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Le modèle des Aléoutiennes

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Publié dans
le 05.03.12
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La biodiversité n’est pas un catalogue d’espèces, type album de timbres, la biodiversité c’est avant tout des interactions, entre les espèces, entre les espèces et leur milieu. Robert Barbault du Muséum d’Histoire Naturelle parle du tissu vivant de la planète. Et si l’on touche à une maille de ce tissu, gare….Illustration avec cette histoire de loutres, d’orques, d’oursins, de poissons et de pêcheurs dit « modèle des Aléoutiennes » car c’est une exemple fameux illustrant les interactions.

Vivre, c’est manger, éviter d’être mangé et se multiplier. C’est donc interagir avec d’autres êtres vivants. Nul individu, nulle espèce, ne peut se concevoir en dehors du tissu de relations où il ou elle s’insère et qui détermine son présent et son avenir. Les écologues parlent de chaînes alimentaires ou réseaux trophiques. C’est la trame vivante des écosystèmes, de la biosphère tout entière. Avec ses interactions qui s’y exercent. Interactions de prédation, de parasitisme, de compétition mais aussi de coopération. Là est le moteur de la diversification !

A titre d’exemple, voyons ce qui se passe dans les eaux de l'archipel des Aléoutiennes au sud-ouest de l'Alaska.

Dans les années 1990 est signalé un effondrement de la population de la loutre pourtant protégée et jusque là florissante.

Que s’est-il passé ?

Aucun signe de pénurie alimentaire : les oursins dont se délecte notre loutre, sont en train de pulluler. Et pour cause : dix fois moins de loutres à s’en repaître ! Le problème est donc à rechercher de l’autre côté de la chaîne alimentaire, du côté des « ennemis ». Aucun signe de maladie ou d’épidémie, mais la présence d’un prédateur, l’Orque.

Pourquoi donc les orques en sont-elles venues à mettre les loutres de mer à leur menu – des proies de taille modeste et qu’elles négligeaient jusque là ?

Parce que les phoques dont elles avaient l’habitude de se repaître sont devenus rares dans la région, victimes de l’effondrement des bans de poissons consécutif à la surpêche pratiquée par un autre grand prédateur, Homo sapiens. Ainsi, une maille se défait et c’est le « vêtement » qui se déchire …

Côté oursins, qui pullulent depuis la raréfaction des loutres,leur surnombre a une conséquence : la forêt de laminaires, ces algues géantes qui tapissent les fonds marins côtiers et font vivre  - nourriture ou abri - quantités d’espèces, vers, crustacés, mollusques et poissons, part en lambeaux, avec un effondrement sans précédent de la biodiversité qui en dépendait, notamment des poissons dont c’est le lieu de reproduction.

Voilà ce qu’est un réseau trophique, un réseau d’interactions mangeurs-mangés complexe, où circule matière et énergie, depuis les algues qui fabriquent de la matière organique grâce à la photosynthèse, jusqu’aux grands prédateurs … et à l’Homme.

L’Homme qui a perturbé le système par sa pêche, en subit les conséquences par le bouleversement qui a suivi.

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