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Les céréaliers mal préparés à une récolte catastrophique

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Publié dans
le 28.07.16
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Après les pluies et les inondations printanières, la récolte de céréales s’annonce très mauvaise. Peu assurés individuellement et pas couverts collectivement, les céréaliers s’exposent à une année noire.

« C’est ma pire année en 21 ans de métier. Même les anciens n’ont jamais vu ça. » Cédric Benoist se désole. Ce céréalier du Loiret est en pleine récolte et l’année 2016 s’annonce catastrophique. « J’ai un rendement inférieur de 60 % par rapport à l’année dernière, il ne va me rester qu’un tiers de ma récolte. » Principal fautif?: le trop-plein d’eau. Les intempéries ont empêché la fécondation des blés et amené des maladies, puis les inondations de juin ont achevé de détruire les plants.

Cédric Benoist constate l’ampleur des dégâts dans son secteur. « Ici, la perte moyenne est de 700 € par hectare. L’exploitation moyenne du Loiret fait 130 à 150 hectares donc on parle d’un manque à gagner autour de 100 000 €. » La situation est similaire dans l’Oise, la Seine-et-Marne, le Loir-et-Cher et l’Yonne, autres départements ayant subi des crues exceptionnelles.
Récolte nationale catastrophique

Bien que les récoltes soient toujours en cours, l’Association générale des producteurs de blé et autres céréales (AGPB) dresse un premier bilan pessimiste. « On constate une baisse de rendement de 2 tonnes par hectare (sur un rendement moyen de 7 tonnes par hectare, NDLR), déplore son président, Philippe Pinta. La récolte de blé tournera autour de 30 millions de tonnes. » C’est 25 % de moins qu’en 2015, certes année de récolte record. L’AGPB estime le besoin en trésorerie moyen d’une exploitation, pour faire face aux pertes de 2016, à 700 € par hectare.

À la chute du rendement, il faut ajouter le prix du blé payé aux agriculteurs français, toujours très bas, même s’il est encore supérieur au cours mondial. « De toute façon la baisse de rendement est si forte qu’une éventuelle hausse du prix ne compenserait pas tout », affirme-t-on à l’AGPB.

Peu de céréaliers sont assurés

Les céréaliers sont très exposés en cas d’aléa climatique. Contrairement à d’autres cultures, les pertes de récoltes sur les céréales et les oléagineux ne sont pas indemnisables au titre de l’état de « calamité agricole » – déclaré par l’État en cas d’aléa climatique. La seule solution pour les céréaliers est de souscrire individuellement une assurance multirisque climatique, qui les indemnise à partir de 30 % de récoltes perdues.

Or, seuls 25 % des producteurs de blé ont choisi de payer cette assurance. Beaucoup la jugent peu intéressante financièrement au regard des risques encourus. Résultat, cette année, de nombreux céréaliers se retrouvent sans rien pour compenser leurs pertes – hormis le lissage des revenus d’une année sur l’autre, entre les bonnes récoltes et les mauvaises.

Redonner confiance dans l’assurance

Qui plus est, en cas d’excès d’eau, l’assurance couvre les pertes en volume mais pas en qualité. Or les fortes pluies ont endommagé les grains et une partie est invendable car inutilisable pour les industriels. L’AGPB milite pour que l’assurance considère « les risques sanitaires et qualité » comme des pertes de rendement.

Pour Philippe Pinta, il est essentiel que les négociations avec les assureurs aboutissent: « Si cela se passe bien, on peut doubler le nombre d’exploitations assurées. Mais si cela se passe mal, plus aucun céréalier ne voudra souscrire ». Au risque d’enclencher un cercle vicieux?: moins d’agriculteurs assurés, cela signifierait un coût de la police plus élevé, donc une assurance moins intéressante, donc à nouveau moins d’assurés, etc.

Les céréaliers au bord de la rupture

Cette année noire va peser sur les finances des céréaliers. « Dans certains cas, le chiffre d’affaires des exploitations va baisser de 50 à 75 % », prévient Philippe Pinta. Un coup dur pour des agriculteurs. Ils doivent déjà se tourner vers la prochaine récolte en 2017, alors que leur situation s’est globalement dégradée ces dernières années en dépit de la bonne récolte 2015.

Le revenu moyen (avant cotisations sociales propres à l’exploitant) des exploitations spécialisées dans les céréales et les oléagineux a chuté: 18 600 € par an en 2013, 7 000 € en 2015 (mais 72 100 € en 2012). L’AGPB estime que l’an dernier, après paiement des cotisations, 51 % des exploitations présentaient un revenu négatif.

Un plan d’aide pour les céréaliers

Mercredi 27 juillet, Stéphane Le Foll a lancé un plan de soutien aux céréaliers. Il prévoit des mesures fiscales, le report de cotisations sociales, des mesures spécifiques sur le remboursement de la TVA, ainsi qu’un « fonds de garantie » mis en place par la Banque publique d’investissement, « pour aider à la mise en œuvre des allégements et des reports de prêts au niveau bancaire ».

Nul doute que depuis son champ du Loiret, Cédric Benoist suivra ce plan de près. « Personnellement, et comme beaucoup d’autres, je suis face à un mur. Il faut bien comprendre que le bien professionnel et le bien personnel est le même pour nous. Quand on perd l’un, on perd tout. »

Clément Lesaffre
Source : http://www.la-croix.com/Economie/France/Les-cerealiers-mal-prepares-a-une-recolte-catastrophique-2016-07-27-1200778599?utm_source=Newsletter&utm_medium=e-mail&utm_content=20160727&utm_campaign=newsletter__crx_alert&utm_term=263164&PMID=729ecaf6212cc5abbb509ecc6e557ec2

Commentaires

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2016-07-29 12:02:16 +0200

Climat, agriculture, élevage et alimentation
http://www.cnrs.fr/cw/dossi...

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2016-08-07 19:59:16 +0200

En France, les pluies du printemps et le manque de soleil ont freiné la croissance des grains. Les champignons ont proliféré sur les plantes. Les agriculteurs bio qui n'ont pas le droit d'utiliser des fongicides ont été particulièrement touchés. Même s'ils utilisent des variétés plus résistantes, leurs productions ont plongé notamment dans le Bassin parisien, les régions du Nord et de l'Est.
C'est une première depuis la création de la filière au début des années 2000. La France, qui produit environ 80.000 tonnes de blé labellisé AB, espérait être autonome cette année. ...
http://www.lejdd.fr/Societe...

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À propos de l'auteur

ex-directeur de Laboratoire INRA, économiste, ex président de l'institut de recherche économique et sociale, ex membre du bureau du CNIS, négociateurs des Grenelles de l'environnement et de la mer, membre du CEDD et de la CNDP. Vice-président d’Humanité et Biodiversité.

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