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Les lichens

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Parmi les nombreuses espèces vivantes présentes sur Terre, beaucoup ont été étudiées. Mais la majorité d’entre-elles nous sont encore inconnues ! Les scientifiques estiment que la majorité des espèces connues de l’Homme est minime et que 95 % de la biodiversité recèle une part d'ombre importante. C’est principalement le cas pour les organismes de petite taille : virus, bactéries, champignons… et les lichens font partie de cette faune minuscule aux innombrables espèces. Levons le voile sur cet étrange organisme à la fois champignon et algue.

Le lichen, un organisme mixte

On estime qu’il devrait exister de l’ordre de 18 000 espèces de lichens de part le monde dont 2 300 en France métropolitaine.
C'est un organisme mixte résultant de l’association d’un champignon avec une matière première organique synthétisée par une algue présente dans le mycélium du champignon. Le champignon protège l’algue de la déshydratation mais la limite à certaines zones et ne lui permet pas de se reproduire. Pour qualifier les relations entre l’algue et le champignon, on a longtemps parler de symbiose (association entre deux organismes chacun tirant un bénéfice de cette association) mais on estime de plus en plus que cela s’apparente à une sorte d’élevage du champignon sur l’algue…

Les lichens sont dits :

  • corticoles quand ils se développent à partir d’écorces d’arbres (troncs, branches)
  • saxicoles quand ils se développent sur des pierres (rochers, murets …)
  • terricoles quand ils se développent sur ou dans la terre (pelouses, landes, sentiers…).
  • crustacés quand ils se présentent sous forme de croûte
  • fruticuleux quand sa partie végétative (non sexuée) reliée au support, appelée le thalle, est plus ou moins ramifiée évoquant l’aspect d’un buisson
  • gélatineux si le thalle - appareil végétatif des plantes inférieures sans feuilles, tiges ni racines propre aux algues, champignons et lichens - est pulpeux ressemblant à de la gélatine
  • lépreux quand le thalle ressemble à de la poudre et se détache aisément du support.

Un organisme ultra-résistant

Les lichens constituent souvent la première matière organique qui s’installe sur un support. Ils constituent un abri pour de tout petits êtres vivants et initient le premier jalon de la chaîne alimentaire.

Pour s'épanouir, ils ont besoin de peu. Seulement :

  • de la lumière pour la photosynthèse,
  • de particules en suspension,
  • d'un peu d’humidité ambiante

Autonomes du point de vue énergétique, ils sont ainsi les pionniers de la formation des sols libérant les minéraux de la roche mère, accumulant des matières organiques enrichies lentement des produits de l’érosion. Ils permettent l’installation simultanée ou successive de bactéries, champignons, mousses, fougères…. puis des plantes et animaux supérieurs.

Les lichens ont colonisés tous les milieux, certains vivent dans les cours d’eau (Dermatocarion luridum), en bords de mer (Lichina pygmaea), sur les roches volcaniques brûlantes (espèces du genre Stereocaulon), sur les sols désertiques (Acarospora nodulosa qui forme de véritables croûtes biologiques contribuant à stabiliser les sols des déserts), dans les régions très froides en résistant à des températures de - 40°C…

Les lichens ont une faculté consistant à mettre leur métabolisme en sommeil sur de très longues périodes pour le réactiver lors de très courtes périodes favorables : la reviviscence. Néanmoins, les lichens peuvent être très sensibles aux pollutions. Ils sont en effet très réactifs à certaines microparticules en suspension dans l’eau et l’air tels les oxydes de soufre émis par les véhicules à moteur.

Le saviez-vous? Certains lichens se bouturent comme Sticta fuliginosa ou Sticta sylvatica, permettant ainsi leur conservation en des sites où ils se raréfient.

L’Homme a utilisé et continue d’utiliser les lichens

  • Pour sa nourriture

Même si cela reste anecdotique, on citera la fabrication des hosties, d’un chocolat au lichen d’Islande, de biscuits fabriqués par quelques tribus indiennes d’Amérique du Nord ou encore l’Iwatake, friandise de prix pour les Japonais. Ce fut une nourriture de secours en cas de disette, en témoigne la manne des Hébreux - citée dans la Bible passage de l’Exode - lichen déserticole parfois nommé tripe de roche (peut être l’espèce Parmelia esculenta ?). Les Inuits mangeaient les lichens en les extrayant de la panse des caribous qu’ils tuaient (probablement pour passer l’amertume de ceux-ci en évitant des cuissons répétées). Un restaurant tendance de Québec l’a ajouté à son menu sous le nom de mousse de caribou du Nunavuk à déguster sur des toasts grillés. Un restaurateur danois sert des lichens étuvés et croustillants agrémentés de champignons des bois.

Sous le code E968 on trouve un exhausteur de goût faisant partie des édulcorants obtenus à base de Stevia rebaudiana.

En 1870 suite au travaux du chimiste suédois Stenberg, 17 usines de fabrication d’alcool produisirent plus d’un million de litres par an à partir de lichens (du genre Ramalina). Mais la difficulté de s’approvisionner de manière importante et régulière en lichens fit prendre fin cette production. Elle fut remise en activité en 1944 en Russie pour pallier à la pénurie de betterave.

  • Pour le bétail

Cladonia rangiferina, constitue d’excellentes pâtures pour les rennes qui le broutent en raclant la neige qui le dissimule.

  • Pour créer des teintures

De pourpres à violacées (Ochrolechia parella ou Roccella fuciformis) ou jaunes ( Xanthoria candelaria) elles colorent les textiles.

  • Pour créer des parfums

La mousse de chêne (Evenia prunastri) apportant une note boisée aux pots-pourris des parfumeurs.

Les lichens font actuellement l’objet de recherches approfondies. Leurs molécules sont en effet intéressantes à la fois des fins médicales (potentiel thérapeutique) ou autres (propriétés photo-absorbantes ou propriétés antifongique comme chez Hypogymnia physodes).

Les lichens sont en outre d’excellents indicateurs :

  • marqueurs de pollution utilisables pour cartographier la qualité de l’air de part leur sensibilité aux polluants acides gazeux voir pour les changements climatiques (Hyperphyscia adglutina, Falvoparmelia soredians).
  • de continuité écologique de par leur croissance et leur dispersion lentes.

Les lichens, futurs touristes de l'espace ?

Extrêmement résistants, ils sont d’excellents modèles pour la vie en conditions extra-terrestres. En 2005, l’agence spatiale européenne a mené une expérience avec deux espèces de lichens (Rhizocarpon geographicum et Xanthoria elegans) consistant à exposer ces deux organismes à des rayons cosmiques et à l’intégralité du spectre solaire pendant quinze jours. A l’issue de ce test, leurs métabolismes ont été conservés quasi intacts ! En 2010, soumis à une atmosphère martienne reconstituée, Xanthoria s’est maintenu et s’est même montré actif pendant plusieurs semaines pour peu qu’il ait un peu d’eau à disposition.

Les lichens dans une Oasis Nature

Vous pouvez découvrir la grande variété des habitats dans lequel on peut trouver des lichens et leur infinie diversité d’aspects, formes et couleur en inspectant votre Oasis Nature et en consultant le document ci-dessous.
Les lichens apportent à leurs supports (rochers, arbres, allées, statues …) colorations et aspects intéressants surtout à l'automne, lorsque chutent les feuilles.
Les oiseaux utilisent fréquemment des lichens mélangés avec d’autres débris pour fabriquer leur nid. En contrepartie certains lichens apprécient les substrats azotés fournis par leurs fientes.

Beaucoup voient dans les lichens des parasites qui vont affaiblir les arbres et détériorer murs et décors minéraux dans un jardin. En général, il n’en est rien. S’ils sont ancrés sur un support, les lichens n’ont pas de racines. Ils ne prélèvent aucun élément nutritif de leur support. Ils colonisent donc avec un rôle positif. En altitude, ils forment un manteau protecteur sur les troncs et branches des arbres. Leur nombre et leur diversité est gage de qualité de l’air et de l’eau. On pourrait tout au plus leur reprocher de servir d'abri aux insectes hivernant et aux champignons microscopiques vecteurs de maladies et les dissimuler au regard. Mais pour quelques parasites protégés, combien d'organismes utiles à la vie du jardin ?

Si vous ne constatez pas de problèmes lourds dans votre verger ou votre potager, il semble préférable de les épargner et consacrer votre temps à d'autres tâches de jardinage.

Si vous décidiez néanmoins de vous en débarrasser, pratiquez par brossage doux usant de brosses en paille de riz ou en poils en plastique dur. Le résultat sera moins net qu'avec une brosse métallique légèrement savonneuse, mais avec cette dernière, vous n’altérerez pas l'écorce des arbres ou la pierre de vos murs et statuettes.

Vignette : Saxicole fruticuleux Photo Frédéric Ritz


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Commentaires

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2014-12-17 09:52:19 +0100

Très instructif. Merci.

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2020-10-22 10:09:49 +0200

J'adore les regarder c'est apaisant

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2020-11-11 18:05:08 +0100

très intéressant

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À propos de l'auteur

Humanité et Biodiversité, est une association loi 1901, reconnue d’utilité publique, agréée au titre de la protection de la nature. . Elle est actuellement présidée par Bernard Chevassus-au-Louis, et Hubert Reeves est devenu son actif président d'honneur. . Humanité et Biodiversité mène une action de plaidoyer et d'influence pour faire émerger dans la société les défis posés par l’éro...

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