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Voyage au pays des trognes

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Publié dans
le 20.05.17
Trogne

Une promenade dans le bocage manceau

A quelques kilomètres de nous, parfois moins, vit une flore et une faune insoupçonnées. Tout est là pour qui sait observer, sans bruit, écouter, ouvrir les yeux.

Depuis des années les haies entre les champs sont coupées, les trognes disparaissent, le paysage est uniformisé. C’est l’impression que j’avais, qu’il restait de moins en moins de zones sauvages, d’espaces où rêver.

Et puis, alors que je passais les fêtes chez mon père dans ma maison natale, je me suis réveillé un matin à l’aube après une nuit remplie de cauchemars. Toute la maison était endormie, j’ai pris mon appareil photo et je suis sorti. J’ai marché sur une petite route, il faisait froid, le jour se levait tout juste sur les champs encore couverts de givre. J’ai marché sur cette route que j’avais déjà parcourue des centaines de fois, et sur laquelle je serais resté en temps ordinaire . Peut être avais je envie de me perdre ce jour là, quand j’ai emprunté un chemin de traverse. Juste un chemin entre deux champs, bordé de trognes torturées, des passages sous des tunnels de ronces. Un arbre enfin, le plus bel arbre peut être qu’il m’ait été donné de voir, qui subitement m’a rappelé des souvenirs d’enfance, les jeux dans les arbres qui bordaient le terrain de mes parents, des arbres courts et épais, creux et remplis de vie. Cet arbre est un monument, je vois un visage sur son tronc, grotesque et déformé mais néanmoins magnifique.

Je me suis promis de revenir le voir avec ma famille au printemps, lorsque les arbres seraient en fleur. Alors en avril dernier j’ai emmené tout ce petit monde en promenade sous prétexte d’aller chercher des écorces de bois mort pour habiller des nichoirs.
Nous avons parcouru des kilomètres dans un corridor de verdure entre les prés. Nous avons vu des fauvettes, des mésanges charbonnières et des mésanges bleues. Nous quittions un rouge-gorge pour en retrouver un autre quelques centaines de mètres plus loin, qui nous regardait en chantant du haut de son perchoir. Des pouillots se faufilaient entre les branches de haies d’épineux impénétrables, fuyant devant mon appareil photo, toujours à la limite de mon champ de vision.

L’arbre était là, toujours aussi imposant. A ses côtés un autre mastodonte complètement creux, rempli de terreau, d’araignées et de fourmis.
Nous avons quitté le couvert des bois, croisé un couple de ragondins qui paressaient au bord d’une mare, puis parcouru un dernier corridor végétal sous le regard des mésanges.

Les haies disparaissent, année après année, mais il existe encore, je l’espère, de nombreux endroits comme celui-ci, il existe encore des municipalités disposées à entretenir un réseau de chemins pour quelques promeneurs ou rêveurs, préservant ainsi tout un écosystème.

Tout est là pour qui sait observer, sans bruit, écouter, ouvrir les yeux.

Commentaires

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2017-05-20 23:02:02 +0200

Très bel article sur les trognes pour aller plus loin:
http://www.humanite-biodive...

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2017-06-21 10:39:11 +0200

Ah ces chemins creux de mon enfance qui me reviennent en écho à votre publication. Ces arbres courbés par les vents, protégeant de la pluie le passant embourbé. Ces mûres qui vous tachent les doigts et les lèvres. Tiens, ce blaireau qui coincé entre les murs de végétaux de part et d'autre, court devant vous, soulevant ses pattes postérieures de plantigrade. Ce renard qui file, flèche rousse, cet écureuil qui bondit, mirage roux, ces champs de céréales tout aussi colorés de rousseur. Que de couleurs que de bonheur, que de souvenirs aussi. Car le remembrement est passé par là. La terre glisse vers le bas, plus rien ne la retient. Le chemin est devenu une route bien goudronnée, bien comme il faut. Le vent s'engouffre et parait-il on entend des plaintes dans certaines fermes, quand on ne sait pas assumer ses choix et qu'on se laisse tenter par les subventions agricoles pour produire plus... Nous avons là une humanité qui ne sait pas très bien ce qu'elle veut ou qui ne sait plus très bien ce qu'elle est au sein d'une nature dont elle est pourtant tellement dépendante.

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À propos de l'auteur

Quelques plantes en plus, une nature laissée libre de s'exprimer, des nichoirs et en trois mois mon jardin s'est transformé en oasis. Mon seul but est de faire partager tous les petits moments de bonheur qui se déroulent sous mes yeux dans ce petit espace grâce à mes photos et quelques articles, et pourquoi pas susciter des vocations !

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