Nouvelle évaluation de l'État de conservation de la nature en France
Publié le 05/03/2026
Depuis le début des années 2000, une évaluation est réalisée tous les six ans par chaque pays membre de l’Union européenne pour mesurer l’état de conservation des habitats naturels et d’espèces sauvages dites d’intérêt communautaire car menacées et représentatives du patrimoine naturel européen. Les résultats de la 4e évaluation pour 2019-2024 viennent d’être publiés. Ce rapportage national concerne les milieux marins comme terrestres, mais n’est malheureusement pas dressé pour les Outre-mer.
La nature continue de se dégrader
Les résultats montrent qu’une large majorité de ces habitats et espèces ne sont pas dans un bon état et que les tendances au déclin augmentent. Les principales causes identifiées et déjà connues : pratiques agricoles et forestières, urbanisation et changement climatique. La chasse et la pêche sont aussi citées pour leurs impacts sur la faune.
Des résultats préoccupants
Seuls 16,5 % des habitats naturels et 23,8 % des espèces (hors oiseaux) d’intérêt communautaire sont dans un état de conservation favorable à l’échelle de l’hexagone.
Les habitats herbacés, côtiers, d'eau douce et les tourbières sont ceux qui sont les plus altérés. Ces résultats confirment malheureusement ceux des évaluations précédentes comme le montre le tableau suivant.
Résultats de l’évaluation périodique de l’état de conservation en France
Des tendances variables selon les territoires
Comme le montrent les cartes ci-dessous, les régions Atlantique et Continentale sont les plus altérées alors qu’elles couvrent la majorité du territoire.
Résultats de l’évaluation 2019-2024 de l’état de conservation par région biogéographique
Une tendance au déclin qui s’accentue
Cette dernière évaluation estime que 39 % des habitats et espèces ont tendance à se détériorer. La tendance de population à long terme est négative pour 33 % des oiseaux nicheurs de l’hexagone, contre 34 % dans la précédente évaluation. Cette apparente stabilité ne doit pas masquer cette tendance au déclin préoccupante.
Pour le loup, des résultats qui interrogent
Nous sommes surpris de constater dans ce rapportage que le loup est indiqué en état de conservation favorable pour la région continentale, alors qu'il n'y a quasiment pas de meute installée (donc de reproduction) dans cette zone. Cela semble davantage répondre à une injonction politique que refléter la réalité du terrain, alors que l’espèce ne parvient pas à s’installer durablement en dehors de l’arc alpin.
Quelles actions mener pour inverser la tendance ?
Parmi les limites de ce rapportage, il ne nous dit rien sur la nature en ville (ça n’est pas son objet) ni sur la protection de l’intégrité et de la naturalité des forêts urbaines. Le manque de connaissances sur le milieu marin ne permet de statuer sur l’état de conversation que dans la moitié des cas, il est donc prioritaire d’y intensifier la récolte de données.
Afin de répondre à la détérioration des habitats naturels, il est urgent de développer l’agroécologie, de garantir l’atteinte de l’objectif de Zéro Artificialisation Nette des sols en 2050 et de mettre en œuvre, avec des moyens à la hauteur des enjeux, les politiques en faveur de la planification maritime, des cours d’eau et de la biodiversité. On pense notamment les Stratégies nationales Biodiversité et Aires protégées 2030, mais aussi au développement des trames verte, bleue et noire qui visent à favoriser un réseau de continuités écologiques terrestres et aquatiques pour permettre aux espèces de se déplacer et à limiter les conséquences de la pollution lumineuse.
Des résultats importants pour le futur plan national de restauration de la nature
Ces résultats doivent être mobilisés pour le futur plan national de restauration de la nature en cours de rédaction par la France. Ils sont très importants pour prioriser au mieux les 30 % d’habitats en mauvais état de conservation à restaurer d’ici 2030.
Un effort particulier doit être entrepris pour les régions atlantique et continentale (sans bien sûr négliger les milieux montagnards et méditerranéens) et les habitats côtiers, de milieux humides et ouverts.
Si les habitats forestiers semblent moins prioritaires, ils ne sont pas pour autant à mettre de côté, surtout ceux présents sur la Liste rouge des écosystèmes en France.
Les choix de priorisation ne devront pas omettre que certains milieux sont directement liés voire dépendants, par exemple les habitats forestiers et les tourbières, ou les dunes et les forêts dunaires, et donc à restaurer de concert et en cohérence.
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Pour aller plus loin :
Le 4e rapportage 2019-2024 est présenté ici :
www.patrinat.fr/fr/actualites/rapportage-europeen-2019-2024-une-evaluation-nationale-mobilisant-plus-de-400-experts
Les résultats détaillés sont là :
Résultats Directive Habitats Faune Flore : https://assets.patrinat.fr/files/donnees/dhff/RS_Rapportage_2025_DHFF.zip
Résultats Directive Oiseaux :
https://assets.patrinat.fr/files/donnees/do/RS_Rapportage_2025_DO.zip
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