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L'eau potable est de bonne qualité mais les nappes phréatiques sont polluées

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Publié dans
le 26.02.14
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  • Quatre-vingt-dix-huit pour cent des Français bénéficient d'une eau potable de bonne qualité, soit 280 000 consommateurs supplémentaires par rapport à 2012, note l'UFC-Que choisir dans une étude publiée mercredi 26 février. A l'occasion de la présentation d'une carte interactive sur la qualité de l'eau potable dans les 36 000 communes de France, l'association « appelle les pouvoirs publics à l'action pour une ressource aquatique préservée et une politique de l'eau agricole rénovée ».


« UNE BONNE NOUVELLE EN TROMPE-L'ŒIL »


Car, derrière ce qui constitue un progrès, les problèmes demeurent. « Cette amélioration notable est une bonne nouvelle en trompe-l'œil, car 1 480 000 consommateurs continuent de payer pour une eau polluée, non conforme, essentiellement dans les petites communes », explique Olivier Andrault, chargé de mission alimentation à l'UFC-Que choisir. Depuis la dernière étude publiée en 2012, si le niveau de contamination a fortement baissé (– 35 %) pour les villes de plus de 5 000 habitants, il a augmenté de 8 % pour les villages de moins de 500 habitants. « Le coût de la dépollution est particulièrement important pour les petites collectivités qui sont de ce fait moins en mesure d'assurer les investissements pour la remise à niveau des installations », indique l'association.


Pour Olivier Andrault, la qualité de l'eau potable consommée n'a rien à voir avec celle de l'eau captée dans les sols : « L'eau qui coule du robinet est bonne non pas parce que les nappes phréatiques sont en meilleur état, mais parce qu'on investit beaucoup plus dans la dépollution », dit-il. Et de rappeler que le contribuable paye de plus en plus cher pour celle-ci. « Les dépenses additionnelles évaluées des ménages générées par ces pollutions liées aux excédents d'azote et de pesticides d'origine agricole se situeraient au minimum dans une fourchette comprise entre 640 à 1 140 millions d'euros répercutés sur la facture d'eau, représentant entre 7 et 12 % de cette facture en moyenne nationale », indique le commissariat général au développement durable dans son étude sur les coûts des principales pollutions agricoles de l'eau, publiée en 2011.


LES POLLUTIONS AGRICOLES EN CAUSE


Le problème reste d'abord et avant tout celui des pollutions d'origine agricole, pesticides, nitrates et sélénium, qui représentent 63 % des causes de non-conformité des eaux. Les défauts de traitement de l'eau (dosage en chlore insuffisant, dépassement des teneurs en aluminium) représentent 33 % des pollutions et les 4 % restant sont dus à la radioactivité naturelle. « On aide les agriculteurs avec la PAC, ce avec quoi on ne peut être que d'accord, dit M. Andrault. Mais ce chèque européen est conditionné au respect des directives communautaires sur la protection de l'environnement, et là, les autorités ne remplissent pas leurs obligations, à tel point que la France va être sanctionnée par Bruxelles sur la qualité de ses eaux brutes. »


La pollution due à l'emploi des pesticides et autres engrais reste la première cause de la mauvaise qualité des eaux.


Dans son étude 2014, l'association de consommateurs indique que les agences de l'eau, « tenues par la loi de financer la prévention des pollutions agricoles à leur source », ne consacraient à cette mission que 6,5 % de leur budget, « continuant à privilégier une trop coûteuse et malsaine dépollution des eaux ». Comment expliquer cette impuissance ou cette inertie ? Le marché de la dépollution est considérable, représentant des budgets importants pour des entreprises comme Veolia, Suez, etc. Le lobby de l'agriculture intensive est très actif et, précise l'UFC-Que choisir, « ce sont les consommateurs – et non les agriculteurs pollueurs – qui paient l'essentiel des taxes de dépollution : 80 % de celles-ci reposent sur eux, c'est toujours la scandaleuse règle du pollué payeur ».


« LA PASSIVITÉ DES POUVOIRS PUBLICS »


L'association dénonce aussi « l'inadmissible passivité des pouvoirs publics ». De nombreux arrêtés préfectoraux destinés à établir les programmes d'action et les mesures pour améliorer ou restaurer la qualité des eaux dans les zones de protection des aires de captage n'ont que peu d'impact. « Ces arrêtés listent une série de mesures pour les agriculteurs mais précisent, la plupart du temps, que leur mise en place se fait à “titre volontaire”, sans obligation », dénonce Olivier Andrault, citant les exemples de l'Eure, l'Yonne, la Seine-Maritime, la Meurthe-et-Moselle, l'Oise, la Seine-et-Marne ou encore le Gard.


Près de cinq ans après l'adoption de la première loi dite « Grenelle 1 », qui obligeait que 500 sources d'eau prioritaires soient protégées, en privilégiant des modes d'agriculture respectueuse de l'environnement, la part belle reste aux méthodes conventionnelles et à une agriculture grande consommatrice de pesticides. Ces derniers représentent 60 % des pollutions d'origine agricole, les nitrates en constituant moins d'un quart (21 %). Les zones de culture intensive sont les plus touchées : bassin parisien, vallée du Rhône, Nord et dans une moindre mesure, le Sud-Ouest, indique l'UFC-Que choisir.


Rémi Barroux
Journaliste au Monde


Source : http://www.lemonde.fr/planete/article/2014/02/26/une-eau-potable-de-bonne-qualite-mais-des-nappes-phreatiques-toujours-polluees_4373483_3244.html


 

Commentaires

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2014-02-26 21:13:59 +0100

Allez à la source !
http://www.quechoisir.org/e...

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2014-02-27 10:10:40 +0100

Ce qui est marquant, c'est que dans les mairies, seuls les résultats concernant les bactéries fécales (Escherichia coli et autres) sont publiés. Les résulatts concernant les pesticides, le glyphosate, les résidus médicamenteux, les métaux lourds, les phtalates, les autres perturbateurs endocriniens ne sont pas publiés, et les gens sont faussement rassurés par l'absence de bactéries fécales alors que leur eau peut être pleine de produits perturbateurs endocriniens et/ou cancérogènes...Cette omission relève du mensonge public. On peut faire analyser son eau dans le laboratoire départemental, mais cela peut coûter environ 500 euros...

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2014-02-27 10:24:14 +0100

Dans mes archives, ce que ma ville a édité en 2010
extraits

Bactériologie
Elle est évaluée par la recherche de microorganismes dont la présence dans l’eau révèle une contamination survenue à la ressource ou en cours de distribution.
Dès qu’une contamination est mise en évidence, il est immédiatement demandé à l’exploitant de prendre sans délai les mesures les plus appropriées pouvant éventuellement comprendre une interdiction temporaire de consommation.
En 2010, 146 analyses ont été réalisées. 99 % sont conformes sur le réseau Haut Service, 100% sur le réseau Bas Service et 100% sur le réseau Harly.

Nitrates
Les nitrates présents dans les eaux souterraines proviennent de la dégradation naturelle de la matière organique, des eaux usées et des engrais azotés. L’eau ne doit pas contenir plus de 50 mg/l de nitrates.
En 2010, les teneurs moyenne et maximale sur les trois réseaux sont respectivement de 38,5 mg/l et 41,5 mg/l pour le Haut Service, de 40 mg/l et 45,4 mg/l pour le Bas Service et de 45 mg/l et 47,4 mg/l pour Harly. L’eau distribuée approche la norme sur les 3 réseaux.

Pesticides ou produits phytosanitaires
Leur présence dans les ressources en eau est la conséquence d’une maîtrise insuffisante de leur utilisation. Même à très faible dose, les pesticides sont suspectés d’avoir des effets sur la santé lorsqu’ils sont consommés durant toute une vie. Par précaution, les exigences réglementaires pour les eaux de boisson ont été fixées à des valeurs bien inférieures aux seuils de toxicité connus.
En 2010, 14 analyses ont été réalisées. De la déséthylatrazine (0,03 µg/l) a été détectée sur le réseau Bas Service à une valeur inférieure à la norme de 0,1 µg/l. Aucun pesticide n’a été détecté sur les réseaux du Haut Service et Harly.

Dureté
La dureté exprime dans une unité particulière la teneur de l’eau en production en calcium et magnésium, éléments sans incidence néfaste sur la santé. Avec une dureté de 34 °f, l’eau est très calcaire.

Fluor
Le fluor est un oligo-élément présent naturellement dans les eaux. A faible dose il prévient la carie dentaire. Des excès peuvent à contrario conduire à des fluoroses dentaires voire osseuses. Pour l’eau de boisson, la valeur optimale se situe entre 0,5 et 1,5 mg/l. En dessous de 0,5mg/l, un apport complémentaire peut être envisagé par utilisation régulière de sel de cuisine fluoré ou par prise de comprimés fluorés après avis médical. La teneur en fluor est de 0,15 mg/l.

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À propos de l'auteur

ex-directeur de Laboratoire INRA, économiste, ex président de l'institut de recherche économique et sociale, ex membre du bureau du CNIS, négociateurs des Grenelles de l'environnement et de la mer, membre du CEDD et de la CNDP. Vice-président d’Humanité et Biodiversité.

Réputation
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Cadres institutionnels #B36281 cadres-institutionnels 15923
Économie et Biodiversité #723DC4 economie-et-biodiversite 9424
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