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De l'automobile aux métiers de l'éolien, la lente reconversion vers les emplois verts

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Publié dans
le 15.04.13
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REPORTAGE

De l'automobile aux métiers de l'éolien, la lente reconversion vers les emplois verts




En Allemagne, un technicien de maintenance inspecte une pale d'éolienne.


PAUL LANGROCK/ZENIT-LAIF-REA



Le Mans Envoyé spécial
Au Mans, des chômeurs se forment à l'entretien de parcs éoliens, avec l'espoir que le secteur recrute

 













 













100 000 emplois en France en 2030 dans l'énergie du vent

Objectifs A l'issue du Grenelle de l'environnement (2007), la France s'est donné comme objectif d'atteindre 19 000 mégawatts (MW) d'éolien terrestre et 6 000 MW d'éolien offshore en 2020. Aujourd'hui, la production des parcs éoliens terrestres représente environ 2 % de l'électricité consommée en France.


Emplois Selon l'European Wind Energy Association, le secteur devrait employer plus de 462 000 personnes en 2020 en Europe. En 2025, les emplois de l'éolien en mer devraient dépasser ceux de l'éolien terrestre. En France, en 2012, la filière représentait plus de 10 000 emplois. Elle devrait atteindre 60 000 postes en 2020 et jusqu'à 100 000 en 2030, selon France Energie éolienne.


Entreprises Il existe plus de 250 entreprises intervenant en France directement dans l'éolien et plus de 150 entreprises de sous-traitants, selon le Syndicat des énergies renouvelables.







Coincé dans la nacelle, Steve Belloc inspecte les éléments de la turbine. Une panne sur cette éolienne et le chargé de maintenance devra gravir une centaine de mètres sur une petite échelle, à l'intérieur du mât, pour atteindre le moteur. Pour l'heure, le vent, l'altitude ou la crainte de l'accident ne le gênent pas : il n'est qu'à trois mètres du sol, dans une nacelle d'entraînement. " Gare à la claustrophobie, lui assène son professeur de mécanique, Stephen Renoux. Il vous faudra être capable de vous glisser à l'intérieur d'une pale de deux mètres de large. "


A 24 ans, ce jeune Nantais est en formation au Greta (groupement d'établissements publics d'enseignement proposant des formations continues pour adultes) du Mans, pour devenir " technicien de maintenance de parcs éoliens onshore et offshore ". Une formation délivrée par seulement trois établissements en France, qui illustre le potentiel et les défis d'une reconversion dans les emplois verts.


Ici, les stagiaires, une douzaine pour six mois d'apprentissage, ont été sélectionnés par Pôle emploi. Cette formation, créée en janvier 2010, a été conçue pour offrir une reconversion aux salariés de secteurs en difficulté, comme l'automobile, l'industrie reine du Mans avec Renault.


Steve, lui, travaillait dans la maintenance chez Candia. Mais, à 24 ans, le jeune homme voulait un " emploi plus sportif ". Il n'est pas déçu. Dans la cour du lycée professionnel Claude-Chappe qui accueille le Greta, à Arnage, dans l'agglomération mancelle, un tronçon d'éolienne de " seulement " 28 mètres de haut pour 4 m de diamètre. Complet, il devrait atteindre 80 m.


Ce que craint Pascal Blanchard, 49 ans, ce n'est pas le vertige, " mais le chômage ". Licencié fin 2011 d'une petite entreprise de machines-outils, titulaire d'un diplôme de maintenance industrielle, il a entendu parler du projet éolien off-shore de Saint-Nazaire. Nantais, il y a vu la chance d'un emploi et a tenté une reconversion. " J'avais les bases, notamment en mécanique, mais on nous remet à niveau sur l'électrique, l'anglais ", explique-t-il.


C'est tout l'intérêt de cette formation : utiliser les compétences acquises dans la mécanique et les adapter pour un secteur annoncé porteur, l'éolien. " Au départ, l'idée était le transfert de la filière automobile, très malmenée par la crise de 2008, vers l'éolien ", explique Pierre Perrault, directeur de Pôle emploi pour la Sarthe. Mais, " alors qu'on pensait plutôt à la fabrication d'éoliennes, plus compatibles avec la mécanique auto, les constructeurs nous ont dit qu'ils recherchaient des techniciens de maintenance ", précise celle qui oriente les demandeurs d'emploi vers la formation du Greta, Elodie Castelin-Jacquemain.


Résultat, depuis sa création, cent vingt stagiaires sont passés par cette formation. Quatre-vingt-cinq ont un emploi, dont la moitié dans l'éolien. Les autres continuent de se former. Une réussite, même si, pour trouver un débouché, certains ont dû partir à l'étranger, notamment pour travailler dans l'éolien offshore, qui n'existe qu'à l'état de projet en France.


" Pour travailler en mer, les constructeurs exigent deux ans d'expérience sur terre, précise Allan Josselin, coordonnateur de la formation. Il faut une connaissance technique approfondie car, en cas de panne, en pleine mer, il n'est pas question de descendre et de retourner à l'entreprise consulter la documentation. " Il faut aussi subir un entraînement poussé : sauvetage, immersion, hélitreuillage...


Onshore ou offshore, tous les stagiaires affichent leur confiance dans un futur emploi. Une confiance soutenue par les professionnels, qui annoncent une multiplication par dix du marché de l'emploi éolien d'ici à 2030. A condition que les appels d'offres lancés par le gouvernement pour l'éolien offshore portent leurs fruits et que soient levées les incertitudes réglementaires et tarifaires qui ont fait souffler, ces dernières années, un vent contraire sur l'éolien terrestre.


De fait, les emplois verts, promus et promis par les gouvernements successifs, ne se sont jamais montrés l'eldorado annoncé. " Au moins 100 000 emplois verts créés " d'ici à 2016, annonçait la ministre de l'écologie, Delphine Batho, en décembre 2012. Un chiffre repris par le ministre du redressement productif, Arnaud Montebourg, le 4 avril. L'objectif est-il réaliste ? On se souvient de l'optimisme de Jean-Louis Borloo, qui affirmait en 2008 que le Grenelle de l'environnement allait créer 600 000 emplois dans le développement durable. Au Mans, les formateurs ne rêvent pas : " 10 000 emplois dans l'éolien ? 100 000 dans les métiers verts ? Nous, on forme une quarantaine de stagiaires par an, et tous auront un boulot. "


reproduit avec l'aimable autorisation de Rémi Barroux



© Le Monde


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