Évolution dans un jardin libre et foisonnant en Pays-de-la-Loire
Publié le 27/08/2026
Ariane, extrêmement sensible à la cause animale et à tout ce qui touche au vivant depuis l’enfance, tente modestement depuis une quinzaine d’années d’offrir autour d’elle un autre regard sur la Nature qui nous entoure, végétale, animale, macro ou microscopique. Pour cela, elle met en place régulièrement des expositions de photographies et de textes. Son jardin familial, devenu refuge LPO puis Oasis Nature depuis quelques années, fait l’objet du Portrait Oasis Nature de ce mois d’août.
Mon intérêt pour la biodiversité remonte à ma plus tendre enfance, lorsque je posais sans cesse des questions sur les insectes que je rencontrais dans la maison de mes grands-parents, qui habitaient à la campagne. Présentées comme des éphémères, je trouvais les chrysopes féériques et n’ai découvert leur véritable nom que quelques années plus tard. À l’âge de dix ans, j’ai compris que ma passion avait été remarquée : mes grands-parents m’avaient abonnée à la revue La Hulotte !
Un brin de féerie : oeufs de chrysope
Au fil des années, j’ai commencé à photographier la nature qui m’entourait. J’ai d’ailleurs conservé la première pellicule de mon appareil photo d’enfance : mon objectif était alors tourné vers les cimes des arbres.
La charte des Oasis Nature étant très proche de celle des refuges LPO, ses critères correspondaient parfaitement à notre jardin. Inspiré également par la pratique de Gilles Clément, celui-ci n’a cessé d’évoluer et poursuit aujourd’hui sa transformation vers l’image d’un jardin-forêt. J’ai découvert le principe du « jardin en mouvement », proposé par Gilles Clément, pour la première fois dans un magazine. À l’époque, mon terrain actuel n’abritait qu’un seul chêne, mais j’ai immédiatement été touchée par la philosophie qui sous-tendait cette manière de jardiner.
Un jour, ma tondeuse est tombée en panne. J’ai alors opté pour une tondeuse hélicoïdale, ce qui a profondément changé le visage du jardin. Une flore et une faune complètement différentes ont fait leur apparition : des mésanges nonnettes et huppées, ainsi que des orites à longue queue, viennent désormais y nicher chaque année.
Fleur d'acanthe et bourdon
Le jardin se décline en vert, jaune et blanc, tandis que les haies se parent de rouge. Le millepertuis et le sainfoin y sont réapparus, faisant renaître les fleurs de mon enfance.
Depuis près de quinze ans, j’ai le privilège d’observer une faune et une flore très diversifiées, avec parfois la présence simultanée de nombreux individus d’une même espèce. Il y a plus de dix ans, par exemple, une quarantaine d’Épeires fasciées, ou Argiope frelon, tissaient leurs magnifiques toiles dans le jardin, reconnaissables au zigzag qui les caractérise. L’année suivante, une bonne trentaine de Mantes religieuses s’affairaient dans les herbes, attirées notamment par les chenilles du Machaon qui se régalaient sur notre pied de fenouil. Avec ma fille, j’ai eu le bonheur d’assister à la naissance d’une dizaine de ces merveilleux papillons.
Larve d’hyménoptère en quête de son prochain repas
Du côté des mammifères, plusieurs espèces de rongeurs ainsi qu’une famille de hérissons se partageaient le territoire. Afin que mes chats perturbent le moins possible cette vie sauvage, il m’arrive d’accrocher à leur collier des éléments colorés ou réfléchissants, les clochettes pouvant, quant à elles, les rendre fous.
Les chats profitent aussi du jardin familial
Depuis, bien d’autres espèces de Lépidoptères, de Coléoptères, d’Hyménoptères, d’Odonates… séjournent dans ce jardin, un brin sauvage, ou y font simplement escale.
Les 8 000 m² du jardin sont restés verts malgré les fortes chaleurs, grâce à l’ombre qu’il procure. J’y laisse volontairement quelques ronciers ainsi que des orties, tout en veillant à contenir leur expansion et à préserver leurs fruits et leurs fleurs. En observant ce jardin, j’ai parfois le sentiment d’y avoir reconstitué un véritable micromonde, où se dévoilent les interactions et les symbioses entre les espèces.
Dans mon jardin, plusieurs essais ont progressivement trouvé leur place. Après l’échec des bacs, un potager en pleine terre s’est installé naturellement, évoluant et se déplaçant au fil des années. Des plantations en lasagnes ont également été mises en place grâce aux conseils d’associations. Je réfléchis encore à l’installation d’un point d’eau, peut-être une mare, sans avoir pour l’instant trouvé l’emplacement idéal.
Petites larves en file indienne
Les arbres constituent les éléments les plus remarquables du jardin : le chêne d’origine, un érable champêtre planté au fil du temps, une haie d’aubépines et de prunus, mais surtout un pommier. Couché par une tempête, celui-ci continue, depuis sa position horizontale, à produire chaque année des feuilles, des fleurs et des pommes. Un rejet apparu à son pied a même donné naissance à un nouvel arbre.
Pour favoriser la petite faune, des tas de bois et de feuilles mortes offrent des abris aux hérissons et aux rongeurs. Après quelques années d’absence, les hérissons sont d’ailleurs revenus cette année : je les ai aperçus et entendus le soir. Les cochons d’Inde de ma fille profitent également d’une semi-liberté dans le jardin, où ils cohabitent étonnamment bien avec les chats.
Enfin, les osmies cornues, ces petites abeilles solitaires, ont trouvé refuge dans les trous d’aération de mes fenêtres en bois, auxquels j’ai ajouté des abris.
Microguêpe et jeune punaise sur fructification de l'Arbre au faisan
Autodidacte, je me suis intéressée de près aux nombreuses espèces d’abeilles sauvages, dites solitaires, longtemps méconnues du grand public. Certaines nidifient dans le jardin et reviennent chaque année, comme la Collète du lierre. Une raison supplémentaire de préserver cette plante parfois controversée, pourtant précieuse et nullement parasite.
À l’occasion des Fêtes de la Nature, j’ouvre mon jardin aux visiteurs. C’est d’ailleurs dans ce cadre que j’ai découvert l’association Humanité et Biodiversité. Les photographies prises au fil de mes observations ont ensuite été présentées lors d’une exposition dans la salle municipale de ma ville. De nouvelles expositions ont suivi, me permettant de partager toujours davantage mon regard sur la biodiversité.
Il reste encore énormément à raconter : chaque moment passé au jardin réserve son lot de surprises et de rencontres inattendues. Et l’histoire est loin d’être terminée, malgré la raréfaction de nombreuses petites espèces.
Face à ces évolutions, ma vigilance n’a cessé de grandir, tout comme l’envie de sensibiliser toutes les générations à la beauté et à la fragilité du vivant. C’est aussi ce qui me tient à cœur aujourd’hui : faire de mon Oasis Nature un lieu ouvert, capable d’accueillir celles et ceux qui souhaitent venir la découvrir.
À gauche : Petite abeille solitaire sur fleur de mahonia / À droite : Berce commune
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