Réautorisation provisoire de 2 néonicotinoïdes : donnez votre avis
Le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation a lancé une nouvelle consultation publique au sujet d’un projet d’arrêté. Ce dernier vise à réautoriser provisoirement l’emploi de semences de betteraves sucrières traitées avec des produits phytopharmaceutiques contenant les substances actives imidaclopride ou thiamethoxam. Ces deux substances de la famille des néonicotinoïdes avaient pourtant été interdites par la Loi pour la Reconquête de la Biodiversité, de la Nature et des Paysages en 2016. Or, ce projet d’arrêté autorise pour une durée de 120 jours l’emploi de semences de betteraves sucrières traitées avec des produits phytopharmaceutiques contenant l'une ou l'autre de ces deux substances actives.
Une réautorisation infondée pour Humanité et Biodiversité
Nous vous en parlions déjà en octobre dans notre Cahier de la biodiversité n°4 intitulé « Néonicotinoïdes et compétitivité de la production française de betteraves ». Nous y exposons le fait que la production betteravière française 2020-2021 a été affectée par une prolifération précoce et importante de pucerons vecteurs du virus de la jaunisse. Cela a conduit les producteurs français à demander une dérogation à l’interdiction des insecticides néonicotinoïdes, dérogation nécessaire selon eux au maintien de la compétitivité, et même à la survie de leur activité. Toutefois, nous soulignons qu’au-delà de ces considérations conjoncturelles, il existe un grand nombre de facteurs économiques (augmentation de la concurrence au sein du marché intérieur de l’Union européenne, concurrence d’autres produits sur le secteur du sucre, etc.) qui affectent la filière betteravière française après la fin protectrice et rentière des quotas de sucre betteravier. Nous finissions notre cahier n°4 en indiquant que « ces données économiques, qui peuvent justifier une intervention de l’Etat pour soutenir temporairement la filière (dans les limites des règles communautaires et de l’OMC), apparaissent largement dominantes par rapport à la question d’un retour éventuel à des pesticides interdits. La démarche à mettre en œuvre dans ce cas est donc d’obtenir leur interdiction effective (sans dérogations) sur l’ensemble de l’UE, et non de les autoriser à nouveau ».
Nous n’avons pas changé d’avis et considérons comme infondée cette réautorisation. Nous souhaitons tout particulièrement mettre en avant plusieurs arguments dans le cadre de cette consultation :
- L’Etat n’a pas réalisé de contre-expertise des affirmations du monde professionnel au sujet des pertes potentielles liées à l’interdiction des néonicotinoïdes. D’ailleurs, nous ne disposons toujours pas des chiffres officiels sur la production de betteraves sucrière pour l’année 2020. Le Ministère de l’Agriculture et de l’Alimentation a donné une prévision de 32,2 millions de tonnes le 1er septembre 2020 (contre 38,2 millions de tonnes produite en 2019). De son côté, le syndicat des betteraviers indiquait le 1er décembre 2020 que la récolte n’était que de 27,7 millions de tonnes. En tenant compte de la réduction des surfaces de production, passées de 445 milliers en 2019 à 423 milliers en 2020, on obtient une baisse de rendement de 11% d’après le chiffre du ministère de l’Agriculture et de 24% d’après le syndicat des betteraviers. Cette différence est non négligeable et s’ajoute au fait que nous sommes loin, dans les deux cas, des 30% de perte de rendement annoncée par la profession agricole lors de l’annonce de la réautorisation des néonicotinoïdes.
- Il n’existe pas d’évaluation du rôle des pucerons par rapport à la sécheresse importante de 2020 dans la perte de rendement. A titre d’exemple, les producteurs belges ont estimé en 2018 que la sécheresse avait conduit à une baisse des rendement de 16%.
- Aucune donnée nouvelle ne vient remettre en cause la nocivité des néonicotinoïdes pour la biodiversité, bien au contraire. En outre, l’Anses n’a pas été saisie par le ministère pour réaliser une nouvelle étude sur le sujet.
Ainsi, pour ces trois raisons, nous considérons cette réautorisation comme malvenue et ne reposant pas sur des données suffisamment étayées.
Consultation publique : exprimez-vous !
Nous vous incitons à donner votre avis en complétant le formulaire dédié. Vous pouvez vous appuyez sur les 3 arguments ci-dessus, notre cahier de la biodiversité et vos propres raisonnements pour répondre à cette consultation publique ouverte jusqu’au 24 janvier 2021.
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