L'IPBES publie un rapport majeur sur les liens entreprises et biodiversité
Publié le 23/02/2026
L’IPBES (Plateforme intergouvernementale sur la biodiversité et les services écosystémiques) publie un nouveau rapport de référence consacré aux liens entre entreprises et biodiversité. Après avoir alerté en 2019 sur l’état alarmant du Vivant à l’échelle mondiale, l’institution scientifique met cette fois-ci les acteurs économiques face à leurs responsabilités. Dépendances, impacts, risques mais aussi leviers d’action : le rapport appelle entreprises et institutions financières à intégrer pleinement la biodiversité dans leurs stratégies pour construire un modèle économique soutenable et résilient.
L’IPBES, institution internationale de recherche sur la biodiversité, s’est fait connaitre du grand public en 2019 avec la publication d’un rapport mondial sur l’Etat de la biodiversité et des services écosystémiques. Ce rapport faisait état d’une situation alarmante sur l’ensemble des continents et a populariser les 5 principaux facteurs d’érosion de la biodiversité :
- Le changement d’usage des terres et des mers (comme par exemple l’artificialisation)
- L’exploitation des ressources
- Le changement climatique
- Les pollutions
- La dissémination d’espèces exotiques envahissantes
Cette année, l’IPBES fait encore parler d’elle avec la publication d’un rapport sur les liens entre biodiversité et entreprises. Celui-ci à pour but de mobiliser les décideurs politiques et économiques en leur démontrant pourquoi il est vital de préserver la biodiversité.
Le rapport met en avant 10 messages clés à l’attention des décideurs, nous allons en détailler quelques-uns dans cet article.
Toutes les entreprises et activités dépendent de la biodiversité et ont des impacts sur elle
Les scientifiques expliquent que toutes les entreprises dépendent de la biodiversité et plus particulièrement des services écosystémiques. Il s’agit par exemple des matières premières que l’on peut extraire de la nature (nourriture, fibre, caoutchouc, bois, etc.), de certaines fonctions naturelles (comme la pollinisation, l’épuration de l’eau, le captage de CO2, la réduction des impacts des événements climatiques extrêmes…), ainsi que des valeurs immatérielles, esthétiques, culturelles ou éthiques (paysage, récréation, art…).
Ces dépendances peuvent être directes (matières agricoles d’une entreprise agroalimentaire, paysages pour une entreprise de tourisme, fibres pour une entreprise de textile) ou indirectes (pour toutes les activités économiques qui interviennent en amont de ces entreprises. Autrement dit, si la biodiversité continue d’être dégradée et de disparaitre, ce sont toutes les activités économiques qui disparaîtront aussi.
D’un autre côté, l’ensemble des entreprises impactent la biodiversité, de manière directe par leurs opérations ou de manière indirecte via leur chaîne de valeur (approvisionnement, usage des produits ou services…). Ce sont ces impacts qui sont regroupés en 5 facteurs de pressions évoqués plus haut.
Ces impacts et ces dépendances génèrent des risques et des opportunités pour les entreprises, que les auteurs du rapport incitent à évaluer afin que les dirigeantes et dirigeants disposent d'une vision plus précise de leurs enjeux et prennent conscience de la nécessité d’agir.
Ces liens d’interdépendance font des acteurs économiques des influenceurs et leviers de changement, le rapport les invite à être des agents positifs de ce changement.
Les entreprises et institutions financières doivent agir à différents niveaux et s’appuyer sur les outils et méthodes existants
De nombreux outils et méthodes existent aujourd’hui pour favoriser la prise en main des enjeux de biodiversité par les entreprises. Ils permettent, par exemple, de connaitre les spécificités locales de la biodiversité, de ses sites ou de cartographier sa chaine d’approvisionnement pour comprendre si les modes de production prennent en compte la biodiversité.
Le rapport donne des priorités concrètes à adresser pour les acteurs économiques.
Au niveau des sites, il s’agira pour les entreprises de mettre en place des politiques environnementales et RSE pour gérer leurs impacts sur la nature, en suivant un ordre de priorité. Il faut privilégier en priorité l’évitement d’impacts, puis la réduction des impacts qu’elle ne peut éviter. Il s’agira également de mettre en place un suivi de la biodiversité locale et de s’engager dans des actions de conservation et de restauration des écosystèmes et du paysage. Enfin l’entreprise pourra mobiliser ses parties prenantes, populations et acteurs locaux pour favoriser l’action collective.
Concernant leur chaîne de valeur, les entreprises pourront travailler sur une meilleure connaissance de leurs approvisionnements, des zones géographiques de provenance ainsi que des méthodes de production. Il s’agira aussi d’accompagner leurs fournisseurs - en particulier lorsque ce sont des PME - afin que ces relations partenariales favorisent une meilleure prise en compte de la biodiversité.
En ce qui concerne la gouvernance des entreprises, le rapport propose de travailler à la définition d’engagements ambitieux et de politiques précises pour prendre en compte la biodiversité dans ses activités. Elles devront intégrer les risques et les opportunités liés à la nature dans leurs décisions stratégiques et former leurs équipes pour acquérir les compétences nécessaires. L’entreprises fera également évoluer ses produits, services et son modèles économiques pour être soutenable et compatible avec les écosystèmes.
Enfin pour les acteurs financiers, cela portera au niveau de leur portefeuille, c’est-à-dire auprès des entreprises dans lesquelles ils investissent. Ainsi ils pourront choisir d’investir prioritairement dans les entreprises qui ont des engagements favorables à la biodiversité et d'écarter celles qui lui sont les plus néfastes. Ils pourront également demander aux dirigeantes et dirigeants de ces entreprises – cela s’appelle l’engagement actionarial – de définir des engagements ambitieux pour la biodiversité.
Les conditions politiques et économiques actuelles ne favorisent pas l’atteinte d’un futur soutenable et juste
L’IPBES met en avant la faiblesse globale des règlementations et des incitations pour orienter les entreprises vers des modèles favorables à la biodiversité. Il est nécessaire de repenser les cadres politiques et économiques pour valoriser les comportements vertueux.
Par exemple, d’après le rapport, en 2023, les flux financiers publics et privés qui sont néfastes à la biodiversité s’élèvaient à 7 300 milliards de dollars alors que les dépenses, publiques et privées, favorables à la biodiversité n’atteignaient que 220 milliards de dollars.
Pour inverser la tendance, les auteurs insistent sur la nécessité de la coopération entre acteurs ainsi que l’action individuelle et collective. Il faut faire dialoguer et agir les pouvoirs publics, les entreprises, les institutions financières et la société civile pour accélérer la transition. Cela permettra de mettre en cohérence le cadre légal, les modèles économique et financier, les normes, les valeurs culturelles et les connaissances et technologies existantes.
Humanité et Biodiversité se mobilise depuis de nombreuses années pour convaincre les acteurs du monde économique de prendre en compte la biodiversité en améliorant leurs pratiques et en faisant évoluer leurs stratégies. Notre association s’implique par exemple dans le rapport « entreprises et biodiversité » de 2025 du Comité National pour la Biodiversité, le rapport « Empreinte biodiversité des entreprises » dès 2019 au sein de la Plateforme RSE ou encore dans le dispositif Entreprises Engagées pour la Nature de l’Office Français de la Biodiversité et du Ministère de l’environnement.
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Pour aller plus loin :
Deux nouveaux rapports de l'IPBES, le "GIEC de la biodiversité"
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