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Toutes les sciences sont à discuter

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Publié dans
le 12.10.12
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Toutes les sciences sont des sciences sociales.

En prenant cette position, la Confédération CFDT, lors des assises de la Recherche en 1981-1982, ne faisait que clarifier son approche développée dans le livre de 1977 sur les dégâts du progrès.

Il y a certes une trajectoire entre les sciences et le progrès, cette trajectoire n’est pas simple. Mais avant d'en débattre, il faut préciser l’amont des sciences.

Un pays, un groupe de pays font des hypothèses sur les sciences à développer, dans un univers à ressources financières de plus en plus limités, l’investissement dans les sciences ne peut se faire dans l’éparpillement. Il y a déjà là un débat politique. Il est difficile à mener pour nos élus et encore ( quoique ?) plus pour les citoyens. Mais il est vrai que l’on ne gagne pas une élection sur les orientations de la science. Les lieux de débats existent, mais ne fonctionnent que rarement sur  les objets scientifiques, mais sur les moyens. En tant que membre du premier CSRT, sous l'union de la gauche, on ne débattait pas des orientations sauf par le biais de programme étatique, dits programmes mobilisateurs, une fraction petite des moyens des recherches publiques et privées.

Les débats publics  sont souvent autour  des grands équipements, dans un contexte de lobbies. Ainsi ITER est né, sans que l’on sache maintenant, si le projet est faisable, pas uniquement sur le plan financier, mais aussi sur le plan de la physique des matériaux.

Les débats organisés sous la responsabilité de la commission nationale des débats publics sont nécessaires, mais demandent beaucoup de temps et d’écoute. Ce n’est pas toujours possible.

Ainsi l’ouverture des échanges sur les nanotechnologies se sont heurtés à des blocages physiques. Sans que cela n’empêche les industriels de continuer à produire.

Une science, toutes les sciences, structurent une société.  Même les plus fondamentales. Notre dernier prix Nobel de physique pense que le travail de son équipe peut déboucher sur un ordinateur quantique rendant ainsi les calculs d’une précision quasi-illimitée. Est-ce utile ?

La notion de temps qui submerge notre vie dans l’instantané doit-elle aller au-delà de nos connaissances actuelles ? Pour un fondamentaliste, mon observation est celle d’un ignorant, mais pour un décideur, elle doit être un des paramètres de choix.

Le débat violent sur la transgénèse montre aussi son caractère politique, sociétale. Faut-il accélérer les mutations de la nature ? On peut avoir une vision douce de la nature, celle d’une sérénité à préserver. C’est un choix social.

Sur le méga virus, il y a aussi sujet à discussion, fallait-il le faire ? Si l’on excepte l’utilisation militaire, grande inconnue, on peut se dire que cette étape peut nous permettre de nous préparer à une mutation du H5 N1 à l’humain. Mais, le décideur doit avoir en main les enjeux.

Selon, les cultures des sociétés, les rapports au vivant sont différents. Les religions ont toujours un avis sur ces sujets, est-ce sain qu’un comité national d’éthique donne une place aux religions ?

On pourrait multiplier les exemples. Reste à traiter la question de la trajectoire entre science et progrès. On vit encore sur une conception univoque du progrès. C’est bien ou c’est mal.

L’option communiste levée, on voir fleurir les sectes. Le créationnisme a un poids considérable aux USA. Là le débat est impossible. Je ne qualifie pas cette situation d’obscurantisme, car  on rentre dans un monde porté par un autre sens de la raison. C’est alors un choix politique, qui n’est pas le mien, que je combats, mais le  suffrage universel doit trancher.

Ces quelques exemples poussent à penser que toutes nos sciences sont sociales  dans la mesure où elles donnent un sens à l’avenir incertain de nos sociétés.

Si l’on admet que nous avons atteint les limites d’exploitation des ressources physiques de notre planète, il faudra bien réorienter nos recherches. Il faudra alors redoubler de rigueur, d'éthique.

JP BOMPARD

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À propos de l'auteur

ex-directeur de Laboratoire INRA, économiste, ex président de l'institut de recherche économique et sociale, ex membre du bureau du CNIS, négociateurs des Grenelles de l'environnement et de la mer, membre du CEDD et de la CNDP. Vice-président d’Humanité et Biodiversité.

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