Loi d’urgence agricole : recul de la protection de la santé et de la nature
Publié le 23/07/2026
Acétamipride, retenues d'eau, protection du loup, simplification des procédures environnementales… Derrière la loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles se dessine un projet politique beaucoup plus vaste : celui d'un recul organisé de la protection de la nature.
La loi d'urgence agricole vient d'être définitivement adoptée. Présentée comme une réponse aux difficultés du monde agricole, elle poursuit en réalité un mouvement engagé depuis plusieurs mois : celui d'une remise en cause progressive des politiques publiques de protection de la biodiversité.
Après la loi Duplomb, qui avait déjà profondément fragilisé plusieurs acquis environnementaux, ce nouveau texte confirme un changement de cap. Au nom de la souveraineté alimentaire et de la simplification administrative, il multiplie les dérogations, affaiblit plusieurs principes du droit de l'environnement et installe durablement l'idée que la nature constituerait un obstacle à l'agriculture.
Pour Humanité et Biodiversité, cette vision est non seulement fausse, mais dangereuse.
L'acétamipride : le retour d'un pesticide que la France avait choisi d'interdire
La mesure la plus médiatisée est sans doute la réintroduction possible de l'acétamipride, insecticide de la famille des néonicotinoïdes, pour certaines productions agricoles, notamment la noisette, au moyen de dérogations pouvant durer jusqu'à trois ans.
Même encadrée, cette disposition constitue un recul majeur.
La France avait fait le choix de protéger davantage les pollinisateurs en limitant l'utilisation de ces substances dont les impacts sur les insectes sont largement documentés. Avec cette loi, la logique change : les dérogations deviennent la règle plutôt que l'exception.
Le message envoyé est particulièrement préoccupant : lorsqu'une filière rencontre des difficultés économiques, il suffirait de revenir sur des protections environnementales pourtant construites au fil des connaissances scientifiques.
Pourtant, la véritable souveraineté alimentaire suppose exactement l'inverse : investir dans la recherche, accélérer les alternatives agronomiques, accompagner les agriculteurs dans la transition plutôt que ressusciter des solutions du passé.
L'eau : produire davantage aujourd'hui, sans garantir la ressource de demain
Le texte fait également du stockage de l'eau une priorité nationale avec un objectif affiché de doubler les capacités de stockage destinées à l'agriculture d'ici 2035.
Il facilite les procédures de création des retenues d'eau, permet d'adapter plus facilement les documents de gestion de l'eau aux projets de stockage et introduit plusieurs dispositions destinées à accélérer leur réalisation.
Personne ne conteste que le changement climatique impose d'adapter notre gestion de l'eau. Mais réduire cette adaptation au stockage constitue une vision profondément incomplète. Les véritables infrastructures de stockage sont aussi les sols vivants, les haies, les zones humides, les forêts, les prairies permanentes. Ce sont elles qui ralentissent les écoulements, rechargent les nappes et limitent les effets des sécheresses.
La loi privilégie une réponse technique là où une réponse écologique aurait dû être prioritaire.
Plus inquiétant encore, le texte aménage le principe de non-régression du droit de l'environnement pour faciliter certaines opérations de stockage.
Le loup : une espèce protégée devenue variable d'ajustement
Cette loi intervient également alors que la protection du loup connaît un recul historique.
Sous la pression de plusieurs États membres, l'Union européenne a décidé d'abaisser le niveau de protection de l'espèce. La France accompagne désormais cette évolution en facilitant les possibilités de destruction des loups.
Si les difficultés des éleveurs sont réelles et méritent des réponses ambitieuses : protection renforcée des troupeaux, accompagnement technique, soutien économique et indemnisation rapide, faire du loup le responsable de la crise de l'élevage relève davantage du symbole politique que d'une solution durable.
Le loup joue un rôle majeur dans le fonctionnement des écosystèmes. Son retour constitue l'un des rares succès européens en matière de restauration de la biodiversité. Fragiliser sa protection revient à envoyer un message particulièrement inquiétant : lorsqu'une espèce protégée devient politiquement encombrante, il suffit d'abaisser son niveau de protection.
Aujourd'hui le loup. Demain quelles autres espèces ?
Une loi qui accumule les reculs en matière de protection de l’environnement
Pris isolément, chacun des articles de cette loi peut sembler technique. Mais leur accumulation dessine une orientation très claire :
- retour possible de pesticides controversés ;
- facilitation des retenues d'eau au profit de quelques agriculteurs ;
- assouplissement des procédures environnementales ;
- affaiblissement progressif de la protection de la faune sauvage.
50 ans après l’adoption de la Loi pour la protection de la Nature, la biodiversité cesse progressivement d'être considérée, par le Parlement, comme un patrimoine commun à préserver pour devenir une contrainte qu'il conviendrait d'alléger.
C'est précisément cette vision qui est à l'origine de la crise écologique actuelle.
Il n'y aura pas de souveraineté alimentaire sans biodiversité
Opposer agriculture et biodiversité est une erreur historique. Les pollinisateurs assurent une part essentielle de notre production alimentaire. Les sols vivants permettent les rendements de demain. Les haies limitent l'érosion et retiennent l'eau. Les zones humides réduisent les effets des sécheresses. Les prédateurs participent à l'équilibre des écosystèmes. Affaiblir ces équilibres, c'est fragiliser l'agriculture elle-même.
La souveraineté alimentaire ne pourra jamais être construite contre la nature. Elle ne sera durable que si elle repose sur une agriculture capable de préserver les ressources dont dépend son propre avenir.
C'est pourquoi Humanité et Biodiversité continuera de défendre une autre ambition : une agriculture productive, résiliente et rémunératrice, fondée sur les solutions offertes par le vivant plutôt que sur le recul des protections environnementales.
Après la loi Duplomb, cette nouvelle loi constitue un signal d'alarme. Plus que jamais, il appartient aux citoyens de rappeler que la biodiversité n'est pas une variable d'ajustement des politiques publiques. Elle est le socle de notre avenir commun.
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