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La création d'emplois: nouveau passe-partout pour les projets?

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Publié dans
le 15.02.15
Evolution-du-chomage-france-allemagne

On le sait, l'un des problèmes majeurs préoccupant les Français est l'emploi, l'idée d'une garantie de l'emploi pour tous, et d'une durabilité de cet emploi.

  • La transition énergétique et écologique de la France est à même de fournir de nombreux emplois. De nombreux auteurs et organisations se sont penchés sur le sujet, comme Negawat , Tim Jackson, AVSF (Agronomes et Vétérinaires sans Frontières), etc...
  • Parallèlement à ce constat (et cet espoir de changement bien ancré dans le XXIème siècle et ses nouveaux enjeux), de plus en plus de "zadistes" viennent délibérément perturber des travaux débutés ou poursuivis pour créer des projets controversés voire en majorité rejetés par la population. Je citerai, entre autres: -le square Michel Levy à Marseille -le désormais célèbre barrage du Testet à Sivens (Tarn) -le célèbre projet d'aéroport Notre-Dame-des-Landes, -le projet de Center Parc à Roybon (Isère). Mais les exemples sont nombreux.
  • La population semble avoir de plus en plus conscience que créer toujours plus de projets, au détriment de la nature, notre environnement, n'est plus autant possible au XXIème siècle que cela l'était en 1950 ou 1990.
  • Il est de plus en plus fréquent de constater que des projets sont désormais présentés, par des personnes haut placées ou des journalistes, comme tellement vertueux en terme de création d'emplois que cela permettrait d'occulter tout le reste. Il n'est que rarement question de l'étude véritable d'un rapport bénéfices/inconvénients Or, l'étude de ce rapport devrait être systématiquement mise en avant.
  • Et la création d'emplois ne peut être raisonnablement, et durablement, un "passe-partout" pour forcer toutes les serrures, celles de l'accord de la population, du respect de la biodiversité, des trames vertes et bleues.
  • Ce d'autant plus qu'il y a des moyens de créer des emplois sans éroder davantage la biodiversité ni artificialiser davantage nos sols lorsque l'équivalent d'un département moyen disparaît sous le béton et le bitume tous les 10 ans. Nous ne sommes pas obligés de détruire et bétonner pour créer de l'emploi: la transition écologique, énergétique, agricole, le recyclage des déchets, le retour à de meilleurs services en terme de santé, culture... sont des sources d'emploi et de prospérité compatibles avec la transmission d'un monde riche en biodiversité aux générations futures.
  • Nous pouvons même créer des emplois en augmentant la biodiversité: ce n'est pas du rêve, c'est par exemple ce que permet la véritable agro-écologie (celle qui se passe totalement de biocides).
  • Nous pourrions nous remettre à tisser en France le lin qui y est cultivé et envoyé en Chine pour être transformé.
  • Nous pourrions davantage recycler nos vieux vêtements (de fibres végétales) usés, pour les transformer en pâte à papier.
  • Nous pourrions développer les ateliers de réparation, et en rémunérer les artisans, actuellement bénévoles comme à Sophia Antipolis.
  • Nous pourrions, comme la Suède, recycler 99% de nos déchets.
  • Nous pourrions partager davantage nos temps de travail, comme il en est question dans le reportage du numéro de février du journal l'Âge de Faire.
  • Nous pourrions développer l'économie des monnaies locales, les systèmes d'échanges locaux (SEL) comme celui-ci.
  • Bien sûr, ceux qui -comme moi- exercent une profession plus intellectuelle que manuelle auront toujours leur place: médecins, avocats, ingénieurs, écrivains...Qui oserait prétendre que tout le monde aspire à travailler la terre ou à ne vivre que du travail de ses mains?
  • L'art est inhérent à l'Homme (il suffit de revoir les oeuvres rupestres de nos ancêtres). Peindre, écrire, composer des poésies, de la musique, l'écouter...Tout ce qui pourrait parfois paraître inutile dans le filtre de la finance aura certainement toujours sa place dans l'humanité !
  • Les idées sont présentes, ça et là, foisonnent même parfois, mais elles sont trop absentes des discours politiques, économiques et médiatiques,. Ceux-ci restent certainement trop coincés dans le carcan des dogmes économiques du XXIème siècle, au premier plan desquels se situe l'illusion têtue de la possibilité d'une croissance infinie dans un monde fini dont l'humanité commence à percevoir les limites, mais devant laquelle les dirigeant des pays persistent à se mettre des oeillères, faisant "comme si" nous vivions dans un monde sans limites de place ou de ressources.

  • Tim Jakson nous rappelle: "La croissance est-elle corrélée aux droits élémentaires ? En étudiant les courbes représentant l’espérance de vie, la mortalité infantile ou le niveau d’enseignement en fonction du PIB sur l’ensemble des pays, on voit que la corrélation n’est pas évidente."

  • Et si nous remettions la finance à sa place (un moyen) et le vivant à la sienne (une priorité), avec la santé humaine (sans frontière naturellement) en première position? Et si nous ne faisions plus comme si la santé des enfants travaillant des les usines chinoises de smartphones, la santé des femmes travaillant dans les usines de vêtements au Cambodge, la santé des hommes travaillant dans les mines d'or illégales ne nous concernait pas?

  • Et si nous voyions les choses au -delà des frontières d'états, mais aussi au-delà des frontières générationnelles et du clivage homme/reste du vivant?

  • Et si nous créions aussi une agence internationale de la biodiversité, des ministères des générations futures?

  • Bien évidemment, cela n'empêcherait pas des échanges culturels et commerciaux (cacao équitable de Sao Tomé, café et bananes issus de l'agriculture biologique et du commerce équitable, vêtement népalais en laine bouillie, bijoux amérindiens)....
    Il n'est pas question ici de repli nationaliste, mais, au contraire, d'ouverture de l'esprit au delà du carcan des dogmes hérités du XXème siècle…

Vignette: Evolution du chômage en France et Allemagne graphique de 2012

Commentaires

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2015-02-15 21:47:07 +0100

Le "chantage" à l'emploi est utilisé depuis des décennies pour justifier les projets et les investissements les plus destructeurs pour l'environnement et en particulier pour les espaces naturels. Et trop souvent, après réalisation des dits projets, les emplois promis ne suivent pas. Il faut bien du courage à un homme ou une femme politique pour oser s'opposer à ce "chantage" à l'emploi.

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2015-02-16 15:01:11 +0100

La réalité est dramatique, fin novembre 2014, Pôle emploi enregistraitun record de 3,49 millions demandeurs d'emploi sans activité en France métropolitaine. Et ce sont plus de 18 millions de chômeurs dans la zone euro en ce début 2015 !
Elle est même tragique. Voir cette étude: http://www.thelancet.com/pd...
réalisée par des chercheurs de l'Université de Zurich et publiée dans The Lancet Psychiatry.

45.000 suicides par an dus au chômage dans une soixantaine de pays
http://www.lefigaro.fr/empl...

En pareilles circonstances, l'espoir d'un travail est un garde-fou..

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2015-02-18 09:48:36 +0100

Il n'y a pas qu'à France Telecom qu'il y a eu des suicides! Par contre, ce sont presque les seuls à avoir été médiatisés. Il y a quelques années [je ne suis pas au courant des derniers chiffres], le taux de suicides était le double chez les médecins généralistes par rapport à la population générale. Le département de Vaucluse, bénéficiant pourtant de beaux espaces naturels et d'un climat méditerranéen, était en tête de liste pour les suicides....Le passage en masse aux plants génétiquement modifiés, en Inde, a été à l'origine d'une perte de rendement et d'un endettement des agriculteurs indiens à l'origine d'une vague de suicides qui a été curieusement très peu relayée (à part dans la presse indépendante à conscience écologique développée...). Beaucoup d'agriculteurs sont revenus à leurs semences ancestrales, gratuites et mieux adaptées, depuis des siècles, à leur terroir que des OGM mis au point sous d'autres latitudes...

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2015-02-18 13:42:32 +0100

Dans les services d'urgences, les équipes fonctionnent en sous-effectif; dans les "maisons de retraite", les aides-soignantes sont sujettes à des cadences de travail difficiles à assumer et guère compatibles avec la perpétuation d'une humanité des lieux; dans diverses usines n'ayant pas délocalisé, on demande aux ouvriers de travailler encore plus vite aux dépens de leur santé (douleurs musculosquelettiques); le harcèlement professionnel se développe de toute part, nous le constatons aussi chez nos patients. Il est souvent estimé que les moyens pour les hôpitaux d'employer plus de personne n'y sont pas. Mais on pourrait les trouver. Les entreprises ne les auraient pas non plus, alors qu'au sommet de leur pyramide, les choix sont faits pour augmenter la rentabilité et sourire aux actionnaires, dans le but d'une croissance du profit qui -elle aussi- ne peut pas être éternelle et s'exerce souvent contre l'humain. Parallèlement à ça, certaines entreprises délocalisent, profitent de conditions de travail et sociales plus frustes dans certains pays, voire profitent des paradis fiscaux et échappent à l'impôt en France...Il doit y avoir une volonté politique réelle pour l'emploi et l'humanisation du travail dans le milieu de la santé ou des usines, par exemple. Quant à la culture, ceux qui y travaillent (archéologie, musique...) me disent depuis des années que les budgets alloués sont insuffisants. Pourquoi seules les choses utiles sur le plan matériel (et ce n'est d'ailleurs pas toujours le cas, avec certaines subventions publiques allant aider la réalisation de projets à l'intérêt plus que douteux) seraient aidées (BTP...) ? Il est indispensable de repenser le place de la finance et de l'humain, d'agir contre les paradis fiscaux, d'harmoniser les lois du travail entre les différents pays. Je pense notamment aux nombreux enfants qui travaillent en Chine (je pensais que cela ne concernait que quelques usines, mais une directrice d'une entreprise de jouets télécommandés allée visiter des usines sur place m'a dit que c'était fréquent et éprouvant pour elle de constater cela). Je pense aux ouvriers dont les maladies professionnelles ne sont pas reconnues (ouvriers des mines d'uranium au Niger, victimes de l'explosion d'une usine de textile au Bandaldesh,...). Je pense aux pays où les salaires et la retraite ne sont pas décents.

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À propos de l'auteur

Bonjour. Né en 1972,à une époque où beaucoup de concepts que l'on croit modernes existaient déjà*,je suis devenu éco-conscient spontanément,peu à peu. Parallèlement à mon métier (médecin généraliste),je pratique la botanique amateur, l'ornithologie et l'entomologie amateur (de loin). Je fais des sorties, assiste à des conférences, et le savoir emmagasiné peu à peu est renforcé par des lectures....

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