Dans la boucle de la Loue, au cœur du Jura
Publié le 29/09/2026
Naturaliste depuis toujours et raconteur d’histoires du vivant dans la Revue Salamandre, dont il est le rédacteur en chef depuis quelques années, le jardin de Jean-Philippe est sa principale source d’inspiration. Ni immense ni minuscule, il s’étend sur 20 ares, en bordure de village, et à proximité immédiate de la forêt. C’est en apercevant deux huppes décoller au pied du panneau « à vendre », en 2007, qu’il a su qu’il devait l’acquérir… Découvrons dans le portrait de ce mois-ci un réservoir de biodiversité des plus riches.
Tout est pensé chez nous comme une oasis de nature, alors quoi de plus logique que de rejoindre le réseau ? Ce terrain pentu descend de la bordure forestière jusqu’à la route du village en passant par un parc avec deux chèvres, une mare, des arbres fruitiers, des pierriers anciens et d’autres reconstitués, des potagers, des aromatiques… Le tout longé par une grosse haie champêtre ancienne, marquant à l’Ouest la frontière avec un grand pré régulièrement fréquenté par des chevaux comtois. À l’Est, notre voisine accepte l’absence de limite marquée avec sa belle prairie maigre, très fleurie, et ses arbres fruitiers.
Historiquement, mon terrain était un immense foncier qui fût autrefois fréquenté par des chevaux et des moutons. Le pâturage et la richesse en fumier l’avaient quelque peu endommagé. Lorsque je l’ai acquis, j’ai eu longtemps beaucoup de pissenlits et de pâquerettes, sans plus de diversité floristique. À force de travail, j’ai créé des microclimats ayant ensuite permis l’installation de deux espèces d’orchidées. Le sauvage alentour gagne peu à peu du terrain, à ma plus grande joie. Nous sommes entourés d’aubépines, de cornouillers ainsi que d’érables, à partir desquels je laisse pousser une haie grâce aux rejets qui reviennent chaque année. La haie champêtre mesure 8 mètres de haut, et nous permet dès 16 heures de bénéficier de son ombre. Elle est un vrai corridor écologique : les écureuils ne passent que sur elle. Je découvre souvent des noisettes croquées sous mon noisetier. Malheureusement, mes frênes sont en train de mourir d’une maladie exotique, mais je donne leurs rejets à manger à mes chèvres, et je réutilise leur bois mort soit pour apporter des ressources aux espèces saproxylophages, soit pour chauffer la maison l’hiver. Le bâtiment est d’ailleurs lui aussi pensé écologiquement : en effet, l’isolation est en paille.
La haie champêtre
Depuis 2009, je note tout ce que je peux. La liste serait trop longue. Mais cette passion pour la nature me vient de l’enfance, lorsque depuis le jardin de mes parents je m’intéressais de près aux oiseaux migrateurs. Depuis, mon intérêt s’est élargi à la faune de façon générale, bien que je préfère étudier les choses avec un regard global, plutôt au niveau des interactions et des échanges que dans une approche taxonomique.
Les oiseaux passent dans la vallée, je guette les cigognes noires, les bondrées apivores, les milans, les sept espèces de pics de plaine, les guêpiers, les harles bièvres… Côté reptiles, la couleuvre d’Esculape, la verte et jaune et l’helvétique habitent le jardin, tout comme l’orvet, le lézard à deux raies et bien sûr le lézard des murailles. En ce qui concerne les amphibiens, le triton palmé, la salamandre tachetée, la grenouille rousse, le crapaud commun et même la rainette verte (disparue désormais) passent par là également.
Couleuvre esculape
J’estime que la diversité en insectes doit approximer son potentiel maximum, grâce à la diversité d’habitats, secs, frais ou humides, aux contrastes de lumière entre pierriers exposés et sous-bois, ainsi que malheureusement à la quantité de bois mort fournie par les frênes malades de la chalarose… Je me suis focalisé sur les hétérocères (papillons de nuit) pendant 3 ans, recensant plus de 500 espèces dans le jardin ! C’était fabuleux. J’ai arrêté pour les laisser tranquilles et pour préserver mes yeux des lampes à UV utilisées pour l’inventaire.
Du côté des mammifères, l’écureuil, le hérisson et le renard sont des hôtes quotidiens. Plus discrets, le loir, les mulots et campagnols divers, et surtout le muscardin (enfin confirmé cette année au piège photo) s’animent la nuit. Martre, fouine, blaireau, hermine, chat forestier, lièvres, chevreuil, chamois et sangliers sont déjà passés. Sérotine et pipistrelle habitent sur la maison, tandis que le grand rhinolophe vient chasser le long de la haie. Une famille de lynx est venue aussi, mais il faudrait des quantités déraisonnables de pages pour décrire ce moment incroyable. J’ai pu immortaliser ces instants, grâce à un piège photo m’ayant montré cette petite famille faisant la sieste dans le jardin.
Côté domestique, nous accueillons deux chèvres et trois poules. Les premières alimentent le potager en fumure, régalent les enfants de leurs cabrioles et entretiennent la végétation en silence et sans moteur. Les secondes grattent ici ou là et nous donnent des œufs. Le chat « des enfants », sujet à débat, est particulièrement sage avec la faune sauvage. Et c’est tant mieux !
Guêpier d’Europe
J’essaie de mettre en place, en plus de l'éco-pâturage, un maximum de pratiques agroécologiques dans mon Oasis Nature. On pourrait même se demander en passant devant la maison si elle est abandonnée, tant la nature y reprend doucement ses droits ! Certains coins sont en friche et accueillent les insectes de fin d’été, les fauches sont très rares, je fais des petits chemins autour du potager seulement pour en faciliter l’accès. Celui-ci est bien entendu géré sans pesticides, ce qui nous a valu de nombreux déboires suite aux sécheresses ainsi qu’aux campagnols et insectes ayant souhaité s’y régaler. Cette vulnérabilité aux aléas de la nature m’a fait prendre conscience des problématiques ayant touché au cours des siècles les populations de paysans. Pour solutionner mon problème, j’ai eu recours à des huiles essentielles et du savon noir. Au sujet des campagnols, je ne comprends pas encore comment je pourrais leur réduire l’accès au potager, d’autant plus que leurs prédateurs sont nombreux dans les parages. Il me semble que c’était une bonne année pour les populations de rongeurs !
La mare que j’ai aménagée n’a pas tenu cette année : le terrain ne lui est pas favorable car il s’agit d’un sol calcaire et en pente, mais sans aucun doute la sécheresse ne lui a pas facilité les choses.
Les pierriers que j’ai disposés dans mon Oasis Nature à destination des lézards ont bien fonctionné l’année passée, et leur ont permis de coloniser le jardin. Ils ne sont cependant pas revenus cette année : je pense que cette absence est due à la pile de bois que j’ai placée à côté récemment, ayant sûrement apporté de l’humidité qui leur aura déplu. J’apprends ainsi directement au contact ce qu’il est judicieux ou non de mettre en place pour la biodiversité !
Lézard à deux raies
J’ai quatre enfants. Durant la jeunesse des aînés, par mon travail d’ornithologue à la LPO, j’ai souvent voyagé ce qui ne m’a pas permis de leur transmettre autant que je l’aurais voulu ma passion pour la nature. J’ai la chance pour mon petit dernier d’exercer désormais mes fonctions en télétravail, ainsi nous pouvons partager ensemble sur ce sujet. Il joue beaucoup dans le jardin, et est très connecté à la nature, il s’intéresse par exemple aux insectes. Il me fait penser à l’enfant que j’ai été. Nous échangeons également ensemble à propos des pratiques écologiques, de la sécheresse, de la gestion des eaux, du cycle des saisons, ou encore des risques routiers concernant les traversées d’animaux.
Vous aussi, créez un véritable refuge pour la biodiversité chez vous et inscrivez-le à notre Réseau Oasis Nature. En vous inscrivant, bénéficiez de nombreux conseils d'une communauté de 1 800 membres engagés partout en France, participez à nos événements (concours photo, rencontres, conférences, etc.), accédez à nos fiches pédagogiques sur les espèces faune et flore, et cartographiez votre Oasis Nature sur notre carte de géolocalisation !
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