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Des masques champêtres ?

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Publié dans
le 23.05.20
Haie-parrel

La distanciation est décidément dans l’air du temps.

Nous sommes aujourd’hui confrontés à un sale virus qui nous enjoint de garder nos distances. Véhiculé par les fines gouttelettes que tout contaminé émet dès qu’il ouvre la bouche, la politesse minimale consiste désormais à ne pas nous approcher de nos congénères à moins d’un mètre. Même si cette disposition est parfois compliquée à respecter, personne de sérieux ne saurait en contester la légitimité.

Cela ne vous rappelle rien ? En 2019, nombre de citoyens et d’associations ont interpellé le monde agricole et le gouvernement sur les risques encourus par les riverains lors des épandages de pesticides. Le parallèle est manifeste. Les molécules toxiques sont véhiculées sur un large périmètre par les brouillards de pulvérisation, bien au-delà des cultures visées par le traitement. La solution logique et attendue était la même que pour le Covid-19: la distanciation. Et pour qui s’est donné la peine d’observer une rampe de pulvérisation agricole en action, une distance de sécurité de 100 à 150m entre projections et habitations n’est pas moins légitime que les 1m acceptés par tous aujourd’hui dans le cadre de la pandémie.

Pourtant rien n’est simple. Il nous est d’évidence impossible de vivre complètement à 1m les uns des autres. Toute notre vie sociale, économique et culturelle s’en trouverait anéantie. De la même façon, imposer unilatéralement une distance de sécurité de 150m à des agriculteurs engagés culturellement et financièrement dans un mode de production industriel depuis des décennies, c’était en condamner beaucoup.

Alors sont apparus les masques. En se protégeant le visage, il devient raisonnable de se côtoyer pour voyager, travailler ou faire ses courses. Ça ne diminue pas la dangerosité du coronavirus mais limite sa propagation.

De même, les haies pourraient être les masques du milieu agricole. Car si la distance de sécurité de 150m ne peut être acceptée, pourquoi ne pas planter des haies champêtres et diversifiées sur les 5 ou 10m finalement retenus par le législateur ? Les bénéfices seraient immenses pour tous, y compris les agriculteurs et dépasseraient de beaucoup le simple effet écran :

• Esthétique.
• Brise vent.
• Corridor écologique.
• Régulation des températures.
• Lutte contre l’érosion.
• Rétention de l’eau.
• Stockage de carbone.
• Traitement des excès de fertilisation.
• Hébergement des auxiliaires de culture, faune et microfaune.
• Protection des pollinisateurs.
• Fixation d’azote pour certaines espèces.
• Production de biomasse.

Et dans mes rêves les plus fous, il m’arrive de penser que d'innombrables chantiers de plantation pourraient être équitablement partagés entre paysans (qui abandonneraient quelques mètres de terres), les pouvoirs publics (qui supporteraient la charge des fournitures : plans, paillages, tuteurs …) et les riverains concernés (qui fourniraient la main d’œuvre à l’occasion de joyeuses journées participatives), le tout dans une saine ambiance de compréhension mutuelle plutôt que dans des confrontations stériles. *

Le temps viendra où le virus pourra être combattu et traité en lui-même.
Le temps viendra où l’agriculture pétrochimique sera remplacée par une agriculture respectueuse des paysans, les consommateurs et des éco-systèmes.

D’ici là, la victoire viendra de prises de consciences et d’intérêts partagés par tous et de la mise en place de solidarités nouvelles.

S.G.

  • Pas si fou car déjà réalisé en maintes régions, notamment le bordelais.
  • La photo immortalise le chantier de plantation en mars 2020 de haies champêtres en périphérie de mon Oasis du Lot et Garonne (700 arbres et arbustes)

Commentaires

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2020-05-30 00:12:15 +0200

C'est une excellente initiative qui demande un travail supplémentaire, mais les bénéfices à l'échelle local et global sont fantastiques. Merci

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2020-05-31 19:37:11 +0200

Je comprend votre espérance mais l'argument des agriculteurs, des lobbies et des politiques qui reportent les conséquences létales de l'action des pesticides sur simplement la façon et les distances d'épandage est une leurre et n'est pas
crédible. Le cumul de ces substances toxiques dans l'air et l'environnement...est dramatique et provoque des destructions irréversibles...
Croire au père-Noel et continuer a utiliser ses toxines létales conduit l'humanité à une situation irréversible qui met en péril le maintien de la VIE sur terre qu'elle soit végétale animale ou humaine...c'est un constat que font entre autre les médecins depuis 50 ans....

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2020-06-16 22:08:16 +0200

Des haies arrosées de pesticide? Je ne comprends pas bien? Il s'agit de protéger qui? Les pauvres agriculteurs qui déversent leur produit, les enfants des agriculteurs qui ingèrent ces produits, les voisins des agriculteurs, les abeilles, les vers de terre??? Je ne comprends pas que l'on ne puisse pas comprendre, avec ce qui se passe en ce moment. Il existe aussi des agriculteurs, paysans qui apprennent à faire leur métier sans ces produits...

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2020-06-16 22:16:16 +0200

Je serais curieuse de savoir le nombre de mètre abandonné par l'agriculteur épandeur pour la réalisation des ces haies??? Plus d'une fois des chemins de terre sont captés par ces agriculteurs pour faciliter les manoeuvres de leur gros tracteurs!!! A voir!

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2020-06-25 12:44:32 +0200

Bonjour à tous.
La lecture de vos commentaires laisse à penser que je suis favorable à l'utilisation des pesticides. Que nenni ! Comme beaucoup, je rêve d'une agriculture respectueuse de la terre et des hommes et d'évidence, les biocides ne s'inscrivent pas dans cette logique, bien au contraire.
Par contre, toute radicalité me semble contre-productive. Penser que les "exploitants" agricoles d'aujourd'hui sont en capacité culturelle, technique et financière d'abandonner du jour au lendemain leurs procédures chimiques est malheureusement très naïf. La transition vers une agroécologie est une nécessité impérieuse mais qui ne peut être que progressive. Elle suppose une évolution des consciences, des savoirs et des investissements qui demande du temps ( et, j'en suis pleinement conscient, que de temps déjà perdu ! ).
Par contre, l'instauration réglementaire d'une distance de "sécurité" de 5 à 10 mètres, sans épandages, le long des zones habitées est une réalité tangible et récente. Il est donc possible d'y planter "IMMÉDIATEMENT" des haies, avec tous les bénéfices que l'on sait et pour tout le monde.
Là est la seule idée que je mets sur la table.

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À propos de l'auteur

*Il y a une sorte d'égalité de statut entre les organismes à des niveaux de développement extrêmement divers : on prend ainsi conscience de l'extraordinaire importance des bactéries, ou des animaux invertébrés. Tous ces merveilleux êtres unicellulaires acquièrent à mes yeux une place de premier plan dans la nature; il n'y a pas que les espèces spectaculaires comme les crocodiles.On comprend alo...

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