions diverses et variées, mais on voit aussi les grandes difficultés que l’on a, personnellement et collectivement, à hisser nos aspirations et nos modes de vie en accord avec la préservation de la nature. En fait, nous estimons que tant que la grande majorité de la population ne ressentira pas la magie qui émane de n’importe quelle forme de vie, la société dans son ensemble aura bien du mal à prendre en considération que nous ne sommes rien sans la nature, que nous ne sommes rien sans les pollinisateurs qui font fleurir les plantes, sans les milliards de microbes qui font fonctionner notre corps, sans les soi-disant « nuisibles » tel que le renard ou le blaireau qui régulent les écosystèmes !

Si nous souhaitons traverser la France, c’est avant tout pour vivre au quotidien des relations enrichissantes avec les beautés naturelles qui partageront notre route, partout, tout le temps.

H&B : Décrivez une situation de nature particulière qui vous a touché ou marqué.

Maxime : Pour cela, nous nous référons à une anecdote lors d’une plongée que nous avons déjà raconté sur notre site internet Max de Nature : « Lors du palier de décompression de 3 minutes à 5 mètres (qui correspond à une « pause » dans la remontée vers la surface pour des raisons physiologiques), un tout petit calmar juvénile de quelques centimètres vient rendre visite aux grandes masses noires immobiles dans l'immensité du bleu que nous sommes. Seuls les esprits des profondeurs seraient en mesure d'expliquer pourquoi, mais le jeune calmar se prend « d'affection » pour les paumes de main de certains d'entre nous. Devant mon masque, le tout petit être « danse » au gré des mouvements lents que j'effectue avec ma main. Même sans trop vouloir anthropomorphisée la rencontre, la scène tient lieu d'une espèce de connexion, tout du moins d'une rencontre, entre deux entités vivantes diamétralement différentes qui se retrouvent l'espace d'un instant magique dans le même monde. Pendant quelques précieuses secondes, inestimables même, j'ai cessé de voir la nature sous-marine comme un simple décor... J'ai vécu avec elle. »

H&B : Pourquoi avoir choisi de parrainer Humanité et Biodiversité ?

Maxime : Tout simplement parce que c’est l’association qui paraît la plus en phase avec notre démarche, qui a pour objectif de penser l’Homme en accord avec la nature… ou plutôt « les » natures, puisque Humanité et Biodiversité s’intéresse aussi bien à la nature « ordinaire » (celle des jardins, des villes…) qu’à la biodiversité dans son ensemble.

Notre traversée de la France s’inscrit parfaitement dans cette optique. En effet, nous voulons aussi bien mettre en exergue la biodiversité des parcs naturels, protégés spécifiquement pour leur faune et leur flore, que la biodiversité qui arrive à prendre place au sein des lieux anthropisés, si on lui offre de bonnes conditions. Cela fait écho à l’initiative phare de l’association, les Oasis Nature. Grâce à ce concept, chacun peut, à son échelle, agir pour la biodiversité. Aidés par les principes, la charte et le soutien de l’association, tout citoyen gagne le pouvoir de favoriser l’émergence de milieux propices à la vie, aux oiseaux, aux insectes, aux plantes sauvages... que ce soit sur un balcon, dans un jardin de 50 m2 ou un domaine de 25 hectares !

De plus, Humanité et Biodiversité agit activement au quotidien pour défendre la biodiversité auprès du gouvernement. Le drame de l’Anthropocène (et même si cela peut paraître « accessoire »), c’est certainement que les animaux et les plantes ne peuvent s’exprimer pour défendre leur cause ! Même en parlant une langue commune, il est parfois difficile de faire porter ses revendications… alors imaginez pour un ours ou une abeille ! Ces derniers ne peuvent descendre dans la rue avec des pancartes « Stop à l’artificialisation des sols et aux pesticides, on a besoin de place pour vivre ! ».

C’est pourquoi nous souhaitons soutenir à travers notre marche l’action d’Humanité et Biodiversité. Nous avons élaboré une plateforme de dons participatifs pour que les personnes suivant notre marche puissent la parrainer (1€ = 1 km). Les fonds récoltés seront reversés intégralement à Humanité et Biodiversité.

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H&B : Comment suivre votre périple ?

Maxime : Régulièrement, nous partagerons des photos et le récit de notre traversée sur notre blog. Il sera hébergé sur notre site internet Max de Nature ; un site que l’on nourrit depuis 6 mois et qui contient déjà de nombreux articles et photos relatifs à la nature et au voyage.

Je remercie également Humanité et Biodiversité qui va relayer notre pérégrination nature à travers son site internet et ses réseaux sociaux.

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À propos de l'auteur

Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. . Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son actif président d'honneur. . Humanité et Biodiversité mène une action de plaidoyer et d'influence pour faire émerger dans la société les défis posés par l’éro...

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