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Rio + 20, quels enjeux et quelles chances de succès ?

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Publié dans
le 15.06.12
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La conférence dite Rio+20 s’est ouverte dans la capitale brésilienne le mercredi 13 juin et devrait durer une dizaine de jours, culminant dans une phase finale intergouvernementale prévue du 20 au 22 juin 2012. Les médias présentent cette conférence comme une étape critique dans la mise en oeuvre du développement durable, après les conférences onusiennes de Stockholm (1972), Rio (1992) et Johannesburg (2002). Les déclarations « dramaturgiques » d’Achim Steiner, secrétaire général du Programme des Nations Unies pour l’Environnement, qui parle quant à lui de « sommet crucial pour l’avenir de l’humanité » sont évidemment de nature à souligner l’importance de l’événement. Mais s’agit-il réellement d’une nouvelle étape dans la traduction multilatérale du développement durable, ou d’une énième grand-messe diplomatique ?

La réponse doit être d’autant plus nuancée que la question de la participation réserve déjà de mauvaises surprises. Certes, la société civile et les ONGs se sont mobilisées. Des plateformes, collectifs et autres coalitions ont été formés dans nombre de pays (en France par exemple, le collectif « Rio +20 » regroupe une cinquantaine d’organismes, syndicats et fondations compris). Sur place, le nombre d’événements annexes aux négociations officielles – les fameux « side-events » - sera impressionnant.  Mais plusieurs chefs d’Etat et de gouvernement, dont Barack Obama, James Cameron et Angela Merkel, ont prévenu de leur absence. Cette situation contraste avec l’implication des grands émergents et des puissances régionales, comme le montre la participation – confirmée quant à elle – du russe Vladimir Poutine ou de l’indien Manmohan Singh. Ceci dans un contexte où la crise pèse fortement sur les capacités d’aide au développement des bailleurs de fonds occidentaux, et même des grandes institutions financières comme le FMI, plus attentives au sauvetage de l’Europe qu’au développement durable.

Mais si les chances de succès paraissent mitigées, c’est aussi à cause du fond et des questions à traiter. Celles-ci font l’objet d’un document de synthèse imposant, le « zero draft », composé de 128 articles et intitulé « l’avenir que nous voulons ». Bien qu’il soit composé de cinq chapitres, ce document traduit surtout les deux sujets principaux qui structurent plus globalement l’agenda de la conférence : croissance verte d’un côté, gouvernance internationale de l’autre. Les deux sujets présentent des enjeux considérables, et l’on peut se demander s’ils ne s’agit pas de questions trop complexes pour être traitées en quelques jours par l’intégralité de la société internationale (l’ONU comptant tout de même 193 pays...) alors que les travaux préparatoires n’ont pas permis d’avancer sur des orientations fortes.

* En matière de croissance verte, il faut prendre garde à ce que la notion ne soit un masque cachant le « business as usual ». La place de concepts économiques émergents mais potentiellement porteurs, comme les « capabilités » individuelles d’Amartya Sen, devrait être précisée.  L’articulation entre croissance verte et financement du développement, question que ne manqueront pas de soulever les pays dit du « groupe des 77 », sera sûrement discutée sans garantie de résultat. Pour autant, sous cette idée de croissance verte peuvent se nicher des thèmes à forte plus-value environnementale : les modes de production et de consommation durable, l’économie circulaire ou encore la lutte contre l’obsolescence programmée devraient être autant de sujets à défricher. Sous la condition, naturellement, que les limites matérielles de la croissance – sujet cher au club de Rome – ne soient pas éludées.

*  Le sujet de la gouvernance n’est pas plus simple. Certes, l’idée de mieux intégrer la société civile au pilotage global du développement durable figure à l’agenda de la conférence. Mais, outre que ce souci légitime risque aujourd’hui de se traduire par une « réformette » (assouplir les conditions d’accès des ONGs au Conseil Economique et Social des Nations Unies), il subsiste des interrogations quant au périmètre et à l’action de ce qu’on appelle les « parties prenantes » (comment, par exemple, arrimer les collectivités locales à la gouvernance internationale de l’environnement ?). En outre, il ne s’agit pas non plus que la forêt des dysfonctionnements institutionnels se trouve occultée derrière l’arbre de la société civile. Il convient de savoir si la création d’une organisation mondiale de l’environnement demeure possible, dans un contexte où plusieurs pays (dont les Etats-Unis) s’y sont opposés dans le cadre de la préparation du « zero draft », et si quelque chose est fait (comme la transformation du PNUE en agence) quel réel poids et influence ?
En outre, il existe un problème récurrent d’articulation entre les quelques 500 accords internationaux portant sur l’environnement actuellement en vigueur. Enfin, le rôle de la Commission du développement durable des Nations Unies – dont même des observateurs attentifs peuvent douter de l’utilité ! – doit être redéfini.

Comme on le voit, les enjeux sont énormes. Or, si la tenue de la conférence a fait l’objet d’une ample préparation, on est loin encore de résultats tangibles forts. Le danger est grand, dès lors, que la manifestation soit perçue comme une gigantesque foire aux idées, plus ou moins éruptive ou anarchique, scénario auquel – hélas – d’autres sommets ont commencé à nous habituer (de Johannesburg à Copenhague). Ce n’est jamais inutile, mais sera-ce à la hauteur des enjeux ?

A suivre…

En savoir plus :

Deux conférences exceptionnelles les 20 et 21 juin 2012 au Museum National d'Histoire Naturelle (voir détails).

Le site officiel de la France www.conference-rio2012.gouv.fr

Celui du Club France Rio+20 (qui regroupe différents acteurs de la société civile)
http://www.rioplus20france.org/index.html

Celui du collectif rio+ 20 qui regroupe des ONG http://collectif-france.rio20.net/

Voir les positions de l’UICN ci-après (dont Humanité et Biodiversité est membre) :
- cadre institutionnel
- économie verte

De son côté Humanité et Biodiversité s’est engagée pour les océans (voir notre article).

Commentaires

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2012-06-17 18:05:23 +0200

Une enquête d'opinion à consulter :
http://www.opinion-way.com/...

On y constate que la création d’une Organisation Mondiale de l’Environnement (OME) à l’ONU au même niveau que l’OMC est largement approuvée: son objectif serait d’être une autorité politique internationale qui prenne des initiatives environnementales et qui fasse appliquer les décisions politiques existantes comme le protocole de Kyoto à l’ensemble des pays signataires.

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À propos de l'auteur

Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. . Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son actif président d'honneur. . Humanité et Biodiversité mène une action de plaidoyer et d'influence pour faire émerger dans la société les défis posés par l’éro...

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