PPE 3 : climat, énergie, économie, démocratie... On fait le point !
Publié le 18/02/2026
Climat, énergie, économie, démocratie... Après une gestation laborieuse, la PPE, ou « Programmation pluriannuelle de l’énergie », a été publiée le 13 février. Son contenu a déjà fait réagir. Tentons d’éclairer ici quelques points sensibles avec Michel Badré, administrateur d'Humanité et Biodiversité.
Avons-nous besoin de plus de production électrique ?
La réponse est oui, au titre de la politique climatique, bien que la consommation électrique actuelle soit stagnante depuis plusieurs années. La production électrique française, nucléaire ou renouvelable, étant très peu émettrice de gaz à effet de serre, il s’agit de développer sa part dans notre consommation énergétique au détriment du pétrole et du gaz, qui représentent plus de 60 % du total, dans l’industrie, les transports, les bâtiments.
Ce transfert des fossiles vers l’électricité est nécessaire mais non suffisant : les enjeux sociaux des transferts d’usage dans les transports ou le logement sont majeurs, les objectifs de réindustrialisation, le développement de l’intelligence artificielle conduisent à anticiper une forte hausse de la demande d’électricité dans ces secteurs. Il faut donc aussi poursuivre les soutiens publics à l’amélioration des transports ou des logements, et les politiques d’efficacité et de sobriété énergétique.
Y a-t-il concurrence entre nucléaire et renouvelable ? Quid des objectifs « 100 % nucléaire » ou « 100 % renouvelable » ?
Le débat entre nucléaire et renouvelable, incluant tous leurs impacts socio-économiques et environnementaux, est légitime et nécessaire. Mais la PPE ne porte que sur l’évolution actuelle du système énergétique tel qu’il est. Personne ne propose l’arrêt immédiat des 57 réacteurs nucléaires en exploitation, et la construction des nouveaux réacteurs nucléaires cités dans la PPE est sans doute proche du maximum techniquement et financièrement envisageable d’ici à 2050. Elle permettrait au mieux, en prolongeant au-delà de 60 ans la durée de vie des réacteurs actuels, de maintenir la production nucléaire.
La nécessaire hausse de production électrique ne peut donc venir que du renouvelable et l’équilibrage permanent du réseau entre renouvelable et nucléaire est une question incontournable. Le renouvelable oblige à gérer les intermittences de production, et le nucléaire doit s’adapter aux variations de consommation journalière, hebdomadaire ou saisonnière.
Les moyens de compenser ces contraintes existent : tarification « heures creuses », batteries, stations de pompage, interconnexions avec les pays voisins. Mais le « tout ou rien » n’est pas la question posée en 2026 : la gestion d’un réseau mixte est déjà menée en France depuis longtemps, et d’autres pays, notamment la Chine, se sont engagés résolument dans cette voie, qui s’impose à nous.
Quelles conséquences économiques, et géostratégiques ?
Les coûts d’investissement des renouvelables ont baissé de façon spectaculaire depuis vingt ans alors que celles du nucléaire ont significativement augmenté depuis le plan Messmer, du fait de règles de sûreté plus exigeantes après Tchernobyl et Fukushima. Un débat éclairé sur le coût des six réacteurs EPR2 programmés, fortement dépendant de leur mode de financement, est nécessaire. Il s’agit au moins d’une centaine de milliards d’euros, s’ajoutant aux dépenses du même ordre prévues pour le renouvellement des installations de gestion des combustibles et le traitement des déchets. L’état des finances publiques et l’impact des investissements sur le coût de l’électricité produite interdisent d’occulter ce débat.
La question de notre souveraineté mérite aussi attention. Les combustibles fossiles nous rendent dépendants des pays producteurs, et les panneaux photovoltaïques de la Chine, mais le leadership mondial de la Russie dans l’enrichissement de l’uranium et dans l’ingénierie de nouvelles centrales doit aussi faire réfléchir : il ne s’agit pas de remplacer une dépendance géostratégique par une autre, même au niveau européen.
Comment débattre démocratiquement de ces questions ?
Selon une disposition du code de l’énergie adoptée en 2019, la PPE, arrêtée par décret, doit être compatible avec une loi actualisant tous les cinq ans les objectifs généraux des politiques climatiques et énergétiques. Que des décisions aussi importantes soient prises par le Parlement apparaît sage, dans un régime démocratique. Et c’est la Constitution qui donne au préalable à toute personne le droit d’être complètement informé et de participer à la préparation de ces décisions.
La démocratie, « le pire des systèmes à l’exception de tous les autres » selon Winston Churchill, méritait mieux dans le cas présent que de faire débattre le public sur des décisions qui étaient, de fait, déjà prises, et d’éviter ensuite le débat au Parlement sur un sujet jugé trop clivant.
Espérons seulement que personne n‘en tirera argument dans le débat, plus vaste, sur son utilité.
Michel Badré
Ancien président de l’Autorité environnementale, et du débat public de 2022-2023 sur les réacteurs EPR2 de Penly, administrateur d'Humanité et Biodiversité
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