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À Monsieur le ministre du redressement productif

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le 16.01.13
Sentiers_de_randonnees(1)

Hubert Reeves, Président de « Humanité et biodiversité » a, ce jour, envoyé une lettre à Monsieur Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif. En voici a teneur:

Monsieur le ministre,

En ce début d’année, les problèmes auxquels votre gouvernement doit faire face sont nombreux, votre ministère n’est pas épargné. Ainsi votre décision concernant une mine d'or en Guyane est fortement contestée par des scientifiques connaisseurs du dossier.

Mon propos se veut le partage de pensées inspirées par certaines situations que les responsables politiques ont à prendre en compte quand elles concernent

  • -  des territoires qui ont un projet économique tout-à-fait pertinent qu’une décision prise sans eux contrarie,

  • -  des territoires de peuples autochtones, ces populations dont l’identité culturelle est distincte de la nôtre.

Dans le premier cas, comme à Saül, l’éco-tourisme est le moteur économique choisi par le village qui, à l’unanimité de ses habitants, a refusé avec une logique et une cohérence incontestables, l’installation d’une exploitation minière.

Dans le second, ces peuples se savent appartenir à la biodiversité alors que nous nous comportons comme si nous étions en dehors.

Dans les deux cas, nos décisions de développement sont des obstacles à leur propre conception du présent et de leur avenir.

Les habitants connaissent la biodiversité de leur lieu de vie. Ils veulent la défendre et pour beaucoup la protègent déjà alors que nous prenons seulement conscience qu’elle est notre assurance-vie et commençons à souscrire à l’idée de la préserver. Contrairement à nous, ils interagissent avec les autres espèces vivantes sans les faire disparaître. L’établissement de zones protégées ne peut suffire à assurer la préservation de la diversité biologique. S’il importe à nos yeux qu’elles soient respectées, il importe aux leurs que leur milieu de vie le soit, au-delà des limites administratives d’une aire de protection officielle.

Ce milieu qui est d’abord le leur, ils en connaissent et respectent les dynamiques assurant la pérennité de leur choix de vie.
Ne pourrions-nous préserver de l’orpaillage le territoire pouvant faire vivre, dans un développement durable, les villageois de Saül?

Voilà, Monsieur le ministre, le voeu que je vous présente.

Avec espoir 

Paris, le 16 janvier 2013

 

Photo d'illustration: Sentiers de Saül. Situation géographique. A 204 mètres d'altitude, ...

cg973.fr

Commentaires

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2013-01-16 17:32:06 +0100

Merci pour votre soutien et pour le respect que vous avez des peuples. Ce sont des arguments peu entendus dans ces débats, espérons qu'ils soient écoutés.

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2013-01-16 21:25:56 +0100

Déjà le 3 décembre 2003, Hubert Reeves avait écrit à la Ministre de l'environnement. A l'époque c'était la Montagne de KAW qui était menacée.

Madame la ministre,

Je voudrais attirer votre attention sur un territoire français qui revêt aujourd’hui une importance particulière : la Guyane.
La base de lancement de fusées et de satellites de Kourou en Guyane est une fenêtre , à l’échelle mondiale , des hautes capacités scientifiques et technologiques de la France. J’ai eu l’occasion de la visiter et, comme tous mes collègues scientifiques, j’en suis resté profondément impressionné.
Elle est d’ailleurs admirée par l’ensemble du monde des astrophysiciens et astronautes. Ses nombreuses réussites ont joué des rôles importants dans les avancées de la connaissance.

Il importerait, me semble-t-il, que la Guyane devienne également une fenêtre française d’excellence sur le plan de l’environnement. La France a la chance de posséder là un des territoires les plus riches en biodiversité de la planète. Ce pays prolongeant l'Amazonie, possède une des cinq forêts vierges restantes dans le monde, elle héberge une très grande quantité de plantes et d’animaux plus admirables les uns que les autres (oiseaux magnifiques et menacés dans le monde).

Vous connaissez comme moi l’ampleur du projet, face aux problèmes de chasse sans contrôle et d’orpaillage que ce pays connaît aujourd’hui. Un tel projet me paraîtrait cadrer parfaitement avec les mots exemplaires de notre président Jacques Chirac à Johannesbourg. La Guyane pourrait devenir cette double fenêtre où les efforts technologiques pour explorer l’univers et les efforts écologiques pour sauver la planète se manifesteraient ensemble au reste du monde Et elle serait digne du Pays des Droits de l’Homme.

Hubert Reeves

Commentaire:
Le Président de la République, Nicolas Sarkozy, a ultérieurement décidé de ne pas donner une suite favorable au projet

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2013-01-17 11:26:02 +0100

Merci de défendre les sans voix qui constituent la biodiversité...Il est grand temps de déclarer les ressources naturelles "patrimoine de l'humanité" et je ne peux qu'apporter mon soutien à votre soutien...

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2013-01-17 11:47:06 +0100

Je rajouterais juste une pointe d'humeur les brigands disent ''l'or ou la vie" là ils nous prennent et l'or et la vie...

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2013-01-17 12:03:52 +0100

Le magazine 20 minutes a publié la lettre de Hubert Reeves
http://www.20minutes.fr/art...

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2013-01-17 13:43:37 +0100

Je suis tout-à-fait d'accord avec la lettre de Monsieur Reeves au ministre du ministre du redressement productif. Un "redressement productif" ? Pour moi, cela devrait d'abord être la restauration de notre planète dans sa beauté initiale. Et à ce niveau-là, les peuples premiers auraient beaucoup de choses à nous apprendre. L'or ne se mange pas. L'or n'a que la valeur que nous lui donnons alors que la vie, elle, n'a pas de prix. Laissons cette région vierge de notre présence et laissons les peuples premiers en prendre soin, ce que nous serions incapables de faire.

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2013-01-17 18:47:52 +0100

Je voulais juste me manifester pour remercier chaleureusement Monsieur Hubert Reeves pour cette intervention. Sa voix, qui porte, est celle de la raison, celle du respect des peuples, celle des intéractions positives avec notre environnement et la biodiversité à laquelle nous appartenons. Nous sommes tous reliés. Sur le plan scientifique comme au sujet de son expérience personnelle, il est inconcevable que son opinion ne soit pas entendue. Les dégats causés par ce type de projet sont peu examinés auparavant et il serait fort dommageable de les négliger. Il faut savoir raison garder et éviter tout projet de nature à nuire à l'environnement, ses habitants humains ou non humains, pour se tourner vers une voie plus apaisée, plus respectueuse de notre planète. Merci à vous, Monsieur Reeves.

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2013-01-18 10:55:59 +0100

Tout à fait d'accord avec les propos de Viviane Tits. Et j'ajoute: "Assez de dégats ! Prenons conscience que la richesse n'est pas l'argent ! Mais notre Planète, la Nature, les Etres humains, les animaux, tout ce qui est vivant. Cessons de détruire, ce qui nous fait vivre, ce qui fait que nous sommes en vie ! ! ! " Merci, Monsieur Reeves

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2013-01-18 11:48:54 +0100

Nous avons la chance en outre-mer, de voir s'épanouir des forêts tropicales, dans l'ensemble assez peu connues et dont les richesses, tant environnementales que médicinales, restent à découvrir. Ces riches écosystèmes (la concentration en espèces tant végétales qu'animales par hectare est extrêment élevée et diversifiée) sont fragiles: dans les îles où nous devons entre autres, lutter contre la redoutable dynamique d'Espèces Exotiques Envahissantes et penser à l'aménagement de notre territoire en tenant compte de nos forêts, pitons, cirques et remparts. Sur les continents, notamment en Guyane, la forêt est soumise à de fortes contraintes économiques peu souvent en adéquation avec la réalité du terrain et à la présence de populations habitant et connaissant ces forêts. L'exploitation tant du sous-sol que des forêts conduit à une érosion intense où la forêt a bien du mal à reprendre sa place (je pense, près de chez nous au dramatique problème du déboisement à Madagascar: à chaque saison des pluies, des pans entiers de terre rouge de l'intérieur de la Grande Ile partent à la mer , terres vides et devenues stériles suite à des déboisement par incendie -pour les besoins de l'agriculture sur brûli et en charbon de bois, principale ressource énergétique à Madagascar)... C'est également et surtout faire fi des personnes qui depuis des millénaires vivent dans et avec la forêt. Forêt qu'elles pourraient nous faire découvrir avec leur propre regard... Nous en sortirions enrichis... Sur le long terme... Bien plus sans aucun doute qu'en ayant récolté de l'or, de toutes façons condamné à être "consommé" sur un très court terme.... Penser loin, c'est penser à nos enfants et petits-enfants...

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2013-01-18 15:37:19 +0100

Mais cet espace de raison peut-il exister? Lors du grenelle de l’environnement le président Hubert Reeves avait déjà demandé l'arrêt de la destruction et avec succès.
Mais en politique la mémoire n'existe pas ::

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2013-01-18 17:13:14 +0100

Sur un site consacré à l'Or et l'Argent.http://www.loretlargent.inf...

Guyane : l’élan de l’industrie minière, mais un manque d’or vert

L’or n’est pas encore au vert en Guyane. Cette semaine, la compagnie minière Boulanger a reçu une autorisation d’exploiter un site. Dans le même temps, la société Rexma connaît des difficultés avec un gisement proche d’une zone protégée. Cela montre la difficile situation de la Guyane : les réserves d’or existent, mais les milieux exceptionnels de la forêt amazonienne doivent être protégés.

Les deux annonces ont été faites à quelques jours d’intervalle. Mercredi 16 janvier, la compagnie minière Boulanger a reçu l’autorisation d’exploiter un gisement près de Saint-Laurent du Maroni. Cette même semaine, la compagnie Rexma a vu son projet d’exploitation gelé par le ministère du redressement productif. Le gisement visé par Rexma est situé à côté du village de Saül, sur la rivière Limonade. Et il soulève des interrogations sur le devenir d’un lieu protégé, à l’entrée du parc national amazonien.

Des réserves estimées à 200 tonnes d’or

Cette complexité guyanaise illustre bien les difficultés de l’exploitation aurifère. La production d’or a bondi et les réserves de la Guyane sont estimées à 200 tonnes. « Il y a une recrudescence des demandes de permis de recherche« , reconnaît d’ailleurs Denis Labbé, préfet de la région dans le journal les Echos.

En 2006 déjà, les règles environnementales avaient été durcies. Pour lutter contre l’orpaillage clandestin et encadrer les exploitations autorisées, une cartographie des zones exploitables a été établie en 2012. Le gisement de Rexma est d’ailleurs situé hors de cette zone.

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2013-01-19 10:18:00 +0100

L' Agence France Presse cite le voeu de Hubert Reeves dans sa dépêche du 18 janvier 2013

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2013-01-19 11:10:49 +0100

Arnaud Montebourg a annoncé qu'il souhaitait « recevoir les élus et les associations pour la protection de l'environnement qui ont fait connaître leurs inquiétudes vis-à-vis de ce projet » . Une réunion de travail sera donc organisée « au ministère du Redressement productif, en lien avec le ministère des Outre-mer et le ministère de l'Écologie".

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2013-01-19 17:26:58 +0100

Saül est un village merveilleux, une île de verdure perdue au milieu d'un océan de forêt vierge.
Les gens y sont charmants, accueillants, respectueux de leur environnement qui d'ailleurs les fait vivre.
Un projet industriel à cet endroit est simplement inconcevable.

Certains disent que c'est important pour le développement économique. Peut être pendant 3 ou 4 ans, les mineurs s'approvisionneront au village, mais ensuite ils le quitteront, laissant à la postérité la cicatrice béante de la mine.
Il faut 30 à 50 ans pour reconstituer un embryon de forêt secondaire, mais 500 à 600 ans pour qu'elle retrouve son aspect primaire.
Il y a 600 ans, nous n'avions pas découvert les Amériques...

D'autres disent : 80% de la Guyane est déjà protégée. les guyanais n'ont pas à recevoir de leçons des métropolitains. C'est vrai. Mais Saül est le seul endroit accessible au grand public où la forêt primaire est directement accessible. Sur le littoral et le long des fleuves - dans les lieux où il y a du monde qui habite - il ne s'agit qu'exceptionnellement de forêt primaire, mais surtout de forêt secondaire.
A Saül, dès que l'on dépasse les abattis et jardins qui entourent le village, on arrive directement dans une forêt primaire. A moins de 10 mn de marche, on commence déjà à rencontrer des arbres gigantesques dont la taille et la démesure interpellent.
Pour les animaux, il faut aller un peu plus loin, quoique, lors de mon premier voyage à Saül, je me suis retrouvé au beau milieu d'un troupeau de pécaris, à 5mn de l'aérogare.
Les forêts primaires sont en grand danger de disparition. A tel point, que le botaniste, Francis Hallé, avec le cinéaste Luc Jacquet, on décidé de réaliser un film pour garder une mémoire pour la postérité de ce que furent ces forêts primaires. Nous avons la chance, sur le territoire Français d'en avoir une, facilement accessible, à Saül.

C'est un privilège, c'est aussi une responsabilité.

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2013-01-20 10:07:52 +0100

Il faut respecter la diversité, naturelle mais aussi culturelle
Article écrit par Hubert Reeves et Pierre-Michel Forget, et publié dans le quotidien Le Figaro, le vendredi 7 septembre 2007. http://goo.gl/Cd9EL
Cet article a un lien direct avec l'un des deux cas cités par Hubert Reeves dans sa lettre au ministre.
Il était cité sur un site guyanais
http://www.blada.com/jodlas...

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2013-01-20 11:02:08 +0100

Il faudrait
une nouvelle expertise scientifique comme pour Cambior à Kaw en 2007. http://documentation.outre-...

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2013-01-20 11:49:21 +0100

Une nouvelle expertise plurielle est nécessaire, elle relève du ministère de la recherche, en liaison avec les autres ministères.
On pourrait alors discuter des équivalents, or vert, or jaune.
L'emploi ne peut être le seul argument.

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2013-01-22 21:40:30 +0100

Je suis bien d'accord, une nouvelle expertise sera nécessaire. Mais à mon sens, le problème est bien plus profond.
Ce secteur, par bien des aspects de la biodiversité, est l'un des mieux connu de la Guyane. De nombreuses monographies existent déjà, même des ouvrages de vulgarisation.
Certains acteurs économiques nous disent que pour faire progresser nos connaissances, il est important que les permis de recherche minière soient attribués. Ceci permet de connaître précisément les ressources disponibles.
Mais ensuite, comme le montre l'affaire REXMA, plus rien ne peut s'opposer à ce qu'un permis d'exploiter soit attribué : "il faut bien un retour sur investissement pour les entreprises qui font le travail de prospection..."
L'avant dernière affaire REXMA s'est terminée devant les tribunaux en faveur de la REXMA et contre l'état.
C'est la loi qui est mal faite.
Il faut impérativement réformer cette loi, ce code minier
La pression médiatique peut aider en se sens.
Mais tant que la loi ne sera pas changée, nous nous exposerons à ce genre de situation.
C'est nos députés et nos sénateurs qui détiennent les clés de ce problème.
D'ailleurs ce code minier régit la recherche et l'exploitation de l'or, mais également des gaz de schistes.
C'est le même problème.
Les mêmes causes auront les mêmes conséquences...

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2013-01-24 12:04:22 +0100

Pour informer complètement:
Un arrêté préfectoral N° 1232/SG du 08 juin 2004 Interdit l’utilisation du mercure pour l’exploitation aurifère en Guyane.
Mais en Guyane, le sol est naturellement riche en mercure natif donc même si l'interdiction d'utilisation est en effet respectée dans ce projet, l'eau utilisée sera polluée ... par le mercure.

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2013-01-24 12:26:32 +0100

C'est donc un arrêté propre à ce département?
Le protocole d'exploitation doit être accessible pour inventorier ex-ante la possible extraction de l'or et ses conséquences..
Des deux ors, je préfère l'or vert

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2013-01-24 18:04:32 +0100

La multiplicité des échanges permet de fonder un échange structurant d'un axe majeur de notre association.
Il est dans la droite ligne de la trame verte et bleue et probablement dans la cadre de santé et biodiversité.
Je plaiderais volontiers pour une identification forte de ces thèmes sans oublier la chasse de plaisir.

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2013-01-24 22:57:17 +0100

Le directeur de la REXMA à réagit violemment aux propos de Hubert Reeves. Il explique que son projet n'utilise pas de mercure, conformément à la législation française, Pourtant, il devrait savoir que du mercure natif existe en grande quantité dans les sédiments qu'il veut remuer : c'est ce mercure là qui va se retrouver dans le coeur du parc et qui va contaminer toutes les populations en aval.
L'orpailleur, même s'il n'utilise pas de mercure pour amalgamer l'or, déverse dans les eaux des quantités de mercure bien plus considérables...
Sébastien Brosse, chercheur en écologie aquatique (université Paul-Sabatier de Toulouse-CNRS) et signataire d'une des lettre de contestation contre la REXMA, souligne :«l’extraction entraînera un relargage de cette substance très toxique dans la chaîne trophique».

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2013-01-25 14:59:37 +0100

Reportage
http://guyane.la1ere.fr/201...

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À propos de l'auteur

Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. . Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son actif président d'honneur. . Humanité et Biodiversité mène une action de plaidoyer et d'influence pour faire émerger dans la société les défis posés par l’éro...

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