Cahiers de la Biodiversité : indicateurs usage/risque des pesticides
Publié le 29/10/2025
Alors que la réduction de l’usage des pesticides est au cœur des politiques agricoles depuis plus de quinze ans, les indicateurs censés en mesurer les progrès racontent parfois des histoires contradictoires. Faut-il revoir nos outils de suivi ou inventer un nouveau langage du risque ? Dans ce 19ᵉ numéro des Cahiers de la Biodiversité, « Les indicateurs d'usage et de risque des produits sanitaires », Humanité et Biodiversité se penche sur le rapport de l’INRAE publié en 2025 et propose ses propres pistes pour mieux évaluer l’impact réel des produits phytosanitaires sur la santé humaine et la biodiversité.
Depuis le Grenelle de l’environnement, la France s’est engagée à réduire de 50 % l’usage des produits phytosanitaires d’ici 2030. Mais comment mesurer concrètement les progrès accomplis ? Deux indicateurs dominent aujourd’hui le paysage : le NODU, qui compte le nombre de doses utilisées à l’hectare, et le HRI, indicateur de risque harmonisé européen qui pondère chaque substance selon sa dangerosité. Problème : ces deux outils aboutissent à des conclusions opposées — légère hausse pour le NODU, forte baisse pour le HRI — semant le doute sur la réalité des progrès accomplis.
Saisie par plusieurs ministères, l’INRAE a rendu en 2025 un rapport proposant d’ajuster le calcul du HRI ou de lui substituer un indicateur entièrement nouveau, baptisé ATAT (Aggregated Total Applied Toxicology). Ce dernier reposerait sur des données toxicologiques plus fines, intégrant les effets sur différentes espèces animales et végétales. Humanité et Biodiversité salue cette démarche scientifique ambitieuse tout en rappelant la complexité des choix méthodologiques à opérer pour en faire un outil réellement opérationnel et pertinent à l’échelle européenne.
Le Cahier analyse les propositions de l’INRAE et plaide pour une double approche : à court terme, une évolution du HRI rendant compte plus fidèlement de la toxicité réelle des substances, sans renoncer à la rétropolation des données ; à moyen terme, un investissement collectif dans le développement d’indicateurs différenciés, l’un pour la santé humaine, l’autre pour la biodiversité. Cette distinction apparaît essentielle dans un contexte où la disparition de certaines catégories de produits ne suffit plus à garantir la réduction globale des risques.
À travers cette étude, Humanité et Biodiversité rappelle que la rigueur scientifique ne doit pas être sacrifiée à la simplification statistique. Mesurer, oui, mais mesurer juste : c’est la condition pour piloter efficacement la transition agroécologique et en évaluer les impacts sur les écosystèmes vivants comme sur les humains.
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Lien vers le Cahier de la Biodiversité n°19
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Pour aller plus loin :
Cahier de la Biodiversité n°18 : « Lo Pinhadar », forêts des landes de Gascogne
Cahier de la biodiversité n°17 : Données 2021 et 2022 de l'observatoire TRAGECO
Cahier de la biodiversité n°16 : Reculs environnementaux et reculs de la démocratie
Cahier de la Biodiversité n°19 - Pesticides (Rapport de l'INRAE).pdf
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