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Au gui l'an neuf

Au gui l'an neuf

Le gui (Viscum album), autrefois récolté par les druides, est une plante qui agrémente traditionnellement les fêtes de fin d'année. Bien connu en tant que parasite, on oublie parfois qu'il est bénéfique aux oiseaux et autres espèces animales qui se nourrissent de ses baies pour affronter l'hiver ! Le gui, atout ou inconvénient pour votre Oasis Nature ?

Le gui, une plante-parasite dispersée par les oiseaux

C'est un sous-arbrisseau de 20 à 50 cm, sempervirent (du latin sempervirens, « toujours vert ») sur des arbres, le plus souvent des feuillus. Il est dioïque, c'est-à-dire avec des pieds à fleurs femelles et d'autres à fleurs mâles. Le gui est aussi hémiparasite, il n'est pas totalement dépendant de son hôte. Il utilise les ressources de la plante hôte en lui soutirant eau et sels minéraux, mais il possède de la chlorophylle et peut donc synthétiser ses propres sucres et protéines.

Ses fleurs, très petites, apparaissent de mars à mai, pollinisées par les insectes. S‘ensuivent des petites baies blanches translucides de 6 mm de diamètre, mûres sur un cycle de deux ans et tombant au bout de la troisième année. Elles sont dispersées par les oiseaux.

Ses feuilles sont ovales, opposées et légèrement charnues, au bout de rameaux verts, cassants et ronds. Elles ne tombent qu'au bout de 18 mois à deux ans.

Le Gui prend, après quelques années, l'apparence d'une grosse « boule » vert-jaunâtre de 50 cm à un mètre de diamètre.

Il existe plusieurs sous-espèces dont Vicium album subsp.albietis qui pousse sur les sapins et dont les baies sont jaunâtres, ou encore Vicium album subsp. austriacum qui pousse sur les pins et mélèzes et uniquement en montagne.

Un parasite dépourvu de racines

C'est une espèce très présente dans l'ensemble de l'Europe à l'exception de la zone méditerranéenne. D'autres espèces existent, y compris en Australie, dont certaines parasitent les racines d'arbres.

Le gui est une plante épiphyte, il ne pousse que sur un arbre ou un arbuste. Dépourvu de racines, il se fixe à son arbre hôte grâce à un suçoir de forme conique qui s'enfonce profondément jusqu'au bois, sans toutefois pouvoir pénétrer le tissu ligneux. Néanmoins, l'accroissement du bois en épaisseur par la formation des cernes annuels finit par englober plus profondément ce suçoir. Le gui provoque des tares dans le bois de ses hôtes par ses suçoirs (bois dits guités).

En matière de plante-hôte, le gui a ses préférences :

  • On le trouve régulièrement sur les peupliers, pommiers, tilleuls, sorbiers, alisiers, saules, robiniers et aubépines.
  • Il est rare sur les autres arbres et exceptionnel sur les chênes, et totalement absent sur le hêtre.

Le gui, plante médicinale et poison

Le gui est une plante toxique, hypotensive, vasodilatatrice, antiépileptique et diurétique !

Du mucilage de ses baies dénommées viscine, on tire une glu (la tristement célèbre glu des oiseleurs). C'est grâce à cette substance collante que les graines se fixent aux branches des plantes-hôtes.

Comme de nombreuses plantes toxiques, résistantes au gel et devant se défendre contre le système immunitaire de son hôte, le gui contient des substances d'intérêt pour la médecine et la biochimie. L'étude chimique du gui est en cours et nous réservera probablement des surprises. La viscine peut, à forte dose ralentir dangereusement le rythme cardiaque mais à faible dose, elle a des effets bénéfiques sur les personnes souffrant d'hypertension. Diverses études sont en cours concernant le gui et la chimiothérapie de certains cancers sans éléments conclusifs probants à ce jour.

Plante aux milles vertus, la décoction des rameaux de gui donnerait de bons résultats sur les engelures. En médecine chinoise, le gui est utilisé conte les ménorragies et les insuffisances des sécrétions mammaires tandis qu'en médecine avicenne, dans les pays musulmans, on l'utilise contre les abcès froids et les ulcères. Le feuillage du gui a parfois été utilisé pour favoriser la lactation des vaches et des chèvres.

LE SAVIEZ-VOUS ? Agrilus viscivorus, coléoptère phytophage, vit exclusivement dans le bois du gui. C’est une espèce menacée par la coupe des vieux vergers (signalée en France uniquement depuis 2005).

Le gui, plante des druides et de légendes

Une plante sacrée largement présente dans la mythologie, les contes et les légendes.

Associé à Hermès par les Grecs, il revêt pour les Gaulois une grande importance. Les druides allaient en forêt pour couper le gui sacré, de préférence sur un chêne, même si la chose est exceptionnelle, le sixième jour de l'année celtique. Il faut savoir que le chêne est pour les Celtes l'arbre soleil symbolisant force et puissance tandis que le gui est le végétal dédié à la lune.

Les druides considéraient cette plante comme sacrée en raison des vertus médicinales et miraculeuses qu'ils lui attribuaient. Le gui était un talisman chassant les mauvais esprits, purifiant les âmes, guérissait les corps, neutralisant les poisons, assurant fécondité aux troupeaux, et même permettant d'entrer en contact avec l'au-delà.

Une plante de décoration des fêtes de fin d'année avec le houx et le sapin

En Europe, il était d'usage de s'embrasser sous une branche de gui et de choisir une baie de la gerbe, symbole de prospérité et de longue vie au moment de Noël et du jour de l'an. On retrouve cette tradition du baiser lors des fêtes grecques des Saturnales. La saison voulant que le gui abonde, on en cueillit dès le Moyen-Âge pour l'offrir avec ce souhait : "Au gui l'an neuf", fut une formule en vogue prononcée jusqu'au début du 20ème siècle lors de présentation des vœux de début d'année. En Angleterre au 18ème siècle, si une jeune femme célibataire acceptait un baiser alors qu'elle se trouvait sous la "kissing ball" (la "boule à baisers", boule de gui décorée et accrochée aux portes), elle était ainsi promise à un mariage dans l'année.

Le gui dans une Oasis Nature

Comme chaque élément de la biodiversité, le gui a son rôle ! Les baies du gui (un des rares fruits disponibles en hiver) sont appréciées des oiseaux en particulier des grives, de la mésange bleue et de la sittelle.

Faut-il ôter le gui des arbres ?

Sa présence affaiblit l'arbre-hôte (diminution de la croissance en diamètre et en hauteur) et diminue certaines qualités du bois par les traces de ses suçoirs.

Chez le pommier, il diminue la production fruitière.

Au point de fixation du gui, il se produit souvent un renflement de la branche hôte, puis progressivement un affaiblissement mesurable de la partie située au-delà de ce point, partie qui finit parfois par se dessécher. Néanmoins le gui n’est pas très longévif et meurt souvent avant son arbre hôte.

Le moyen de lutte le plus courant consiste à couper la touffe à sa base, mais les cordons corticaux peuvent émettre des bourgeons adventifs capables de créer de nouvelles touffes. Il est possible de tailler les branches assez largement avant le point de fixation, mais cela n'est pas possible si le gui est implanté sur une branche importante. Aucun produit chimique n'existe actuellement pour contrôler le gui sans nuire à la plante hôte.

C'est à vous de voir si vous souhaitez conserver le gui dans votre Oasis Nature !

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