POPULARITÉ
2237

Le combat du siècle va-t-il vraiment s’engager ?

Éditer
Publié dans
le 15.02.20
Carte-biodiv

A l’invitation du Président de la République, j’ai participé le 12 février à un dîner réunissant au refuge du Montenvers (au-dessus de la mer de glace) une dizaine de spécialistes de la biodiversité et du climat, ainsi que les deux ministres en charge de ces questions, Madame Elisabeth Borne et Emmanuelle Wargon.

Participaient également à ces échanges quelques élus, dont le maire de Chamonix Monsieur Eric Fournier, qui avait accueilli il y a dix ans dans sa ville la conférence de lancement de la stratégie nationale pour la biodiversité 2011-2020.


Au cours de ces échanges, j’ai pu développer les messages suivants:

  • La restauration de la biodiversité et la lutte contre les dérèglements climatiques constituent le « combat du siècle ». A l’image de la politique de l’eau, initiée dans les années soixante, qui a fait la preuve de son efficacité mais qui n’a encore atteint que partiellement ses objectifs, il convient de s’inscrire dans le temps long et de jeter les bases solides d’une politique qui devra se poursuivre durant plusieurs décennies.

  • Il est possible d’agir. Il existe de multiples exemples montrant que des actions inscrites dans la durée et disposant de moyens adéquats conduisent à des résultats positifs (la protection des rapaces, le retour du castor ou de la loutre, la restauration des peuplements piscicoles…).

  • L’érosion de la biodiversité est le résultat de pressions multiples, qui perdurent, alors qu'elle n’a subi jusqu’à maintenant que les prémisses des dérèglements climatiques, qui, de toutes façons, vont s'accentuer d'ici à 2050. Ces dérèglements climatiques ne feront qu’exacerber l’impact de ces pressions. Il est donc urgent de réduire drastiquement ces pressions (sur lesquelles on peut agir) pour permettre à la biodiversité d'affronter au mieux les défis des changements climatiques.

  • Le comportement des écosystèmes sous l’effet de ces multiples pressions est difficilement prédictible dans l’état actuel des connaissances scientifiques. On sait aujourd'hui que, face à des pressions fortes (pollution, surexploitation…), les écosystèmes ne vont pas répondre de manière progressive : ils peuvent donner l'impression de supporter ces pressions sans dommages apparents et basculer brutalement dans un autre état beaucoup moins favorable aux humains (exemples de l'effondrement des pêcheries, ou des forêts devenant brutalement des sources de GES sous l’effet de la prolifération de ravageurs). On ne sait ni prédire ces basculements ni, surtout, faire facilement machine arrière une fois qu'ils ont eu lieu. Il convient donc d’appliquer le principe de précaution, c’est-à-dire à la fois de renforcer les recherches et d’agir sans attendre d’avoir acquis une compréhension fine de ces phénomènes.

  • A la différence du climat qui oblige à des politiques globales (on ne sait pas moduler le climat "local"), la biodiversité peut être traitée aux niveaux national, régional ou local avec des retombées positives à ces niveaux (fertilité des sols, qualité de l'alimentation, production de services écologiques...). On peut donc agir utilement à ces niveaux locaux et nationaux sans attendre des accords internationaux.

  • Enfin, même si la création de nouvelles aires protégées doit constituer une composante des politiques à venir, on sait que cette approche ne suffira pas à enrayer l’érosion de la biodiversité, ne serait-ce que parce que beaucoup de pressions (par exemple les pollutions atmosphériques) affectent également ces espaces protégés. L’enjeu majeur est d’insérer ces enjeux du climat et de la biodiversité au cœur même des politiques « sectorielles » (agriculture et forêts, transport et urbanisme, énergie...). Il convient donc dans un premier temps de corriger les effets néfastes de ces politiques, puis d’en faire dans un second temps des politiques « à biodiversité positive ».

J’ai le sentiment, avec les autres participants à ce dîner, d’avoir été écouté. Avons-nous été entendus ? Verrons-nous se mettre en place une politique forte et durable pour relever ces défis ? L’avenir le dira.

Mais, de toutes façons, notre association continuera à porter ces messages tout au long de cette année 2020 et à toutes occasions, car c’est au cours de cette année que se dessinera la stratégie de notre pays.

Bernard Chevassus-au-Louis
Président de "Humanité & Biodiversité"


Vidéo officielle des échanges entre le Président de la République et les scientifiques et experts, sur la Mer de Glace

Dans la vidéo ci-dessous, découvrez les témoignages du glaciologue Luc Moreau, du biologiste et président d'Humanité et Biodiversité Bernard Chevassus-au-Louis, du professeure d'anthropologie sociale Frédérique Chlous, de la secrétaire exécutive de l'IPBES Anne Larigauderie, de l'entomologiste et président de la Fondation pour la recherche sur la biodiversité Jean-François Silvain, ainsi que du maire de Chamonix Éric Fournier.

Commentaires

1
2020-02-15 17:43:26 +0100

Il faut réduire les va-et-vient des poids-lourds avec l'Italie par exemple. On leur vend de l'eau de France et on leur rachète leur San pellegrino. Niveau pollution atmosphérique, cela a un impact énorme pour un paradoxe de consommation... à méditer et à agir surtout !

1

2
2020-02-16 13:30:05 +0100

Fière que notre président Bernard Chevassus-au-Louis, éminent scientifique, ait été invité !
Dans LE MONDE:https://www.lemonde.fr/poli...
"« Nous avons tous apprécié un vrai échange sans langue de bois, lors duquel nous avons rappelé que le défi est énorme mais réalisable », résume Bernard Chevassus-au-Louis, le président de l’association Humanité et biodiversité."

2

2
2020-02-17 21:59:13 +0100

Merci PRESIDENT...Belle reconnaissance pour notre association!

2

1
2020-02-22 09:10:46 +0100

Merci à notre président d’Humanité Biodiversité d’avoir prononcé et développer ces enjeux Nationaux mais bien évidemment régionaux, départementaux et locaux.

Nous membre de cette si belle et intéressante association, nous nous efforcerons de porter toutes ces valeurs environnementales, pour la protection et le développement de cette si chère Biodiversité.

1

1
2020-02-23 18:40:52 +0100

Gouverner, c'est choisir.
j'ajouterais:
Maîtriser c'est agir volontairement pour le respect de la vie.
Construire une économie dans le respect de l'environnement.
Etre digne , intuitif, faire preuve d'humanité dans son entendement.

1

0
2020-02-23 21:06:49 +0100

Merci pour l'article. Et très belle vidéo sur le combat écologique. En espérant que ce siècle soit celui de l'éveil des consciences aux enjeux écologiques et climatiques.

0

À propos de l'auteur

Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. . Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son actif président d'honneur. . Humanité et Biodiversité mène une action de plaidoyer et d'influence pour faire émerger dans la société les défis posés par l’éro...

Réputation
Découvrir la biodiversité #1f6929 decouvrir-la-biodiversite 783497
Patrimoine naturel #81A23E patrimoine-naturel 347770
Ménagement du Territoire #D05D10 menagement-du-territoire 137411
Cadres institutionnels #B36281 cadres-institutionnels 218366
Économie et Biodiversité #723DC4 economie-et-biodiversite 41476
Transition écologique #168DBE transition-ecologique 290615

Ses derniers articles

Powered_by_tinkuy