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Le confinement... A la campagne !

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le 10.07.20
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Ca avait quelque chose d’étrange d’être confinés dans notre village : je veux dire.. Avec une grande maison, un petit jardin ... C’est égoïste : dans le même village, il y a des immeubles, des appartements, de toutes petites maison avec des familles serrées autour d’un espace à vivre très limité.

L’interdiction de nous promener dans les bois m’a prise de court : ici, où peux-t-on aller se promener à part dans les bois, sur les chemins, ou au bord du canal ? Le long de la route ? Je dois faire mon heure de marche ou d’exercice si possible tous les jours...

Bref, munie de mon attestation dument remplie, je fais ma marche le long de la route : aller-retour. Une heure. Et chaque jour je recommence. Je ne rencontre personne et ça me questionne : ils restent vraiment tous chez eux, avec les enfants, toute la journée ???

Un jour, lassée, Je finis par descendre vers le chemin le long du canal, là ou on ne devait pas aller... Et là, brusquement, je réalise que ... « tout le monde » est là. Je plaisante : « mais, c’est la promenade des anglais, ici !! ». Les gens un peu déconcertés sourient.

Je prends le chemin : les promeneurs sont très prudents, attentifs, que ce soit les mamans avec leurs poussettes ou les promeneurs de toutous. Les gamins roulent avec leurs vélos (et papa !) en slalomant gentiment. En fait c’est hyper sympa. Je croise des personnes que je n‘ai jamais vues alors que j’habite ce village depuis 20 ans. Tout le monde dit bonjour, les enfants de leur petite voix vive et pointue, chacun fait une petite boucle pour passer ou laisser la place.

Je suis sidérée : jamais je n’avais connu d’ambiance aussi sympa et décontractée dans mon village. Jamais je n’y ai croisé autant de personnes..

Et c’est là que je les vois : sur un petit pont, à peine plus large qu’un poteau, au-dessus du canal , une bande de jeunes, filles et garçons, défiant toutes les règles sanitaires, installés sur des fauteuils pliants style « pique-nique ». Heu... en train de partager quelques canettes.. et de rigoler. Là, je suis partagée, un peu fâchée quand même... Aller leur expliquer que « C’est pas bien, non là vraiment vous risquez la vie de votre famille, soyez un peu sérieux, quoi ! » ?

Je m’approche et je les vois de plus près : des lycéens hyper heureux de partager un bel après-midi en pleine nature. Ils sont un peu inquiets de me voir arriver : j’ai pas l’air facile. Je leur dit : « bonjour ! Alors, il est confortable, ce pont ? ». J’ai droit à un « Bonjour madame ! Oui, super, on est bien, ici ! » unanime.

J’ai pas réussi à le faire, à aller les voir, les sermonner, les renvoyer chez eux...
Parfois, tout simplement les mots ne sortent pas, on a beau se dire que vraiment, là, il faut le faire, on n’y arrive pas.

Au bout d’une heure, je suis revenue. J’ai été bien sage : je ne suis pas allée dans les bois, ni les petits chemins, ni vers la mare aux crapauds juste « la promenade des anglais » ... Et en revenant, je vois mes jeunes qui cachent leurs pliants dans le bosquet, sur le départ. Ils sortent les attestations, le crayon, cochent les cases et déclarent sur l’honneur.. J’ai failli éclater de rire. Le petit qui a l’air si gentil me regarde, ennuyé d’être pris sur le fait, un peu honteux...

De retour à la maison je fais mon mea culpa : je dis à mon conjoint que oui, j’ai honte, que j’ai été complice... Il me répond, non, tu as bien fait : si tu les avais obligés à bouger, ils se seraient installés ailleurs, plus loin dans les bois, ils se seraient cachés et ils auraient fait pareil. Là, au moins, il y a une confiance naïve dans le petit univers du village, et nous, les seniors, on voit ce qui se passe...

Vraiment, ils sont gentils les jeunes. Je garderai le souvenir de leur bande dépenaillée et hilare, complètement heureux simplement d’être dans un bel endroit, d’entendre les petits bruits des bois, de l’eau qui coule doucement ...et des gens qui demandent : « Alors, elle est bonne cette bière ? ». « Wouaaah non ! C’est pas de la bière, c’est du soda !! »

Peut-être, peut-être pas. Mais quelle importance ? Parfois, juste se sentir vivant, c’est si bon !

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À propos de l'auteur

Bonjour, je suis Dominique Henry, nouvelle adhérente et vice-présidente d’Eure & Loir Nature. Mon domaine de compétence est la communication et l’expression visuelle. Je suis infographiste. Actuellement, au sein d’Eure & Loir Nature je participe à la commission CDPENAF (Commission de Préservation des Espaces Agricoles, Naturels et Forestiers) une fois par mois à la préfecture de Chartres.

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