Canicule : la biodiversité à l’épreuve est aussi une partie de la solution
Publié le 19/06/2026
Alors que la France connaît un nouvel épisode de canicule, les regards se tournent légitimement vers les conséquences sanitaires, agricoles ou économiques de ces températures extrêmes. Pourtant, une autre victime, souvent silencieuse, subit de plein fouet ces épisodes de chaleur : la biodiversité qui constitue une partie importante de la solution à l’adaptation au changement climatique.
Les canicules ne sont plus des événements exceptionnels. Selon les travaux du GIEC, leur fréquence, leur intensité et leur durée augmentent sous l'effet du changement climatique.
Les scientifiques considèrent les vagues de chaleur comme l'une des manifestations les plus visibles et les plus impactantes du dérèglement climatique.
Des impacts désormais bien documentés
Longtemps, les effets du changement climatique sur la biodiversité ont été étudiés à travers les évolutions progressives des températures moyennes. Mais la recherche montre aujourd'hui que les événements extrêmes, comme les canicules, peuvent provoquer des bouleversements écologiques rapides et massifs.
Une synthèse publiée en 2026 dans la revue Nature Ecology & Evolution portant sur la canicule exceptionnelle qui a frappé l'ouest de l'Amérique du Nord en 2021 révèle que plus de 75 % des espèces étudiées ont subi des impacts négatifs, avec des déclins pouvant atteindre 99 % pour certaines populations. Les organismes les moins mobiles, les végétaux et de nombreux invertébrés figurent parmi les plus vulnérables.
Les chercheurs observent plusieurs mécanismes :
- mortalité directe liée au dépassement des seuils physiologiques de tolérance à la chaleur ;
- assèchement des habitats et raréfaction des ressources alimentaires ;
- perturbation des cycles de reproduction ;
- modification des interactions entre espèces ;
- déplacements forcés vers des territoires plus favorables.
Ces phénomènes concernent aussi bien les milieux terrestres que les milieux aquatiques.
Les milieux aquatiques particulièrement fragilisés
Les cours d'eau, mares, étangs et zones humides figurent parmi les écosystèmes les plus sensibles aux canicules. Lorsque l'eau se réchauffe, sa capacité à contenir de l'oxygène diminue. Les poissons, amphibiens et nombreux invertébrés aquatiques subissent alors un double stress : hausse de la température et baisse de l'oxygénation. Les épisodes de mortalité piscicole observés lors de certaines canicules illustrent cette vulnérabilité.
Dans les milieux marins, les vagues de chaleur océaniques connaissent également une forte augmentation. Une synthèse internationale publiée dans Nature Climate Change montre qu'elles provoquent des mortalités massives chez les coraux, les herbiers marins et les forêts de laminaires, pouvant aller jusqu'à restructurer durablement des écosystèmes entiers.
Une accumulation de pressions
La canicule n'agit jamais seule. Les scientifiques soulignent que ses effets sont amplifiés lorsque les espèces sont déjà confrontées à d'autres pressions : artificialisation des sols, fragmentation des habitats, pollutions, espèces exotiques envahissantes ou surexploitation des ressources naturelles. Les événements extrêmes viennent alors fragiliser davantage des populations déjà affaiblies.
Cette réalité est particulièrement préoccupante en France où de nombreux écosystèmes ont perdu une partie de leur capacité de résilience au cours des dernières décennies.
La biodiversité : une alliée pour faire face aux canicules
Face à ce constat, la biodiversité n'est pas seulement une victime. Elle constitue aussi l'une des meilleures protections contre les effets des vagues de chaleur.
Les arbres peuvent réduire localement la température de plusieurs degrés grâce à l'ombre et à l'évapotranspiration. Les sols vivants absorbent davantage l'eau et limitent les phénomènes de surchauffe. Les haies, les prairies, les forêts et les zones humides contribuent à réguler le cycle de l'eau et à atténuer les effets des sécheresses.
Ces « solutions fondées sur la nature » sont aujourd'hui reconnues par la communauté scientifique comme des outils majeurs d'adaptation au changement climatique.
Humanité et Biodiversité appelle à faire de la biodiversité un pilier de l'adaptation.
Les canicules que nous connaissons aujourd'hui préfigurent le climat de demain et des températures aujourd’hui exceptionnelles pourraient devenir la norme d’ici 2050. Dans ce contexte, protéger la biodiversité n'est plus seulement une question de conservation de la nature : c'est un enjeu de sécurité, de santé et de résilience collective.
Humanité et Biodiversité appelle à faire de la biodiversité un pilier des politiques d'adaptation et à stopper les lois dites « de simplification » qui nuisent à la protection de nos écosystèmes.
Chaque hectare de zone humide préservé, chaque haie restaurée, chaque arbre maintenu en ville, chaque espace naturel protégé contribue à renforcer notre capacité collective à faire face aux canicules de demain.
Au moment même où les épisodes de chaleur extrême se multiplient et où la science souligne le rôle essentiel des écosystèmes dans l'adaptation au changement climatique, plusieurs évolutions législatives sont à contre-sens. Le projet de loi d'urgence pour la protection et la souveraineté agricoles actuellement en discussion vise notamment à faciliter certains projets de stockage de l'eau et à alléger plusieurs contraintes environnementales, y compris dans des espaces particulièrement sensibles comme les zones humides. Pire, après son passage au sénat, il fixe même l’objectif de doubler les capacités de stockage d'eau pour l’agriculture d’ici 2035, alors qu’il est essentiel de ne pas augmenter les prélèvements. La priorité devrait être de mieux partager cette ressource précieuse et de s’orienter vers des cultures adaptées à notre climat en réduisant la part de celles qui, comme le maïs, sont très gourmandes en eau durant l’été. Ces orientations relèvent de la maladaptation et suscitent de vives inquiétudes quant à leur compatibilité avec les objectifs de préservation de la biodiversité et de résilience des territoires.
Alors que les canicules révèlent chaque année davantage notre dépendance à des écosystèmes fonctionnels, le gouvernement et le parlement considèrent aujourd’hui les protections environnementales comme des obstacles plutôt que comme des investissements pour notre sécurité collective. Affaiblir les zones humides, les haies, les sols vivants ou les continuités écologiques revient à réduire les capacités naturelles de nos territoires à stocker l'eau, rafraîchir les paysages et amortir les chocs climatiques.
Face à l'urgence climatique, la véritable simplification ne consiste pas à affaiblir la nature, mais à faire de sa préservation et de sa restauration une priorité stratégique pour l'ensemble des politiques publiques.
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(1) Nature Ecology & Evolution (2026) Widespread ecological responses and cascading effects of the 2021 western North American heatwave
(2) Nature Climate Change (2019)
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Pour aller plus loin :
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Photo de couverture : Maksim Safaniuk / iStock / Getty Images Plus
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