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IPBES, GIEC biodiversité kesako ?

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Publié dans
le 22.02.12

Le GIEC (groupe d’experts intergouvernemental sur le climat) est une instance maintenant connue, et même reconnue, puisqu’en 2007 il a reçu le prix Nobel de la Paix (conjointement avec Al Gore). 

L’acronyme IPBES est lui bien moins connu et même quand les journaux utilisent la formule « GIEC de la biodiversité » la chose reste encore un peu obscure. Qu’en est-il ? 

Le 21 décembre 2010, l’Assemblée Générale des Nations Unies, à l’issue de l’ « année internationale de la biodiversité » approuvait la création d’une plate-forme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques (dont le sigle en anglais est effectivement IPBES, pour intergovernmental platform on biodiversity and ecosystems). 

En réalité, toutefois, cette étape n’était que l’aboutissement d’un processus long et complexe, comportant une longue suite de réunions et de décisions intergouvernementales. En pratique, ce processus trouve son origine au milieu des années 2000, et le sujet est apparu dans le débat à l’occasion de la Conférence de Paris « Biodiversité, science et gouvernance » tenue au siège de l’UNESCO en 2005. La déclaration finale de cette conférence appelait à examiner plus avant le besoin d’un «  mécanisme international » chargé de fournir une évaluation scientifique des données et enjeux liés à la biodiversité, afin d’orienter utilement les décisions publiques. 

Après avoir été désigné quelques temps par un acronyme plus mystérieux encore, (IMoSEB, pour : mécanisme international d’expertise scientifique sur la biodiversité), cette réflexion collective devait prendre l’apparence d’une série de trois réunions multilatérales. La première de ces réunions s’est tenue à Putrasaya en Malaisie en 2008 (IPBES-1), la seconde à Nairobi à l’automne 2009 et la dernière à Pusan, en Corée du Sud, du 7 au 11 juin 2010 (IPBES-3). Ce dernier évènement réunissait pas moins de 200 délégués, représentant 85 pays, de nombreux observateurs et huit organisations internationales dont naturellement l’UNESCO et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), et il se concluait par une déclaration de principe en faveur d’IPBES. 

Ce processus pour le moins complexe et lent aboutit pour l’heure aux éléments suivants. Il est convenu que la future plate-forme devra mobiliser la connaissance qu’on peut avoir quant aux  solutions scientifiques pouvant être opposées aux destructions de biodiversité observées, et devra assurer le relais de ces solutions tant auprès des décideurs politiques (d’où un rôle d’« interface science-politique ») qu’à l’égard de la société dans son ensemble (« interface science-société »). Elle superviserait un système de validation des connaissances via des systèmes de revue par les pairs (peer review), sans exclure néanmoins les savoirs autochtones et locaux, pour lesquels des systèmes de validation spécifiques devront être convenus. Elle favoriserait également le financement de la recherche. 

Sur le plan de son organisation et de sa gouvernance, plusieurs pistes sont envisagées. L’organe futur devrait comprendre une assemblée plénière, un président et quatre vice-présidents. La question de son siège n’est pas tranchée mais la France a fait acte de candidature. 

La mise en place d’un organe plénier, qu’on appelle plus communément « la plénière IPBES », est d’ores et déjà une  réalité : la première session de cette plénière s’est tenue du 3 au 7 octobre à Nairobi, et une seconde session est d’ores et déjà programmée pour le mois d’avril 2012 au Panama. Pour pallier les incertitudes procédurales, c’est le règlement intérieur du conseil d’administration du PNUE qui a été adopté, à titre transitoire, lors de la première session. Un programme de travail prospectif de l’IPBES circule depuis lors, et peut être consulté sur Internet à cette adresse (ici). 

Il peut sembler quelque peu perturbant que la « plénière » se réunisse alors même que les décisions fondamentales relatives à l’organisation de ce « GIEC de la biodiversité » restent à prendre. De fait, l’adoption des « dispositions institutionnelles pour la plate-forme intergouvernementale » étaient bien le point central de l’ordre du jour de la plénière d’octobre 2011, et beaucoup de travail reste pour l’heure à accomplir. 

Humanité et Biodiversité ne manquera pas de décrire les avancées futures de ce processus ! Nous avons milité pour la création d’IPBES dès 2005, et avons hâte de la voir opérationnelle ! 

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