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Après le déluge, le sud de la France panse ses plaies

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Publié dans
le 01.12.14
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L’Aude et les Pyrénées-Orientales restaient en état de choc, lundi 1er décembre au matin, après avoir été frappées, samedi 29 et dimanche 30 novembre, par des précipitations diluviennes et une montée des cours d’eau qui ont fait un mort et entraîné l’évacuation de plus de 3 500 personnes. La victime est un homme de 73 ans qui a succombé à une crise cardiaque alors qu’il tentait de franchir en voiture une cuvette inondée par le débordement de l’Agly, un fleuve côtier, dans la commune de Rivesaltes (Pyrénées-Orientales). Amorcée dimanche soir, la décrue se poursuivait lundi matin et les habitants évacués ont pu regagner leurs domiciles.

Ces inondations font suite à un épisode analogue qui a frappé le Var deux jours plus tôt, tuant quatre personnes – une fillette de huit ans était toujours, lundi matin, portée disparue –, et s’inscrivent dans un automne exceptionnellement pluvieux sur le sud de la France, marqué par des crues record. L’Aude et les Pyrénées-Orientales devaient être déclarées dès lundi en état de catastrophe naturelle, a annoncé le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve, qui s’est rendu dimanche à Rivesaltes. La même procédure doit être examinée pour le Var au conseil des ministres du 10 décembre.
La rivière de la Berre à proximité de Portel-des-Corbières (Aude), le 30 novembre.

Dans les Pyrénées-Orientales, à Argelès-sur-Mer et Rivesaltes, deux des communes les plus touchées, les crues ont emporté des dizaines de véhicules et provoqué d’importants dégâts matériels. « Toute la plaine du Roussillon a été touchée, avec des précipitations comprises entre 150 mm et 200 mm en vingt-quatre heures », décrit Jérôme Lecou, prévisionniste à Météo France.

« Ce genre d’événement est notable, mais pas réellement exceptionnel », précise-t-il. L’arc méditerranéen est coutumier de ces fortes précipitations automnales, provoquées par la remontée vers le nord de masses d’air chaud et humide en provenance de la Méditerranée, un phénomène rendu possible par l’installation de basses pressions sur l’Atlantique. L’air méditerranéen chargé d’humidité se heurte en altitude à de l’air froid, ce qui conduit à de fortes précipitations.

Records de précipitations

« Ce qui est exceptionnel, en revanche, c’est la répétition de tels épisodes ces derniers mois, ajoute M. Lecou. Il s’en est produit dix au cours de cet automne ! » Dans un entretien au Monde, Jean-Marie Carrière, directeur de la prévision de Météo France, estimait que la succession de seulement quatre « épisodes cévenols » – des pluies localisées et particulièrement violentes – en quelques semaines était en soi susceptible de ne se produire que tous les vingt ans.

Sur le seul mois de novembre, les cumuls de précipitations ont parfois atteint des niveaux remarquables. « Il est tombé en un mois 500 mm d’eau à Nîmes, par exemple, alors qu’il arrive qu’il ne tombe guère plus de 400 mm en une année entière », indique M. Lecou.

Le dernier épisode comparable qui a frappé la zone remonte à 1999. Du 12 au 14 novembre, des pluies intenses avaient provoqué la mort de 35 personnes. « L’événement de 1999 était géographiquement plus étendu que l’épisode actuel, mais, localement, certaines crues ont cette fois été plus importantes », dit M. Lecou.

La rivière Berre, par exemple, dans l’Aude, a atteint une cote de 8,5 mètres, soit plus d’un mètre de plus que le record établi en 1999. Cité par l’AFP, le maire de Portel-des-Corbières, Roger Brunel, assure que la rivière est montée de plus de trois mètres en un quart d’heure. Tout à côté, dans la commune de Sigean, une digue de six mètres, en cours de construction pour éviter une réédition des inondations de 1999, a été submergée par la Berre.

D’autres pays touchés

Faut-il y voir l’effet du réchauffement ? « Nous ne pouvons pas dire si nous assisterons dans l’avenir à une multiplication de ce genre de phénomènes dans un climat plus chaud, dit le climatologue Jean Jouzel, qui a codirigé un rapport remis en septembre sur l’avenir climatique de la France. La résolution de nos modèles n’est pas suffisante. » Sur la façade atlantique, au contraire, les chercheurs estiment que le réchauffement va accentuer les précipitations en automne et en hiver. « Cela évoque ce que l’on a pu observer l’hiver dernier, notamment en Bretagne », précise M. Jouzel.

Au cours des cinquante dernières années, aucune tendance du nombre de jours de fortes pluies par an n’est toutefois notable dans le sud de la France. Dans l’histoire, la même zone a d’ailleurs connu des événements bien plus impressionnants. Le 17 octobre 1940, 1 000 mm de précipitations – soit un mètre cube d’eau par mètre carré – ont déferlé en vingt-quatre heures sur la plaine du Roussillon, tuant 50 personnes. L’Espagne n’avait pas été épargnée, avec un bilan de quelque 300 victimes en Catalogne.

Cependant, ajoute M. Lecou, « à niveau de précipitations égal, les inondations et les dégâts peuvent être plus importants ». Les sols, gorgés d’eau par la succession d’épisodes pluvieux, ne peuvent plus absorber l’humidité ; l’artificialisation des sols et l’urbanisme modifient les conditions de drainage des eaux pluviales.

La France n’est pas le seul pays touché. Une grande part de l’ouest du bassin méditerranéen se trouve sous de fortes précipitations depuis le début de l’automne : le golfe de Gênes, les Baléares ou encore l’Espagne ont eu leurs trombes d’eau.
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Stéphane Foucart
Journaliste au Monde
source : http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/12/01/apres-le-deluge-le-sud-de-la-france-panse-ses-plaies_4532022_3244.html

Commentaires

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2014-12-01 16:08:12 +0100

"L'artificialisation des sols et l'urbanisme modifient les conditions de drainage des eaux pluviales." Tout est dit, ou presque : les interventions humaines sur les cours d'eau (ex. urbanisation des zones d'expansion, barrages) contribuent elles aussi aux perturbations de l'écoulement des eaux.

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2014-12-01 16:37:57 +0100

Le fait est que l'automne 2014 est l'un des plus orageux et des plus instables à l'échelle nationale depuis les années 1940. Comment expliquer la fréquence exceptionnelle de ces phénomènes cévenols à répétition ?
VOIR LÀ http://www.notre-planete.in...
Et bien sûr, il est signalé que l'artificialisation des sols par la construction d'infrastructures, de logements et d'équipements conduit à surcharger les réseaux d'évacuation des eaux et à obstruer ceux existant. Et que de plus, des constructions sont en partie présentes dans des zones inondables et de nouvelles sont encore prévues dans ces zones à risque !

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2014-12-01 19:49:50 +0100

J'en rajoute une couche avec cet article du media indépendant Reporterre: Les inondations dans le Var...

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2014-12-03 19:04:39 +0100

Voir aussi http://www.francetvinfo.fr/...

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À propos de l'auteur

ex-directeur de Laboratoire INRA, économiste, ex président de l'institut de recherche économique et sociale, ex membre du bureau du CNIS, négociateurs des Grenelles de l'environnement et de la mer, membre du CEDD et de la CNDP. Vice-président d’Humanité et Biodiversité.

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