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Faut-il donner un prix à la nature ? Ou à la biodiversité ?

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Publié dans
le 08.03.15
Nagoya_0

Cette question revient régulièrement dans les débats sur la biodiversité.

Devant un objet aussi complexe la première réaction est de dire, indépendamment d’un jugement éthique, c’est impossible. Il est vrai que les travaux en langue française sont peu nombreux et aboutissent à peu de prix. Dans d’autres pays à la culture marchande plus développée, on fait référence au « prix » que serait prêt à payer un utilisateur pour accéder à la beauté d’un paysage pluriel, un parc national ou régional. Bien sûr la biodiversité d’un sol ne trouve alors aucun acquéreur, le ver de terre peut mourir par la charrue ou par des produits phytosanitaires sans émouvoir comme le Panda. Or il s’agit bien de prendre en compte la biodiversité invisible pour ne pas réduire notre approche aux espèces emblématiques, comme les grands singes.

Ainsi l’artificialisation des sols est un bon indicateur de l’appauvrissement de la biodiversité et elle a un prix. On achète et on vend. Mais ce marché est bien loin de la biodiversité, on s’occupe de l’usage, passage d’un usage agricole à un usage industriel, de transport.. Le prix dans ce cas de figure est donc illusoire pour notre objet. Il faut donc le garder en valeur physique plutôt que de le valoriser de manière marchande. Ceci étant une artificialisation étant décidée, on doit concevoir des compensations en termes de territoires aussi riches en biodiversité. L’exercice est alors difficile voire impossible tant l’espace n’est pas une variable extensible. Il en est de même lorsqu’il y a destruction de zone humide.

Aujourd’hui, dans un pays comme le nôtre, on est en perte de biodiversité. Si on ne peut compenser par d’autres surfaces, il faut alors faire payer le « bétonneur » et entrevoir des aménagements pour des écosystèmes à protéger. Mais alors quel prix ? Il ne s’agit pas à proprement parler de prix de marché, mais de compensation démocratique. C’est mieux que rien. Il y a donc toute une doctrine à développer pour éviter, compenser, réduire, lorsque la biodiversité est menacée. Et cette biodiversité n’est pas réductible au concept de nature, certes parlant dans la langage commun, mais pauvre dans son contenu. Le conflit de Sivens a d’ailleurs donné un aperçu de la difficulté d’une évaluation socioéconomique d’un projet, indépendamment d’un projet initial bâclé.
Il faut donc essayer de monétiser lorsque l’objet est simple dans sa structure physique, un hectare de conifères par exemple. Mais il est impossible lorsque le milieu vivant est si riche qu'il en est difficilement appréhendable y compris par les écologues. On retrouve alors la nécessité d’une instruction rigoureuse et plurielle d’un projet envisagé.

La biodiversité n’est pas une « vache sacrée », mais elle est gage de notre propre équilibre. On doit donc y faire vraiment attention… et pas uniquement parce qu’elle nous protège des dégâts du changement climatique. L’humain dépérit sans son environnement riche en vies diverses. Oui le ver de terre a un sens pour l’avenir de l’humanité.
JP BOMPARD

Vignette: illustration d'un article de 2010: Conférence de Nagoya: monétiser la nature pour la protéger ?

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À propos de l'auteur

ex-directeur de Laboratoire INRA, économiste, ex président de l'institut de recherche économique et sociale, ex membre du bureau du CNIS, négociateurs des Grenelles de l'environnement et de la mer, membre du CEDD et de la CNDP. Vice-président d’Humanité et Biodiversité.

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