Lettre à la ministre pour adapter la chasse dans les territoires incendiés
Publié le 02/09/2026
Après les incendies qui ont durement touché plusieurs départements en cet été 2026, Humanité et Biodiversité, la LPO et France Nature Environnement ont adressé un courrier à la ministre de la Transition écologique pour demander une adaptation de la chasse dans les territoires sinistrés. Nos trois associations saluent le principe d’une décision au cas par cas et appellent le Gouvernement à donner rapidement aux préfets un cadre clair pour évaluer, territoire par territoire et espèce par espèce, la nécessité de suspendre tout ou partie de la chasse.
Paris le 27 août 2026,
Objet : Incendies de forêt – mise en œuvre de la position du Gouvernement concernant l’adaptation de la chasse dans les territoires sinistrés
Madame la Ministre,
Nos associations souhaitent saluer la position exprimée par les services du Premier ministre à la suite des incendies qui ont durement touché plusieurs départements cet été.
« Face aux feux de forêt qui touchent plusieurs départements et aux importants dégâts sur la faune sauvage, le gouvernement donne mandat aux préfets concernés, en lien étroit avec les fédérations départementales des chasseurs, d’apprécier au cas par cas, territoire par territoire, les adaptations nécessaires à apporter au calendrier de la chasse. »
Nous considérons cette orientation comme particulièrement pertinente. Elle permet en effet de prendre en compte la réalité écologique propre à chaque territoire sinistré, plutôt que d’appliquer une mesure uniforme à des situations nécessairement différentes. L’intensité et l’étendue des incendies, la mortalité directe de la faune, l’état des populations, la disponibilité des ressources alimentaires et des habitats, ainsi que les déplacements d’animaux vers les secteurs non incendiés doivent pouvoir être pris en considération dans la décision.
Cette approche est d’autant plus importante que les conséquences d’un incendie ne s’arrêtent pas à la limite cartographique de la zone brûlée. La faune survivante peut se déplacer vers les espaces voisins et les utiliser comme zones de refuge ou de recolonisation. Le retour progressif de la faune dans les territoires incendiés constitue par ailleurs une composante essentielle du rétablissement des fonctions écologiques et de la résilience des milieux.
Les impacts de la sécheresse, dont les conséquences sur la faune sont tout aussi importantes et le périmètre plus vaste que celui des zones incendiées doivent aussi faire l’objet d’une attention particulière.
Dans ce contexte, nous souhaitons appeler votre attention sur la nécessité de donner rapidement aux préfets les moyens d’exercer effectivement ce mandat.
Le cadre réglementaire permet au préfet, en cas de calamité naturelle telle qu’un incendie, de suspendre l’exercice de la chasse, totalement ou partiellement, pour tout ou partie du département concerné. Le Gouvernement dispose donc déjà d’un cadre juridique permettant d’adapter la pression cynégétique à la situation particulière des territoires sinistrés.
Nous vous demandons en conséquence d’adresser dans les meilleurs délais une circulaire aux préfets des départements concernés, afin de préciser les conditions dans lesquelles cette faculté doit être examinée avant l’ouverture générale de la chasse.
Cette circulaire pourrait notamment inviter les préfets à procéder, en lien avec les services compétents de l’État, l’OFB, les acteurs scientifiques, les associations de protections de l’environnement et les fédérations départementales des chasseurs, à une analyse territorialisée portant notamment sur :
- l’intensité et la superficie des incendies et la proportion des habitats effectivement détruits ;
- les impacts de la sécheresse sur la faune au-delà des zones incendiées ;
- les niveaux de mortalité et l’état des populations des différentes espèces concernées ;
- les capacités de déplacement et de recolonisation propres aux espèces présentes ;
- la disponibilité des habitats, des ressources alimentaires et des zones refuges ;
- les déplacements observés ou prévisibles de la faune vers les territoires adjacents ;
- la configuration des territoires de chasse, qui ne se superposent pas nécessairement aux périmètres incendiés ;
- les conséquences qu’une reprise de la chasse pourrait avoir sur la reconstitution des populations et la recolonisation des milieux.
Cette dernière dimension nous paraît particulièrement importante. Une suspension ne peut être conçue uniquement à partir du périmètre administratif du feu. Elle doit pouvoir, lorsque les données écologiques le justifient, intégrer des territoires adjacents accueillant les animaux déplacés par l’incendie.
De même, nous ne préconisons pas une approche indistincte de toutes les espèces. Les effets d’une suspension de la chasse doivent être appréciés au regard de l’écologie et de la dynamique des populations concernées. Les espèces fortement mobiles, les espèces plus sédentaires, les espèces ayant subi une mortalité importante lors de l’incendie et celles dont les populations présentent déjà des enjeux particuliers ne peuvent être appréhendées de la même manière.
La circulaire pourrait ainsi établir un véritable cadre de gestion adaptative de la chasse dans les territoires incendiés, permettant de décider, territoire par territoire, habitat par habitat et espèce par espèce, d’une suspension totale ou partielle de la chasse, de son périmètre et de sa durée.
Nous estimons également nécessaire que ces décisions puissent faire l’objet d’une réévaluation régulière. La restauration d’un territoire incendié s’inscrit dans un temps beaucoup plus long que le simple retour rapide de la végétation herbacée. Selon l’intensité du feu, plusieurs années peuvent être nécessaires pour que les habitats retrouvent leurs fonctionnalités et que certaines populations animales se reconstituent.
Dans cette perspective, une suspension initialement décidée pour une saison pourrait être assortie d’un dispositif de suivi et de réévaluation permettant, lorsque la situation écologique le justifie, de la prolonger. À l’inverse, elle pourrait être révisée si les données disponibles établissaient une évolution favorable des populations et des habitats.
Nous pensons que cette méthode répondrait précisément au mandat donné par le Premier ministre : une réponse différenciée, proportionnée et réévaluable, territoire par territoire, plutôt qu’un dispositif uniforme.
Elle permettrait également de concilier les impératifs de gestion de certaines populations avec la nécessité, dans les territoires lourdement sinistrés, de laisser à la faune le temps nécessaire à sa survie, à son déplacement et à la recolonisation progressive des espaces incendiés.
Alors que l’ouverture générale de la chasse approche, il nous paraît important que les préfets puissent disposer rapidement d’un cadre national clair pour conduire cette analyse et prendre, le cas échéant, les mesures de suspension qui s’imposent.
Nous vous demandons donc, Madame la Ministre, de bien vouloir donner instruction à vos services de préparer et d’adresser sans délai cette circulaire aux préfets concernés, afin que la position exprimée par Matignon puisse trouver une traduction concrète et cohérente sur les territoires touchés par les incendies.
Nous sommes naturellement à votre disposition pour contribuer aux travaux qui pourraient être engagés à cette fin.
Nous vous prions d’agréer, Madame la Ministre, l’expression de notre haute considération.
Sylvie BÉNARD, Présidente, Humanité et Biodiversité
Allain BOUGRAIN DUBOURG, Président, LPO France
Nicolas RICHARD, Président, France Nature Environnement
___________________
082726 -H&B-FNE-LPO -Courrier à la ministre de la Transition écologique.pdf
L'Écho n°120 "Déterrage du blaireau : stoppons le massacre !"
Les adhérents d'Humanité et Biodiversité viennent de recevoir L'Écho n°120, édition estivale de...
Effet des populations d’ongulés sur la biodiversité
Analyse et propositionsLa note présentée en pièce jointe concerne les problèmes de dégâts...
Gestion de la tuberculose bovine : le Blaireau a bon dos !
Saisie par Humanité et Biodiversité, France Nature Environnement, la LPO et l’ASPAS en septembre...
Notre position sur la chasse
Notre association pose cinq revendications essentielles pour encadrer les activités de chasse et...
Emmanuel Macron proscrit la chasse à la glu pour la saison 2020-2021
Contre l'avis de la Fédération nationale des chasseurs (FNC) et malgré les pressions politiques...
Tourterelle des bois : Emmanuel Macron accepte la demande des chasseurs
Au lendemain de l'annonce de la suspension de la chasse à la glu, le ministère de la Transition...