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Position de H&B sur les néonicotinoïdes, suite à l’avis de l’ANSES du 7 janvier 2016

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Publié dans
le 22.02.16
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Les pesticides néonicotinoïdes défraient la chronique depuis des mois eu égard à leur dangerosité
(voir par exemple, en 2015: http://www.humanite-biodiversite.fr/article-asso/signez-la-petition-pour-un-moratoire-sur-les-pesticides-neonicotinoides)

Suite au débat qui s’est tenu en marge de la loi biodiversité, le Gouvernement a saisi l’ANSES pour avis. Cette dernière a publié son rapport le 7 janvier dernier.

  En bref : 

L’association H&B retient de cet avis les points suivants :

  • 1. La confirmation du fait que ces substances présentent un danger important pour les espèces non-cibles.
  • 2. le fait que les abeilles domestiques ne constituent pas forcément des espèces « sentinelles », particulièrement sensibles aux insecticides. Il convient donc de considérer que certaines espèces, notamment les abeilles solitaires, peuvent être plus vulnérables vis-à-vis de ces molécules.
  • 3. le fait que les risques relatifs aux usages qui demeurent autorisés, notamment le traitement des semences sur céréales divers, ont peut-être été sous-évalués. Ceci amène l’ANSES à à préconiser diverses mesures de gestion additionnelles. H&B considère que ces mesures complémentaires, si elles sont justifiées techniquement, seront extrêmement difficiles à faire appliquer et à contrôler.
  • 4. Enfin, en ce qui concerne les deux autres molécules en cours de réexamen (acétamipride et thiaclopride) l’ANSES ne se prononce pas sur la première mais lance un message d’alerte sur la seconde.

Ceci amène l’association H&B à demander, dans l’attente des diverses évaluations prévues de ces différentes substances, un maintien de l’interdiction d’usage des trois substances visées par le règlement européen de 2013 et son extension :

- aux deux autres substances en cours de réexamen et qui restent autorisées ;
- à l’ensemble des cultures en milieu ouvert, annuelles ou pérennes (vignes et vergers), seules restant autorisés les usages en milieu confiné (serres).

  Plus en détails: 

L’association H&B retient de cet avis les points suivants :

  • 1. La confirmation du fait que ces substances présentent un danger important pour les espèces non-cibles : « En l’absence de mesures de gestion adaptées, l’utilisation des néonicotinoïdes entraîne de sévères effets négatifs sur les espèces non-cibles qui fournissent des services écosystémiques incluant la pollinisation et la lutte intégrée. Ils entrainent notamment des effets sublétaux lorsque les espèces non-cibles sont exposées à des doses d’exposition faibles pendant de longues périodes ».
  • 2. le fait que les abeilles domestiques ne constituent pas forcément des espèces « sentinelles », particulièrement sensibles aux insecticides. Du fait de la taille de leurs colonies, les abeilles domestiques peuvent au contraire « tamponner » les effets de ces molécules : « Une mortalité accrue des abeilles butineuses a été observée dans les ruches exposées. Cette mortalité augmente avec le temps et l’avancement de la floraison du colza, la taille des parcelles et leur proximité par rapport à la ruche. Toutefois, aucun impact sur les performances de la ruche ni les quantités de miel produites n'a été observé. Les colonies étudiées ont compensé la surmortalité des individus par des mécanismes de régulation démographique des colonies » et plus loin « En termes de sensibilité des différentes espèces, les bourdons semblent, de manière générale, moins sensibles que les abeilles domestiques en ce qui concerne la toxicité aiguë, ce qui peut s’expliquer par la différence de taille des différents organismes. Cependant, cette tendance peut ne pas se révéler vraie pour des effets sublétaux. De plus, les comportements des différentes espèces peuvent conduire à des effets différents, en particulier pour les espèces solitaires ou celles qui nichent dans le sol. Ainsi, il n’est pas possible d’évaluer les effets sur les espèces sauvages à partir des éléments disponibles uniquement pour les abeilles domestiques ».

Il convient donc de considérer que certaines espèces, notamment les abeilles solitaires, peuvent être plus vulnérables vis-à-vis de ces molécules.

  • 3. le fait que les risques relatifs aux usages qui demeurent autorisés, notamment le traitement des semences sur céréales divers, ont peut-être été sous-évalués : « on ne peut exclure, dans certaines conditions climatiques particulières (température élevée pour la saison, ensoleillement), une exposition potentielle des abeilles et des autres pollinisateurs. Ces situations spécifiques pouvant être présentes en particulier lors d’automnes doux, elles justifient des mesures de gestion additionnelles : limitation du semis à des parcelles ne se situant pas à proximité de zones non cultivées adjacentes en fleurs, à des périodes où la température ambiante n’est pas durablement compatible avec l’activité des butineuses ». Il en est de même pour les traitements foliaires sur cultures pérennes : «En particulier, pour les usages sur vergers et vigne, l’Efsa a conclu à un risque élevé pour une exposition l’année suivant l’application sur la base d’hypothèses très conservatrices, considérant la possibilité pour les substances actives atteignant le sol suite à une pulvérisation de la canopée, d’être totalement absorbées par les racines des arbres, ce qui conduirait l’année suivante à une disponibilité dans le pollen et le nectar des fleurs. En l’absence de données sur les quantités résiduelles mesurées qui seraient présentes dans les fleurs l’année qui suit le traitement, l’Anses n’est pas en mesure de quantifier l’exposition des abeilles et autres pollinisateurs liée à ces usages. Les autorisations de mise sur le marché des préparations concernées ne pourront être maintenues qu’à la condition que les titulaires d’AMM fournissent dans un délai d’un an des résultats d’analyses de ces résidus et que ces résultats démontrent l’absence de risques inacceptables pour les abeilles ». Ceci amène l’ANSES à considérer « qu’une incertitude subsiste » pour environ 70% des usages qui demeurent autorisés (voir annexe 2 de l’avis) et à préconiser diverses mesures de gestion additionnelles, notamment le fait que les cultures suivants une culture non attractive traitée ne soit elle-même pas attractive (par exemple l’absence de succession blé/colza) ou « pour les semences enrobées de céréales d’hiver, la limitation du semis à des parcelles ne se situant pas à proximité de zones non cultivées adjacentes en fleurs, à des périodes où la température ambiante n’est pas durablement compatible avec l’activité des butineuses ».

H&B considère que ces mesures complémentaires, si elles sont justifiées techniquement, seront extrêmement difficiles à faire appliquer et à contrôler. Ainsi, il n’existe pas de déclaration obligatoire des rotations culturales permettant de s’assurer que des cultures attractives ne seront pas implantées à la suite de cultures non-attractives traitées.

  • 4. Enfin, en ce qui concerne les deux autres molécules en cours de réexamen (acétamipride et thiaclopride) l’ANSES ne se prononce pas sur la première mais lance un message d’alerte sur la seconde : « Le thiaclopride a récemment fait l’objet d’une proposition de classification cancérigène de catégorie 2 et reprotoxique de catégorie 2 par l’ECHA. Ce classement conduit, sous certaines conditions, dans l’attente de l’adoption de critères au niveau européen, à considérer la substance comme ayant des effets perturbateurs endocriniens, ce qui pourrait conduire à une non-approbation ».

Ceci amène l’association H&B à demander, dans l’attente des diverses évaluations prévues de ces différentes substances, un maintien de l’interdiction d’usage des trois substances visées par le règlement européen de 2013 et son extension :

- aux deux autres substances en cours de réexamen et qui restent autorisées ;
- à l’ensemble des cultures en milieu ouvert, annuelles ou pérennes (vignes et vergers), seules restant autorisés les usages en milieu confiné (serres).

Commentaires

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2016-02-22 11:42:50 +0100

je vois, merci

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À propos de l'auteur

Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. . Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son actif président d'honneur. . Humanité et Biodiversité mène une action de plaidoyer et d'influence pour faire émerger dans la société les défis posés par l’éro...

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