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J'aimerais pouvoir te dire...

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Publié dans
le 10.01.15
Espoir

Tu te dis juif, chrétien, musulman, français... Comme tu voudras. Mais ce n’est pas ce qui m’intéresse en toi. Accorde-moi quelques instants, j’ai quelque chose à te dire.

C’est vrai, c’est compliqué de vivre ensemble. Les interactions entre les êtres vivants, qui plus est conscients d’eux mêmes et de ce qui les distingue de leurs «semblables», sont si riches, si denses, que notre intelligence ne suffit pas toujours pour comprendre ce qui se passe entre deux personnes. Alors entre 7 milliards d’humains, imagine un peu…

Vivre ensemble, ça suppose de s’accepter, comme on est, ce qui n’est déjà pas si facile, et d’accepter l’autre, tel qu’il est, ce qui l’est encore moins. Toute notre vie nous apprenons, nous changeons, nous repoussons nos limites. Mais savons-nous vraiment qui nous sommes ? Alors l’autre, lui, là, ou elle ? Nous pouvons bien essayer de nous mettre à sa place, mais soyons réalistes, seuls les plus fin psychologues, seuls les plus empathiques d’entre nous s’en approchent, sans jamais y parvenir totalement. Et c’est peut-être mieux comme ça. Nous avons bien droit, toi et moi, à notre jardin secret, non ?

Et pourtant… Nous ne sommes ce que nous sommes que parce qu’il y a «les autres». Nous sommes façonnés par les multiples interactions que nous avons avec les autres, de notre naissance jusqu’à notre mort. C’est ce qu’exprime à merveille le concept désigné par le mot bantou "ubuntu", qui est plus riche encore que celui d’humanité. Plus riche encore que celui d’identité : je suis ce que nous sommes. Toi plus moi, c’est plus que toi et moi. C’est toi, plus moi, plus nos interactions. C’est toi, plus moi, plus nos regards, nos chemins, nos rêves, nos regrets, nos croyances, nos fractures, nos blessures, nos douleurs, nos envies, nos passions. Toi plus moi, c’est le début de l’humanité. Ce qui se passe entre nous nous dépasse, nous façonne et rend nos vies plus riches.

Alors oui, notre identité, pour se définir, a besoin de cette altérité. C’est une richesse. Sans ces différences, qu’aurions -nous à partager ? Mais c’est aussi là que nos ennuis commencent. Car les individus que nous sommes aiment se regrouper. Par familles, par tribus, par nations, par communautés partageant les mêmes croyances. Encore une fois, je n’y vois pas de problème. Tu as suivi ton chemin. Tu te dis juif, chrétien, musulman, bouddhiste, parce que tu as choisi de l’être, ou que tu as tracé ta route en prolongeant celle que tes ancêtres ont suivi. D’autres, tu l’auras remarqué, ont suivi d’autres chemins. Tu t’affirmes, tu te définis par ta religion, tes origines, tes racines. Est-ce une manière de me rejeter, moi qui ne suis pas de la même religion que toi, moi qui ai choisi, peut-être, de ne pas avoir de religion et de ne croire en aucun dieu ? Ou est-ce une manière de m’accueillir dans ton monde, ou du moins dans le monde tel que tu le vois, et de me faire découvrir tes richesses ? Nous sommes différents. Nous vivons dans des visions du monde différentes, et pourtant nous vivons dans le même monde.

Alors oui, c’est compliqué de vivre ensemble. Donc on invente, parfois on improvise, comme on peut. On invente des outils, des règles, des moyens de communiquer, des codes, des lois, un socle de valeurs éthiques partagées. Nous avons mis des décennies, des siècles même, à les construire. La laïcité, par exemple, c’est le meilleur moyen que nous ayons trouvé pour que chacun puisse vivre sa foi comme il l’entend, à condition de respecter celle des autres. La liberté de culte, ce n’est pas seulement le droit de vivre sa foi et de pratiquer sa religion, mais c’est aussi le devoir de laisser les autres vivre la leur, ou de choisir de ne pas avoir de religion, de ne croire en aucun dieu. Le droit, la loi, ce n’est pas pour t’empêcher de vivre ta vie, mais c’est pour poser les jalons qui nous permettront de vivre ensemble. Tout ça, c’est bien, indispensable. Nécessaire, mais pas suffisant pour vivre ensemble. Alors, j’en arrive à ce que je voulais te dire, si tu m’écoutes toujours.

Ce que j’aimerais pouvoir te dire, c’est : « je me fiche que tu sois catholique, protestant, juif, musulman ou athée, français ou d'une autre nationalité ». J’aimerais pouvoir te le dire, je t’en prie, sans que tu en prennes ombrage, sans que tu y voies une offense à tes croyances, à ta culture, à tes racines, à ton pays. Oui, j’aimerais pouvoir te dire : « je me fiche pas mal que tu sois catholique, protestant, juif, musulman, bouddhiste, agnostique ou athée. Cela ne fait rien pour moi. Tu es humain, et ça me suffit : je t’aime ».

Commentaires

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2015-01-10 23:44:27 +0100

À l'exception, présentement, par exemple, des adeptes du fondamentalisme islamique (Daesch), il y a sans doute beaucoup de monde prêt à écouter …
Mais après les 7, 8 et 9 janvier 2015, nous avons pris conscience que, pour un moment, nous sommes en guerre … La nouvelle période sera plus difficile encore que prévue… Il faut tenir !

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2015-01-11 03:58:50 +0100

COMME J'AIMERAIS LIRE CECI SUR LA FACEBOOK DE TOUS MES AMIS ....
MERCI

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2015-01-11 11:36:44 +0100

Merci pour ce beau texte. Il faut cependant remarquer que depuis plusieurs années les religions ( je parle de toutes les religions) reprennent une place qu'elles n'ont pas à prendre dans un pays de liberté et de laicité. Et ce sont les femmes les premières victimes.

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2015-01-11 12:32:10 +0100

Je suis bien d'accord, Castagnac. Nous avons laissé filer quelque chose, une dérive communautariste dangereuse, dans laquelle nos dirigeants portent une responsabilité certaine d'ailleurs. Il est important de revenir au fondamentaux de notre république laïque, et de notre belle devise : "Liberté, égalité, fraternité"

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2015-01-11 12:40:59 +0100

Nelly, Nous ne sommes pas en guerre. Ce sont quelques centaines d'individus qui professent la haine et la barbarie, en France. Quelques milliers dans le monde. C'est une opération de police, pour une société qui doit se défendre pour préserver ses valeurs. Nous en avons vu d'autres. Nous allons surmonter cet épisode douloureux.

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2015-01-11 17:05:41 +0100

Si, il y a une guerre, nos pays sont à la merci d'actes guerriers. Les membres de Charlie, ne sont pas victimes d'un attentat, mais d'une exécution, comme les policiers et les membres de l’épicerie Casher.
Nos armées au Mali en Irak sont en guerre.
Il faudra adapter notre pays à cette nouvelle configuration dans le respect des libertés et sans angélisme.

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2015-01-11 18:09:04 +0100

Non, non, non. Nous ne sommes pas en guerre. Dans une situation dramatique comme celle que nous traversons, il est essentiel de garder la raison, et utiliser des mots hors de leur sens serait faire injure à la raison. Nous ne sommes pas en guerre, parce que ceux contre qui nous nous battons ne sont pas des guerriers. ce serait leur faire trop d'honneur que de les nommer ainsi. Ce ne sont pas des guerrier, ce sont des criminels qui doivent être combattus impitoyablement et punis à ce titre, de même que ceux qui les soutiennent. Si c'est une guerre, contre qui serions-nous en guerre ? Par quoi se conclu une guerre ? Par un traité de paix ou une reddition. Avec qui le signerions nous ? Ne faisons pas l'honneur à ces barbares de leur faire croire qu'ils nous combattent d'égal à égal. Encore une fois, ce sont des criminels, pas des guerriers. Pour oser une métaphore biologique, il me semble que nous sommes plus malades qu'en guerre, car le mal est en nous, au coeur de nos sociétés. Ici, au Nigéria, au Mali, en Syrie, en Irak et ailleurs. La réponse doit être de l'ordre de la défense immunitaire. A nous de mobiliser ces défenses. Nous avons montré que nous avons su être soudés, ces derniers jours, face à l'horreur et la barbarie. restons le. Soyons soudés au point de ne leur laisser aucun espace, aucun interstice dans lequel se glisser. Notre système immunitaire, c'est la culture, l'éducation, la liberté, l'égalité, la fraternité. Soyons fiers de nos valeurs, défendons les. Restons-unis sur l'essentiel.

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2015-01-19 09:51:51 +0100

Cet article est rempli d'humanité, merci beaucoup.
Nous avons assisté et participé à des évènements très importants, graves, et aussi plein d'espoir. C'est "historique", et pour une fois le mot n'est pas galvaudé.
Maintenant il faut analyser tout ça et ça n'est pas facile. Il faut bien comprendre que le comportement de l'humanité, en général, en bien et en mal, est collectivement le fruit de nos choix, de nos actions et de nos réactions. Chaque acte est essentiel. On peut effectivement dire que nos responsables politiques, de tout bord, ont failli en n'assurant pas notre sécurité et en générant des situations géopolitiques dangereuses, voir explosives, et incohérentes. Mais rappelons nous que la démocratie nous donne une voix et que nous les avons élu. Là, entre autres, est notre responsabilité individuelle.
Il faut aussi prendre de la distance et essayer de lire le paysage au travers de ce gigantesque écran de fumée généré par le politique et les médias, et qui nous empêche même d'avoir personnellement une réflexion cohérente.
Mais enfin, si l'homme est le pire ennemi de l'humanité, c'en est aussi le meilleur ami et défenseur.
Ce qui signifie que l'avenir de l'humanité est entre nos mains.
Notre association est un outil important.

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2019-01-11 16:49:42 +0100

pour 2019 ce texte tellement beau de vérités est encore plus d'actualité !!!

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À propos de l'auteur

Administrateur de Humanité et Biodiversité jusqu'en mars 2017 Fondateur de l'institut INSPIRE Auteur de "L'économie expliquée aux humains" et de "Permaéconomie" aux éditions WildProject.

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