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Comment nourrir les citadins de demain

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Publié dans
le 22.09.12
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Carl Gaigné, directeur de recherches à l'Inra, coupe court à certaines fausses idées. Non, En France, les exploitations qui assurent la vente directe aux consommateurs n'augmentent pas. Leur nombre régresse. On les retrouve toujours naturellement en plus grand nombre auprès des grandes agglomérations. Mais elles sont en constante diminution. Et elles constituent un réseau de petites fermes. Elles ne peuvent donc pas assurer à elles seules, bien sûr, le ravitaillement des populations urbaines.

L'Inra a calculé la surface nécessaire pour assurer la subsistance d'un habitant de la région parisienne : 0,33 ha. Il faudrait ainsi consacrer 3 millions d'hectares de terres d'Ile-de-France, pour nourrir la population de ce département ! Inimaginable. Raisonnement, certes, par l'absurde.

Médiateurs

Mais ajoute aussitôt le chercheur, si l'on songe que la Chine ne dispose que de 9 % des terres arables disponibles dans le monde, elle concentre sur son territoire 20 % de la population mondiale. Les Chinois, c'est logique se prémunissent, en achetant des terres encore disponibles en Afrique. Et Joseph Ménard, président d'AFDI-Bretagne (organisateur du débat « Alimenter les villes : quels liens entre agriculteurs et citadins » au Space) remarque : « La ponction des terres agricoles en France, par le phénomène d'urbanisation, soustrait chaque année la possibilité théorique de nourrir 200 000 personnes. »

Dans la mesure où Carl Gaigné ne voit dans les travaux de recherche de ses équipes « aucun frein aux phénomènes de concentration urbaine des populations sur la planète », il n'est pas inutile de s'interroger sur les nouveaux rapports à inventer entre les agriculteurs et les habitants des villes. « Une chose est certaine, avance Bernard Poirier, vice-président de Rennes métropole, maire de Mordelles, président de l'association Terres en villes, l'humanité ne s'en sortira pas avec l'uniformisation des habitudes de consommation. Il est donc nécessaire pour les urbains de garder un lien social le plus authentique possible avec les agriculteurs de leur région. »

De son côté, Benôit Champalaune, président des Jeunes Agriculteurs d'Ille-et-Vilaine, qui a vu les urbains venir jusqu'au bout du nez de ses vaches, plaide pour « que l'agriculture soit une activité publique, au même titre que toutes les infrastructures qui relient entre elles les populations urbaines ». Korotoumou Gariko, présidente de l'union des microlaiteries du Burkina-Faso, voudrait bien voir, de son côté, « le gouvernement de mon pays se préoccuper de trouver des terres, en délimitant des zones d'élevage, afin de régler le conflit éleveurs agriculteurs. Mais l'État consacre toutes ses ressources à promouvoir l'agriculture industrielle des multinationales. »

Comment vont s'opérer les médiations entre les travailleurs de la terre et la cohorte de plus en plus conséquente des urbains. Faire confiance à l'initiative privée ? Aux pouvoirs publics ? S'en remette à la conscience de chacun ? À tout cela à la fois. Pour que la ville ne finisse pas par étouffer toutes les facultés à nourrir une population mondiale de plus en plus urbaine.

François LEMARCHAND.

 

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À propos de l'auteur

ex-directeur de Laboratoire INRA, économiste, ex président de l'institut de recherche économique et sociale, ex membre du bureau du CNIS, négociateurs des Grenelles de l'environnement et de la mer, membre du CEDD et de la CNDP. Vice-président d’Humanité et Biodiversité.

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