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Les colères de Gaïa

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Publié dans
le 27.01.14

La terre semble être en colère.  Cette expression est quelque peu anthropomorphe. La terre ne connaît pas de sentiments, on ne les trouve que chez les hommes.

 

Mais on a l’impression d’observer des manifestations irascibles dans la nature. Les événements les plus récents montrent cette furie dont elle semble capable. Tout dernièrement, les fortes pluies en Aquitaine et sur la Côte d’Azur, plus loin, le typhon Haiyan qui a provoqué les ravages que l’on sait aux Philippines ou le sévère coup de froid qui a frappé l’est des Etats-Unis, au début de l’année. Et un peu plus loin dans le temps, le cyclone Sandy en 2012, dans l’Atlantique Nord, la tempête Xynthia en 2010, en France. On n’en finirait pas de faire le recensement de tous ces déchainements qui ont frappé et l’environnement et les hommes.


On s’inquiète même d’anciennes catastrophes pouvant se répéter. Ainsi les crues de la Seine en 1910 pourraient se reproduire si l’on en croit certains. Même si des bassins réservoirs ont été créés en amont de la capitale, le gain en matière de hauteur du fleuve (lors d’une crue maximale) serait minime ; quelques dizaines de centimètres, c’est déjà beaucoup mais cela n’empêchera pas une catastrophe si des pluies de l’intensité de 1910 frappaient de nouveau l’est parisien. Et n’oublions pas que de nombreuses zones depuis cette époque ont été bétonnées, empêchant l’infiltration des eaux et accentuant leur écoulement.

Dans la mythologie grecque, Gaïa était la déesse terre ou nature. Elle incarnait une divinité primitive,  à l’origine de beaucoup d’autres divinités : Ouranos (le ciel), Pontos (le flot de la mer). Elle était donc pour les grecs, dont nous sommes les héritiers culturels, le symbole de l’équilibre et de l’harmonie. Mais curieusement, pour les anciens grecs, et dans leur mythologie, Gaïa était également à l’origine de conflits et de violence. C’est elle qui poussa les Géants à la révolte contre Zeus (cf. l’illustration qui représente l’un de ses enfants –Encelade- particulièrement violent). Gaïa avait donc une double image : calme, tranquillité, d’un côté, mais de l’autre, violence et chaos.

Cette légende peut être lue comme un avertissement pour nous autres, aujourd’hui. Il faut retenir que la nature peut connaître des déchainements incommensurables. Toutefois, nous le savons, nous avons une part de responsabilité dans ces colères de Gaïa. Par notre activité, nous avons contribué à la « crise », à « l’étrangeté » ou encore au « dérèglement » environnemental (je reprends les mots très appropriés employés dans un récent article ici sur le site à propos des recherches de W. Broeker et de J. Holdren ).

Alors, à quelles conclusions peut-on en venir ? Non pas sacraliser, ni diviniser la Nature comme ont pu le faire les anciens Grecs, non pas également tenter de la dominer, ni en devenir « maître et possesseur » selon la célèbre formule cartésienne. Mais forger un nouveau « contrat naturel » selon la belle expression de Michel Serres. Il nous faut prendre conscience et faire prendre conscience que nous faisons partie d’elle, un petit élément dans un vaste tout.

Le mot éco-logie est parlant. Etymologiquement, il signifie : étude (logos) de la maison que nous habitons (oikos).

C’est encore du grec !

 

Commentaires

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2014-01-27 22:37:57 +0100

Gaïa, c'est aussi la Pachamama des Amérindiens (il est vrai que nous n'en sommes pas issus, mais qu'au contraire, nos aieux les ont opprimés). Pachamama signifie « Terre mère » ou « Terre nourricière » en Ketchua.
Elle est associée pour les communautés andines à la fertilité, à la fécondité, donc à une femme et une mère qui prodigue bienfaits et soins, et nourrit ses enfants.
Le terme Pachamama vient des mots quechua pacha, qui signifie à la fois "terre" et "temps", et mama, "mère".
Mère du Temps, donc, peut-être parce que liée au rythme des saisons?
On l'imagine fréquemment sous la forme d'une femme, dont l'âge peut varier suivant les régions.
Elle est la déesse-terre dans la religion des Amérindiens d'Amérique du Sud.
La Terre-Mère des hommes, des bêtes et des plantes était considérée comme un être vivant, il convenait donc de la respecter et de lui offrir des offrandes.
Elle est invoquée en tant que "patronne" de tout ce qui existe sur et sous la terre.

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À propos de l'auteur

J'enseigne les lettres et la philosophie à paris. Je suis provincial d'origine et je le reste dans l'âme. Je crois profondément à la diversité, la biodiversité qui fait toute la richesse de la nature, mais aussi la diversité culturelle et humaine. Il n'y a que les jumeaux homozygotes qui se ressemblent totalement. Chaque être humain a sa particularité et doit l'épanouir dans un monde qui tend ...

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