POPULARITÉ
4

S.N.U : Le creuset républicain va-t-il finir par creuser la tombe de notre terre ?

Éditer
Publié dans
le 22.09.18
Face_8

Service National Universel : Oxymore ou antithèse ? Le SNU relève-t-il d’«un changement dans la continuité» ? D’un «universel singulier» ?

J’apprécie le paradoxe mais seulement quand il est de génie :

«Je sais que c’est la coutume
D’adorer ces nains géants
Qui, parce qu’ils sont écume,
Se supposent océans ;» (1)

Or dans ce projet, de génie (autre que militaire), il n’y en a point !
Sa dernière tentative d’instauration remonte à 2006, proposition socialiste nommée alors service civique obligatoire (SCO) qui avait au moins, le mérite d’être claire! Ce sujet n’est pas seulement fatiguant par son éternelle répétition, il l’est aussi par son caractère suranné. Si nous avons vraiment besoin dans notre pays d’une éducation durable à l'environnement, il va nous falloir trouver aussi, une alternative durable au service national, sous peine de le voir ressortir à chaque quinquennat, tel un diable de sa boite, en brandissant son drapeau national aux prétentions universelles.

L’urgence écologique.

Quand on veut construire une cathédrale dédiée au respect de la Nation, il faut déjà commencer par bâtir des fondations solides, or la terre, notre socle commun à tous, la première qui puisse se targuer du qualificatif d’universel car elle nous permet de respirer, de nous nourrir et de vivre, quelle que soit notre couleur de peau, nos croyances ou notre rang social, autrement dit, notre terre nourricière, peut de moins en moins nous assurer ce socle solide car sa lente agonie est entrecoupée de soubresauts, qui nous obligent tous aujourd’hui et d’urgence à modifier notre rapport à elle. Quand on a pris conscience de cette réalité, on ne peut que s’interroger sur les non-dits de ce S.N.U, on peut lire notamment qu’il serait : « mis à profit pour prolonger la formation civique et la sensibilisation aux sujets de sécurité et de défense en vue d’accroître la résilience individuelle et collective » (2) Déjà, la résilience individuelle n’a rien à voir avec la résilience collective, ensuite, ce terme est très mal choisi car il est revenu sur le devant de la scène, avec l’urgence écologique et terroriste, hasard ou lapsus révélateur ? En informatique, la signification du mot est « la capacité d'un système ou d'une architecture réseau à continuer de fonctionner en cas de panne. » (3) Si on associe ces deux options au domaine de la gouvernance collective du S.N.U, on se rapproche de ce qui peut s’apparenter à «une gestion du risque» climatique et social car le climat autant que le social deviennent de plus en plus difficile à prédire, ils n’ont plus de frontière, le climat se dérègle de façon généralisée, quant au social, le local peut avoir grâce aux réseaux sociaux une ampleur très vite nationale voire internationale.

Vouloir encadrer ces risques, par le truchement de la morale est aussi dangereux qu’inefficace. Dangereux car cela sous-entend un désengagement de la jeunesse, ce qui a l’art de l’irriter et pour ce qui est des bouleversements climatiques, il serait totalement utopique après les multiples appels de scientifiques, artistes, citoyens et la démission de notre ministre de l’environnement, de penser que les jeunes vont docilement et inlassablement s’attacher à réparer les dégâts de leurs ainés, sans remettre en cause les choix de nos gouvernements successifs en la matière.

Ainsi au risque que j’exposais déjà en 2006 (4) de créer une main d’œuvre bon marché vient s’ajouter aujourd’hui, celui de vouloir former les jeunes à la gestion des risques engendrés par le terrorisme et le climat. Ce n’est bien sûr qu’une hypothèse mais il est nécessaire de l’évoquer car c’est une conception inédite du rôle de l’armée qui associé à celui de l’éducation serait en mesure de modifier totalement et profondément, la mission de l’enseignement public en matière de citoyenneté.

L’éducation au développement durable est aujourd’hui prioritaire.

Dans le parcours citoyen, l’éducation à la défense et celle à l'environnement ne sont pas des enseignements comme les autres, si la première prône l’obéissance et la discipline, la seconde se conçoit dans une démarche de démocratie participative, elle se construit collectivement au sein des établissements scolaires, en y associant les élèves. Les nouvelles règles qu’elle propose ne sont pas extérieures aux élèves; ils participent à leurs définitions et se les approprient soutenus au besoin par des éco délégués.

Le danger du caractère obligatoire du S.N.U est dans le processus de normalisation qu’il engendre, au détriment d’une émancipation de la pensée. Or, cette émancipation est indispensable si nous voulons que le consommateur passif devienne un citoyen acteur d’un développement responsable, pour cela, il faut mettre en place des méthodes éducatives qui favorisent la capacité de réflexion, d’initiative et d’innovation collective. Le parcours citoyen doit favoriser chez l’élève, le sentiment d’appartenance au monde tout en lui donnant confiance en sa capacité à agir positivement sur celui-ci (en son pouvoir créateur.) Pour que cela se puisse, l’élève ne doit pas être intégré à une action déjà existante, dans laquelle il n’aurait qu’à «suivre» l’exemple donné par les adultes. Il doit au contraire être à l’origine de l’aide proposée et pouvoir expérimenter directement cette capacité de création. Notre planète est aujourd’hui à son point de rupture car des générations entières ont manqué d’une éducation solide à l’environnement, de ses connaissances et de ses valeurs de respect fondamentales. L'éducation à l'environnement ce n’est pas simplement apprendre aux enfants et aux étudiants à faire du recyclage ou à consommer bio : c'est beaucoup plus que cela ! C’est le chemin vers l'alternative à la société de consommation, l'apprentissage de la culture de l’économie sociale et solidaire (E.S.S) grâce notamment aux partenariats que peuvent développer les structures scolaires avec des acteurs extérieurs qui œuvrent dans le domaine de l’environnement. Il s'agit de former des éco citoyens responsables et solidaires.

Nous demandons le transfert du financement prévu pour le Service National Universel Obligatoire à l'éducation à l'environnement, dans tous les établissements scolaires;

Nous interpellons le gouvernement pour qu’il renonce au service national universel et fasse un geste fort en direction des jeunes et de l’éducation à l'environnement, pour former les éco citoyens de demain, en leur garantissant l’exécution de l’article 1ER de la charte de l’environnement qui a valeur constitutionnelle et qui proclame : « Chacun a le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé. »

Nous demandons, que la Journée mondiale de l'environnement, célébrée le 5 juin soit l’occasion d’un grand rendez-vous citoyen et de dialogue territorial et Intergénérationnel dans tous les établissements scolaires ouverts aux familles, au public, à la presse, aux acteurs et aux experts de l’environnement, aux médias…Que la France ENTIERE puisse se retrouver pour un partage d’informations, de savoir-faire et de savoir-être autours de jeunes éco citoyens en devenir, responsables et solidaires.

1 Victor Hugo, Les Contemplations, XVII

2 https://www.caissedesdepotsdesterritoires.fr/cs/ContentServer?pagename=Territoires/Articles/Articles&cid=1250281332738

3 http://lionel.mesnard.free.fr/le%20site/psy-resilience.html

4 Le Monde Economie 26.06.2006 «Obligatoire une bonne idée ?» Propos recueillis par Propos recueillis par Francine Aizicovici

DESSIN : https://resistanceinventerre.wordpress.com/2018/06/08/a-quand-un-service-national-obligatoire-pour-le-gouvernement/

Commentaires

1
2018-09-25 18:50:46 +0200

L'immense richesse de la nature est un outil pédagogique à la portée de tous dans ce grand jardin qu'est la France. On ne voit pas assez les enfants scolarisés apprendre dans la nature. On y apprend en premier le respect de la vie, c'est une loi universelle qui a elle seule est synonyme de liberté.
Je comprend que la défense de la population soit incontournable dans un monde ou l'Homme mégalomane, destructeur et autodestructeur se livre chaque jour a des horreurs. J'ai entendu tant d'horreur depuis mon enfance. Depuis la guerre de 1870 vécue par mon grand-père, les guerres de 14 , 40 , l'Algérie, charniers de millions de morts, traumatismes inoubliables, ma mère pleurait encore sa fille morte à cause de la guerre, lorsqu'elle est partie en 2015.
Pourtant je pense que ce n'est pas en apprenant les paroles de la Marseillaise aux enfants que l'on fera avancer dans le bon sens l'humanité.
La violence ne s'accorde pas avec la raison.
La nature est l'outil idéal d'éducation de nos enfants et adolescents.
La nature a besoin de nous, nous avons besoin d'elle. Le service national pourrait servir a l'entretenir, la sauvegarder. Protéger l'environnement, il y a tant a faire pour rectifier les destructions en cours et celles des années passées. Car il faut être réaliste , devant nous chaque jour l'homme la détruit (pesticides, agriculture intensive, pollutions "criminelles"...) Il faut s'attaquer aux causes et savoir interdire, nous sommes arrivés aux limites de l'intolérable.
L'avenir de l'espèce humaine sera lumineux lorsque l'Homme vivra de PARTAGE.
L'échange avec la nature est constructif, il améliore la connaissance, la réflexion, l'intuition, il conduit a vivre respectueusement, humblement dans une éthique ou le Devoir morale est prioritaire dans l'action.

1

0
2018-09-26 05:32:28 +0200

L'éducation des enfants à l'environnement est fondamentale, malheureusement seulement 18 % d’écoles et établissements scolaires sont labellisés E3D, (cette labellisation académique voulant dire que ces structures scolaires associent tous leurs intervenants : administration, enseignants, personnel, élèves, parents d'élèves, dans une démarche d’éducation à l'Environnement.) Ces établissements ont du mérite vu le peu d'intérêt porté par notre gouvernement à cette cause

0

1
2018-09-26 19:34:33 +0200

Chaque instituteur depuis très longtemps parle d'environnement , organise un potager, un composte... suivant l'intérêt porté par la municipalité à ces projets (quelques petits budgets sont nécessaires).
On voit que tout est dans la volonté de nos dirigeants de faire ou de ne pas faire...
J'envisage l'importance de l'environnement dans l'action pédagogique et à un autre niveau dans l'avenir. Il faut toujours continuer à sensibiliser les enfants au primaire tout en créant des centres de formation situés dans des zones de pleine nature destinés aux adolescents en recherche d'orientation. Un exemple parmi tant d'autres, la France en étant si riche: l'Estérel est d'une grande richesse naturelle, un centre pédagogique situé à proximité permettrait d'aborder tous les domaines: la protection de l'environnement (impact des pollutions , pesticides...) la géologie, la volcanologie, l'archéologie, le climat, l'étude des forêts, de la faune, etc...Ce centre pourrait être créé sur une zone appelée : La base nature, anciens terrains militaires aujourd'hui fréquentée par tous sportifs, enfants, gens de tout âge, située en bordure du littoral et d'une zone protégée. Un centre sportif et un stade nautique y seraient aussi la bienvenue, mais voilà, il semble que les projets de la municipalité soient d'un tout autre ordre: Une boîte de nuit ! Un hôtel 5 étoiles !!!
Nombre de Fréjussiens sont consternés. Cela démontre encore que lorsqu'il n'y a pas la volonté d'agir dans l'intérêt de l'environnement (et du sport), de l'éducation, rien ne se fait sauf ce qui rapporte et convient aux lobbies.
En dépit de cela, je suis convaincu que ces centres de formation, préparant aux métiers de l'environnement se feront un jour en France dans le contexte direct de la nature.
Des parcs naturels cernés de hauts grillages, de miradors, de gardiens armés, de chemins balisés par des palissades , ces parcs de concentration de nature n'apportent rien à la société humaine de constructif pour assurer sa protection, pour être dans une démarche positive pour l'Homme et l'environnement la fréquentation de la nature demande un ECHANGE, un PARTAGE. La connaissance s'acquiert essentiellement par l'expérience.
Petite parenthèse, dans les années 60, j'ai vécu une période ou la formation manuelle des métiers de l'artisanat a subit les mêmes préjudices. les jeunes ont de l'or dans les mains mais on ne les forme ni ne les dirige plus dans cette voie en raison du commerce d'importation avec l'Asie. Il y a très peu de vrais artisans en France. J'ai vécu aussi pour les mêmes raisons la fermeture de multitudes d'usines textiles performantes. Nous appelions certains directeurs d'usines (d'extrême droite) nommés pour les fermer des liquidateurs. Les lobbies et les banques commandent et manipulent.
J'espère que les gouvernements ne s'intéresseront pas à l'environnement en terme d'actions constructives qu'à partir du moment ou il rapportera aux banques !!!.

1

0
2018-09-26 21:59:20 +0200

Oui bien sûr l'éducation à l'environnement ne peut se concevoir uniquement dans les murs, il faut que les enfants puissent voir ressentir toucher et le partenariat avec l'extérieur est primordial pour communiquer et partager aussi.

0

À propos de l'auteur

Lorsque le dernier oiseau se sera tu, personne ne s’en apercevra, dans le brouhaha des villes peut-être un arbre frémira-t-il ? Je me souviens de mon père, dans mes souvenirs d’enfance, je le vois toujours bleu, du bleu de la bouillie bordelaise avec laquelle il sulfatait la vigne. Je me souviens de lui, pleurant derrière la vitre du salon, quand la grêle anéantissait une année entière d...

Réputation
Découvrir la biodiversité #1f6929 decouvrir-la-biodiversite 9
Patrimoine naturel #81A23E patrimoine-naturel 9
Ménagement du Territoire #D05D10 menagement-du-territoire 9
Cadres institutionnels #B36281 cadres-institutionnels 9
Économie et Biodiversité #723DC4 economie-et-biodiversite 9
Transition écologique #168DBE transition-ecologique 14

Ses derniers articles

Powered_by_tinkuy