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"La transition écologique nécessitera beaucoup de dialogue social"

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le 26.09.12
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  •  Le Britannique Guy Rider, ancien secrétaire général de la Confédération syndicale internationale, va prendre la tête de l'Organisation internationale du travail (OIT), le 1er octobre, en remplacement du Chilien Juan Somavia. Il défend l'idée d'une transition écologique juste socialement.



L'économie verte peut-elle apporter une réponse à la crise mondiale et qu'en attendez-vous en termes d'emplois ?


J'ai suivi avec intérêt l'expérience française de la conférence environnementale. Elle illustre bien la situation actuelle. Nous sommes obligés, qu'on le veuille ou non, de passer de notre modèle de production, condamné à terme, à un modèle durable. Il ne faut pas simplement y voir une contrainte car, comme le montrent les travaux publiés par l'OIT, cette transformation peut permettre de créer entre 15 et 60 millions de postes. Cette rupture représente donc un potentiel énorme pour créer de l'emploi.


Mais il faut admettre aussi que cette transition ne sera pas simple. Car, pour des emplois créés dans de nouvelles filières, d'autres seront détruits dans des secteurs jugés obsolètes. Les débats autour de l'exploitation du gaz de schiste et du nucléaire en France posent ces questions. La transition écologique nécessite un effort de dialogue social très important.


Le sommet des Nations unies Rio + 20 sur le développement durable a montré une forte opposition entre les pays industrialisés et les pays en développement sur la place qu'il convient de faire à l'économie verte. Ce clivage est-il un problème ?


Les divergences entre les pays riches et les pays en développement n'existent pas seulement sur la question environnementale. Elles sont aussi très fortes dans les négociations sur le commerce international. Je ne considère pas cependant que Rio + 20 est un échec. Nous avons réussi à faire reconnaître l'importance de promouvoir l'idée du travail décent dans le processus du développement durable. La prochaine Conférence internationale du travail organisera un débat important sur les emplois verts.


Les syndicats ont longtemps craint les conséquences sociales de cette transition écologique. Vous qui les connaissez bien, pensez-vous qu'ils ont évolué ?


Le mouvement syndical est sorti de ce blocage. Il y a dix ans, il avait beaucoup de mal à s'impliquer dans le débat sur le changement climatique et ses conséquences. Il voyait des contradictions entre protection de l'environnement et sauvegarde de l'emploi. Depuis, les syndicats ont beaucoup progressé. Ils demandent que la transition vers une économie verte soit juste, qu'elle prenne pleinement en compte la question sociale au même titre que les enjeux économiques. Mon rôle à la tête de l'OIT va être de faire coïncider l'agenda du "travail décent" avec celui de l'économie verte.


L'OIT appelle à l'élaboration d'un socle de protection sociale universelle. Comment faire pour que cela ne soit pas qu'une déclaration de principe ? Le débat autour du socle de protection sociale a été très positif et quasiment unanime. Même si certains disent qu'il est ambitieux, en pleine crise, de mettre en place des systèmes de protection sociale pour les plus pauvres. Je crois, au contraire, qu'il faut les renforcer. Il ne s'agit pas d'un socle identique dans chaque pays. Il y a des investissements financiers à faire, mais ceux-ci se montreront rentables.


En France et en Europe, on observe l'élaboration, souvent conflictuelle, de la responsabilité sociale et environnementale (RSE) des entreprises. Est-ce un objectif important pour vous ?


Oui, nous devons nous saisir de cette question. Trop souvent, les employeurs sont venus à l'OIT avec une attitude défensive. De son côté, notre organisation n'a pas toujours réussi à tisser des liens de confiance avec le monde des affaires. Je viens de rencontrer le patronat européen et je leur ai parlé de la RSE. C'est un chantier énorme. L'OIT est trop absente des débats qui accompagnent la mise en œuvre de cette nouvelle responsabilité des entreprises.


La crise mondiale semble durcir les rapports entre employeurs et travailleurs au sein de l'OIT ? L'offensive des organisations patronales sur la question du droit de grève n'illustre-t-elle pas cette tension ?


Je ne crois pas à une tentative des entreprises de casser le système social. Il y a eu en juin, en effet, un blocage dans le travail de la conférence sur le droit de grève. Les employeurs expliquaient qu'il n'existait pas de définition du droit de grève dans les conventions internationales et pas d'interprétation possible. Nous avons commencé à discuter pour sortir de ce blocage politique. Ce n'est pas encore résolu. Mais il existe une volonté commune de parvenir à une solution. Le tripartisme demande du temps, un investissement, de la compréhension. C'est la nature même de l'OIT.


Propos recueillis par Rémi Barroux



Rémi Barroux


L'OIT réunit Etats, employeurs et syndicats

L'Organisation internationale du travail (OIT), créée en 1919, est une agence des Nations unies qui réunit les représentants des gouvernements, des employeurs et des travailleurs de 185 pays. Elle élabore les normes et les conventions – sur le travail domestique, le travail des enfants, etc. – qui régissent le monde du travail.


Chaque année, à Genève, où siège l'OIT, la Conférence internationale du travail réunit en juin tous ses membres. L'OIT participe aux sommets politiques mondiaux, tel le G20, au même titre que le Fonds monétaire international ou la Banque mondiale. Sa priorité reste la création d'emplois. "Les circonstances sociales actuelles représentent une menace pour la stabilité de beaucoup de pays", explique-t-elle.



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À propos de l'auteur

ex-directeur de Laboratoire INRA, économiste, ex président de l'institut de recherche économique et sociale, ex membre du bureau du CNIS, négociateurs des Grenelles de l'environnement et de la mer, membre du CEDD et de la CNDP. Vice-président d’Humanité et Biodiversité.

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