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Présidentielles : notre lettre ouverte aux deux candidats

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Présidentielles : notre lettre ouverte aux deux candidats

Madame, Monsieur,

Vous allez solliciter nos suffrages, dans le cadre du second tour de l’élection présidentielle, pour accéder à la plus haute fonction de l’Etat. L’érosion rapide et préoccupante de la biodiversité et les dérèglements climatiques, ainsi que les conséquences néfastes de ces phénomènes pour les humains, en particulier les plus démunis de nos compatriotes, figurent parmi les dossiers majeurs qu’il vous appartiendra de gérer si vous êtes élu-e.

Notre association Humanité et Biodiversité œuvre depuis de nombreuses années pour protéger cette biodiversité des multiples pressions qu’elle subit et pour promouvoir un usage responsable et équitable des biens et services qui en dépendent et dont nous bénéficions. C’est pourquoi nous avons souhaité dans cette lettre ouverte vous rappeler nos préoccupations et nos propositions dans ce domaine, à l’aune desquelles nous pourrons juger non seulement vos déclarations et vos engagements dans les prochains jours mais, surtout, les actions concrètes que vous mettrez en place si vous accédez à la Présidence de notre République. Vous trouverez en annexe la liste de nos priorités, que nous vous avons déjà communiquées avant le premier tour de l’élection. La présente lettre fait référence à ces priorités en citant leur numéro (P1 etc.)

Notre première préoccupation est celle de l’exemplarité de l’action de l’Etat. Nous attendons que vous mettiez fin à la production par les services de l’Etat de textes réglementaires manifestement contraires aux lois en vigueur et à nos engagements européens et internationaux. Ces textes, hélas nombreux dans le domaine de la biodiversité, nous obligent à ester en justice, souvent avec succès, pour faire respecter le droit, alors que c’est au Président de la République qu’il incombe de le faire. Pour prévenir ce phénomène, en supposant (peut-être naïvement) que ces illégalités proviennent de suggestions mal préparées par les services de l’Etat, nous proposons en particulier une formation systématique de tous les agents de l’Etat, dès leur recrutement, aux enjeux de la préservation de la biodiversité (P9).

Notre deuxième préoccupation est de mettre en place des mesures vraiment efficaces pour mettre fin aux pressions qui affectent la biodiversité et, en amont, à leurs déterminants économiques. Cela passe, en particulier, par le respect et la déclinaison concrète, dans tous les territoires, de l’objectif de « Zéro Artificialisation Nette » (P4), par une politique budgétaire et fiscale mettant fin aux subventions les plus dommageables à la biodiversité (P7) et par une loi de finances garantissant des ressources adéquates et pluriannuelles pour la biodiversité (P8), s’inspirant du modèle, qui a montré son efficacité depuis plus de 50 ans, des Agences de l’eau.

Il nous importe également que l’Etat assure une bonne gestion des milieux naturels riches en biodiversité et veille à favoriser l’accès de tous à ce patrimoine commun de la Nation. C’est le cas des forêts, en particulier des forêts publiques, qui ne sauraient être gérées dans une vision de rentabilité à court terme privilégiant la production de biomasse aux détriments des multiples autres services écologiques qu’elles assurent (P6 et P13). C’est également le cas de la faune sauvage, à laquelle il convient de conférer un statut de protection juridique identique à celui des espèces domestiques apparentées (P3) et pour laquelle un dimanche sans chasse contribuerait à une cohabitation apaisée entre les chasseurs et les autres usagers de la nature (P2). C’est enfin l’enjeu d’une meilleure gestion de la mer et des milieux littoraux, pour y limiter l’artificialisation et développer des aires marines sous protection forte (P14 et P15).

Au quotidien, l’accès de tous les citoyens à une alimentation de qualité, produite dans le respect de l’environnement, est aussi pour nous une préoccupation majeure parce qu’une telle politique combine un objectif environnemental, un objectif de santé publique et un objectif social Nous proposons pour cela la mise en place d’un « chèque alimentation durable », permettant aux plus démunis d’accéder aux produits de l’agriculture biologique de notre pays (P1).

Mais, plus globalement, c’est toute l’agriculture qui doit continuer à s’engager dans la transition, difficile mais indispensable, vers l’agroécologie. Au-delà des crises et des mesures temporaires qui peuvent s’avérer nécessaires, cette transition doit être encouragée par l’Etat dans une perspective à long terme. La nouvelle politique agricole commune constitue dans ce domaine une opportunité qu’il serait inadmissible de ne pas saisir, comme l’Union Européenne nous y invite à travers l’élaboration de Plans stratégiques nationaux. Principal pays agricole de l’Union et exerçant actuellement sa présidence, notre pays se doit d’être exemplaire.

Autre préoccupation du quotidien, la santé de nos compatriotes doit désormais s’inscrire dans une vision intégrée « Une seule santé », prenant en compte les multiples interdépendances entre la santé des humains, celle de nos animaux domestiques et de nos végétaux cultivés et le bon état des écosystèmes. Nous attendons de vous la traduction, à travers une Loi, de cette nouvelle vision globale de la santé, dont la récente crise de la Covid a montré la pertinence (P13).

La politique énergétique des prochaines années constitue également pour nous un enjeu majeur, dans un contexte où une relance éventuelle d’un programme de production d’électricité nucléaire n’apportera aucune solution avant au moins une décennie. Outre le maintien, et même l’augmentation du chèque énergie pour les plus démunis (P10), nous souhaitons voir se renforcer les incitations à la sobriété énergétique, en particulier à travers la rénovation des bâtiments (P5). Nous souhaitons en outre qu’un véritable débat démocratique soit mis en place pour discuter de ces choix énergétiques. Ces choix engagent en effet nos concitoyens, mais aussi les générations futures et il est indispensable de les examiner dans l’ensemble de de leurs conséquences écologiques, mais aussi politiques, sociales et environnementales (P11 et P12).

Enfin, nous considérons que toutes les évolutions que nous souhaitons ne pourront se faire qu’à travers un dialogue étroit avec nos partenaires européens, qui ont à faire face aux mêmes défis et partagent avec nous le même attachement à la démocratie, à la paix, et à un développement vraiment durable. Nous attendons donc de vous, à nouveau, une exemplarité dans ce domaine.

Nous sommes bien sûr prêts à dialoguer avec vous autour de ces propositions qui, nous l’espérons, retiendront votre attention.

Bernard Chevassus-au-Louis, Président d’Humanité et Biodiversité

Les 16 propositions d'Humanité et Biodiversité

Pour les présidentielles et demain les législatives :

Proposition 1 : Instaurer une aide alimentation durable bio et locale d’un montant mensuel estimatif de 50 euros pour les personnes les plus défavorisées

Proposition 2 : Interdire la chasse un jour par semaine (le dimanche) et deux pendant les vacances scolaires

Proposition 3 : Reconnaître, en droit français, l’animal sauvage « être sensible »

Proposition 4 : Interdire toute artificialisation des terres tant que des réhabilitations ou friches commerciales, artisanales ou industrielles sont possibles dans l’enveloppe urbaine existante et faciliter la réhabilitation de ces friches

Proposition 5 : Faciliter la rénovation des bâtiments existants et ralentir la construction de nouveaux logements individuels

Proposition 6 : Assurer un encadrement et un contrôle plus strict de la gestion forestière quant à la préservation de la biodiversité, notamment en évitant les plantations mono-spécifiques et en protégeant mieux les forêts à forte ancienneté et à pleine naturalité

Proposition 7 : Supprimer les subventions les plus dommageables à la biodiversité d’ici à 2025, en particulier dans les domaines de l’urbanisme, de l’agriculture, de la pêche et des transports et les réorienter vers des activités bénéfiques pour la biodiversité et sur le plan social

Proposition 8 : Mettre en place une évaluation environnementale du projet de loi de finance afin de garantir chaque année un budget minimum pour la biodiversité dans les projets de loi de finance

Proposition 9 : Une formation aux enjeux de biodiversité pour tous les fonctionnaires

Proposition 10 : Pérenniser le chèque énergie et l’augmenter pour atteindre 200 euros pour les bénéficiaires actuels

Proposition 11 : Evaluer toutes les formes d’énergie renouvelables (biomasse, solaire, éolienne, etc.) au regard de leurs impacts sur la biodiversité

Proposition 12 : Evaluer l’énergie nucléaire au regard de leur impact sur la biodiversité, les ressources en eau et la gestion dans le temps des déchets radioactifs

Proposition n°13 : Permettre à chaque Français d’avoir accès à une forêt, un parc ou une zone naturelle à moins de 500 mètres à pied

Proposition n°14 : Instaurer une loi « une seule santé » permettant de considérer la santé humaine, animale et végétale comme un ensemble relié

Proposition 15 : Limiter l’artificialisation du littoral et du milieu marin en inscrivant des objectifs clairs dans la prochaine stratégie nationale pour la mer et le littoral

Proposition 16 : 10% de protection forte en mer et par façade maritime pour les aires marines protégées (AMP)

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